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Admission Post Bac : la nouvelle plateforme (déjà) très critiquée

Victime de la réforme de l'accès à l'enseignement supérieure, la plateforme Admission Post Bac sera remplacée à partir du 15 janvier. Mais professeurs et représentants universitaires expriment de vives inquiétudes sur le nouveau dispositif du gouvernement.

"Naufrage", "scandale"... Édouard Philippe n'avait pas de mots assez forts, le 30 octobre, pour qualifier le fonctionnement du portail APB (Admission Post Bac), ce dispositif qui oriente les élèves de terminale après le Bac. Le Premier ministre a donc annoncé son remplacement par une nouvelle plateforme "plus souple et plus transparente". Un choix qui sera entériné par le vote du projet de loi "Orientation et réussite étudiante", en décembre.

Victime collatérale ?

Mais le gouvernement s'est peut-être livré à un mauvais procès. C'est du moins ce qu'ont expliqué, jeudi, plusieurs experts auditionnés par l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST). "Les dysfonctionnements n'ont rien à voir avec l'algorithme", plaide Julien Grenet, professeur associé à l'École d'économie de Paris. Le tirage au sort imposé par certaines filières sous tension, mal préparées au mini-boom démographique des étudiants nées au début des années 2000, aurait "perturbé" les "bonnes propriétés de la plateforme", analyse-t-il.

Cédric Villani, député LREM et premier vice-président de l'OPECST, le reconnaît lui-même : "Si on demande à un algorithme d'effectuer une tache pour laquelle il n'y a pas de solution, il ne peut pas fonctionner..."

Simple symptôme ou véritable cause du mal ? APB va en tout cas disparaître au profit d'un nouveau dispositif sur lequel travaille actuellement à plein-temps les ingénieurs du ministère.

Changement de paradigme

Dans la nouvelle plateforme, les bacheliers qui veulent trouver la bonne orientation rempliront dix choix non classés, contre vingt-quatre choix classés par ordre de préférence précédemment. Résultat : au lieu d'une seule vague de réponses lors de laquelle 60% des vœux classés numéro 1 était exaucés sous APB, plusieurs vagues se succéderont à partir de mai.

Les lycéens pourront choisir entre leurs différentes réponses positives... à condition d'en avoir une. Si, en fin de calendrier, malgré les places libérées par les arbitrages de ses camarades, un lycéen n'obtient que des réponses négatives, il pourra toutefois être repêché par une procédure complémentaire, mais pas avant l'été.

"Dilemme", "listes d'attente", "lenteur"

Les contours de ce nouveau système où le choix est "décentralisé" à la base, par opposition à la centralisation par le haut d'APB, est décrié par les personnalités auditionnées, mis à part la représentante du ministère (voir vidéo plus haut). "Vous êtes huit sur neuf personnes à avoir exprimé des inquiétudes concernant l'avenir...", constate Cédric Villani.

Parmi les plus critiques, Vincent Iehlé formule trois griefs au projet en préparation. Ce professeur d'économie de l'université de Rouen-Normandie anticipe d'abord un risque de "congestion" en fin de calendrier, avec de longues "listes d'attente" de candidats recalés.

Deuxièmement, la réduction du nombre de vœux va, selon lui, imposer davantage de dilemmes aux élèves, les incitant à faire des choix d'orientation de raison plutôt que de conviction.

Enfin, il anticipe une "pression" très forte du système sur les moins bons élèves. Alors que les meilleurs d'entre eux seront, en quelque sorte, servis les premiers, les profils moins brillants devront attendre, peut-être pendant les épreuves du Bac, une éventuelle réponse positive.

Un compromis... en deux mois

En remettant sur l'ouvrage l'ensemble du système au lieu de simplement mettre fin au tirage au sort, "le ministère a peut-être pêché par zèle", conclut Vincent Iehlé.

Des ajustements sont-ils encore possible ? Oui, assure Brigitte Plateau, la représentante du ministère qui encadre le chantier :

Sur la question des algorithmes, il faut que l'on puisse trouver le bon compromis, c'est ce qu'on est en train de chercher.Brigitte Plateau, directrice générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle

Pour éviter un nouveau "naufrage", la concertation cependant devra aller vite : la nouvelle plateforme doit être opérationnelle le 15 janvier 2018, selon le plan étudiant dévoilé par le gouvernement.


>> À voir aussi. Le plan du gouvernement pour remplacer APB