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Affaire Khashoggi : l'ambassadeur d'Arabie Saoudite en France appelle à ne pas "politiser" ce "crime"

La commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale a auditionné mardi Khalid Al Ankary, l'ambassadeur du Royaume d'Arabie Saoudite en France. L'occasion pour lui de revenir sur plusieurs dossiers sensibles, comme l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi ou la situation des opposants politiques dans son pays.

La commission des affaires étrangères a auditionné mardi Khalid Al Ankary, l'ambassadeur du Royaume d'Arabie Saoudite en France.

La rencontre, qui a duré un peu plus de deux heures, a été l'occasion pour lui de revenir sur l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, qualifié de "crime qui va à l'encontre de toutes les valeurs auxquelles tient l'Arabie Saoudite".

L'ambassadeur a affirmé que l'enquête qui vise les "membres du commando" ayant perpétré ce meurtre est toujours en cours mais que "onze individus ont été transférés à la justice".

"Réformes"

Le meurtre de ce journaliste dans le consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul dans des conditions obscures avait provoqué une indignation internationale : l'Allemagne avait décidé à cette occasion de suspendre sa vente d'armes à Riyad, ce qui n'avait pas été le cas de la France.

Selon Khalid Al Ankary, cette "affaire juridique et judiciaire" ne doit toutefois pas "être politisée" car "ceci aurait une incidence néfaste sur beaucoup de programmes de développement et de réformes" que son pays "essaie de mettre en œuvre sous l'initiative" du prince héritier Mohammed ben Salmane.

Droits humains

L'ambassadeur a été interpellé par plusieurs députés sur la situation des femmes en Arabie Saoudite, mais aussi, à l'instar du député communiste Jean-Paul Lecoq, sur le sort réservé aux personnes homosexuelles. "Je n'ai aucune information sur ce dossier, je crois que c'est une question très sensible pour l'Arabie Saoudite (...) toutes les religions du monde ont une opinion sur ce sujet", a éludé Khalid Al Ankary, avant d'affirmer "attendre l'avis des religieux et des spécialistes sur cette question" qui n'a pas été "étudiée de manière détaillée".

"Un grand nombre de défenseurs des droits humains et de détracteurs du gouvernement sont détenus, dont certains condamnés à de longues peines d'emprisonnement à l'issue de procès inéquitables", a pour sa part accusé la députée La République en Marche Mireille Clapot.

"Membres de groupes terroristes"

L'élue LaREM a notamment évoqué le cas d'Esra al-Ghomgham, "militante et menacée de décapitation". "Selon les informations dont je dispose, sont punis de peine de mort les crimes suivants : homicide, viol, vol à main armée, trafic de drogue, sorcellerie, adultère, sodomie, homosexualité, sabotage et apostasie", a continué Mireille Clapot.

Des accusations qui n'ont pas perturbé l'ambassadeur, qui a affirmé qu'il existe aujourd'hui "beaucoup de gens qui critiquent le gouvernement saoudien" qui n'ont "jamais été arrêtés" : "Mais, a ajouté Khalid Al Ankary, il y a [des] journalistes ou des écrivains ou [des personnes] travaillant dans le domaine associatif, qui sont en relation avec d'autres pays étrangers, qui sont parfois membres de groupes classés comme terroristes", a-t-il expliqué pour justifier les arrestations.

Le cas du blogueur Raif Badawi, condamné à 10 ans de prison et à une peine de 1.000 coups de fouet, a été l'occasion d'un recadrage de l'ambassadeur par la présidente MoDem de la commission des affaires étrangères Marielle de Sarnez : "Il a été condamné pour avoir ouvert un forum en ligne de débat", a affirmé la députée MoDem, remettant en cause la thèse de Khalid Al Ankary. Ce dernier a évoqué une condamnation prise en raison de "problèmes familiaux"...

Par ailleurs, l'ambassadeur a évoqué le conflit au Yémen et affirmé que les armes vendues par la France et utilisées par l'Arabie Saoudite dans ce conflit ne sont pas utilisées "pour tuer des civils". Selon Khalid Al Ankary, ces informations "erronées" sont de simples "rumeurs".