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Affaire Benalla : la ministre de la Justice contredit le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron..., puis rectifie

Interrogée à l'Assemblée nationale, lors du débat sur le projet de loi de révision constitutionnelle, la ministre de la Justice Nicole Belloubet a mis en porte-à-faux, jeudi matin, le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, après avoir assuré devant les députés que le chargé de la sécurité du chef de l'Etat, Alexandre Benalla - filmé frappant un manifestant à terre le 1er mai - ne disposait pas d'autorisation à être présent aux côtés des forces de l'ordre. Avant de préciser ses propos, quelques heures plus tard.

Tempête à l'Elysée autour d'Alexandre Benalla, ce chargé de mission auprès d'Emmanuel Macron, adjoint du chef de cabinet du président de la République, filmé le 1er mai dernier en train de frapper à terre un manifestant, comme Le Monde l'a révélé mercredi. Cet ancien responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle assure aujourd'hui la sécurité d'événements à l'intérieur du palais de l'Elysée.

À l'Assemblée nationale, jeudi matin, le député Les Républicains Eric Ciotti a interpellé la ministre de la Justice sur cette affaire. "La personne qui a commis ces faits était sur cette manifestation sans autorisation, ce qui évidemment pose une difficulté..., assure Nicole Belloubet. Les éléments qui ont été révélés par les films diffusés témoignent de gestes absolument inadaptés. D'autant que la personne en question avait usurpé, porté, si j'ai bien vu, une identification qui l'assimilait aux forces de police, et tel n'était pas le cas."

Une explication de la ministre qui mettait en difficulté Patrick Strzoda, le directeur de cabinet du président de la République : celui-ci avait en effet assuré, la veille dans Le Monde, avoir au contraire donné son autorisation à la présence d'Alexandre Benalla avec les forces de l'ordre, en tant qu' "observateur".

"Alexandre Benalla m’avait prévenu deux jours plus tôt qu’il souhaitait participer à une intervention auprès de la Préfecture de police pour voir comment se gérait une grande manifestation, à l’occasion du 1er-Mai, explique Patrick Strzoda au Monde. Il m’en a demandé l’autorisation, je la lui ai donnée, mais en précisant bien qu’il y allait en observateur. Le lendemain de la manifestation, j’ai été avisé par un collaborateur que M. Benalla avait été reconnu sur le terrain en train de participer à des opérations de maintien de l’ordre. J’ai vu les vidéos, je l’ai convoqué le jour même, je lui ai demandé si c’était lui".

"Autorisation d'assister en tant qu'observateur"

La ministre de la Justice s’est expliquée une nouvelle fois jeudi après-midi : "J’ai eu la possibilité de vous répondre sur la base des faits que je connaissais, ou du moins dont je pouvais avoir connaissance… Sur le fait que j’aurais parlé d’une autorisation, je crois savoir que la personne en question avait eu l’autorisation d’assister en tant qu’observateur, évidemment pas de participer à cela, et je n'ai rien dit d'autre ce matin. Je ne veux pas commenter davantage une affaire dont le parquet s'est saisi."

Reconnu en train de frapper un manifestant, Alexandre Benalla a été suspendu une quinzaine de jours, sans sanction supplémentaire. Une décision défendue jeudi matin par le porte-parole de la présidence de la République, Bruno Roger-Petit.


L'opposition met en cause la gestion de l'Elysée

Choqués, des membres de l'opposition réclament une enquête. "Un personnage central dans l’équipe de l’Elysée se rend dans une manifestation, pourquoi ? Qu’est-ce qu’il venait faire là ? Est-ce qu’il y vient pour assouvir un besoin sadique personnel d’aller frapper des gens, comme la scène peut le laisser penser ?", s'interroge Jean-Luc Mélenchon. Le président de groupe des députés La France insoumise n'en reste pas là et met directement la pression sur l'Elysée : "Le chef de cabinet de l’Elysée ne peut pas ignorer ce que fait son adjoint qui participe à des manifestations ! Il y a toute une chaîne de commandement et toute une chaîne de responsabilités qui sont engagées par cette situation. Si nous supportons que n’importe qui fasse la police, aux côtés de la police, alors nous ne sommes plus dans un Etat de droit."

Le député Les Républicains Fabien Di Filippo critique lui l’impression d’une "justice à deux vitesses" entre des automobilistes punis s'ils roulent à plus de 80 kmh sur le réseau secondaire et une justice qui "couvre les puissants quand ils se livrent à des actes de violence inacceptables".

Du côté du parti socialiste, on en appelle au président de la République. Olivier Faure réclame qu’Emmanuel Macron s’exprime "devant les Français" sur cette affaire. "Quelle conception il se fait de l’exemplarité ? Je vous rappelle que la promesse de M. Macron c’est de remettre la République en marche. La République elle ne marche pas s’il y a une justice pour les uns et une couverture pour les autres…", fustige le 1er secrétaire du parti socialiste.

Le parquet de Paris a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête préliminaire sur les chefs de violences par personne chargée d’une mission de service public, usurpation de fonctions et usurpation de signes réservés à l’autorité publique. Elle a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne.

Les débats très perturbés à l'Assemblée

À l'Assemblée nationale la séance dédiée au projet de loi de révision constitutionnelle a été particulièrement perturbée par l'affaire Benalla.

Après l’interruption de séance, le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a expliqué aux députés avoir demandé que "le gouvernement puisse s’exprimer ici à l’Assemblée nationale" en réaction à l’affaire Alexandre Benalla. Dans l’hémicycle, il assure ne pas avoir eu "à ce stade" de réponses de l’exécutif.

Dans un deuxième temps le président du groupe des députés LREM Richard Ferrand, également rapporteur du projet de loi de révision constitutionnelle, a assuré ne pas être opposé aux revendications de l'opposition pour la création d'une commission d'enquête. Il a appelé les députés à reprendre l'examen du projet de loi.

Un appel difficile à concrétiser. Les débats dans l'hémicycle sont à nouveau suspendus. L'opposition réclame un geste de l'exécutif, pour sortir de l'imbroglio qui n'en finit pas de perturber l'Assemblée nationale et ses débats.