Le 19 décembre 2011 à 19h00, mis à jour le 20 décembre 2011 à 17h51
L’Europe doit faire de nouveaux efforts. Sinon, elle sera punie …
L’oracle a parlé. Sur les marchés, les taux d’intérêt repartent à la hausse. Prudence et défiance… Les investisseurs considèrent qu’il est devenu beaucoup trop risqué d’acquérir des titres de pays européens endettés. Ils n’ont plus confiance, ni dans l’euro, ni dans l’Europe. D’autant qu’à l’horizon la récession s’annonce.
La France doit faire de nouveaux efforts. Sinon, elle perdra son triple A …
L’oracle a parlé. Quinze des dix-sept pays de la zone euro sont placés sous "surveillance négative" par l’agence de notation Standard & Poor’s qui menace d’abaisser leur note de crédit. La mise en garde s’adresse particulièrement à la France, seul élève de la classe AAA (qui rassemble les emprunteurs considérés comme les plus fiables) menacée de perdre son sésame pour tomber à AA+ ou AA.
A ce jour, la prédiction ne s’est pas encore réalisée. Mais souvent ces derniers temps, la prophétie de l’oracle devient réalité, aggravant la situation d’Etats déjà malades. Comme si les agences de notation étaient toutes puissantes et faisaient la pluie et le beau temps dans le ciel européen. Mais qui sont-elles ? D’où viennent-elles ?

Nous sommes en 1860 aux États-Unis. C’est la conquête de l’Ouest et l’époque des premiers chemins de fer. Pour financer leur développement, les compagnies du rail empruntent beaucoup d’argent. L’avocat et hommes d’affaires Henry Varnum Poor, auteur d’une volumineuse Histoire des Chemins de Fers et des canaux aux États-Unis, invente un système pour tester leur niveau d’endettement. Poor’s Publishing, première agence d’évaluation financière, voit le jour, à la faveur du capitalisme naissant. Elle devient Standard & Poor’s en 1941, après fusion avec Standard Statistics.
Au tournant du siècle le financier John Moody, ruiné par la faillite bancaire américaine de 1907, met au point un système de notation permettant aux prêteurs d’évaluer leurs risques en un clin d’œil. Il utilise des lettres comme c’est l’usage dans les écoles américaines : la notation est née.
En 1913 arrive la petite dernière : Fitch Publishing Company, fondée à New York par John Knowles. Un siècle plus tard, S & P, Moody’s et Fitch se partagent le marché de la notation. Officiellement indépendantes, elles analysent le risque de crédit (et de défaillance) d’une banque, d’une entreprise ou d’un État qui, le plus souvent, les payent pour être évalués. Les notes dépendent d’une combinaison de critères, comme le niveau d’endettement ou la maîtrise des dépenses. Elles vont de AAA, certificat de bonne conduite financière à D, synonyme de défaut.
L’oracle n’est pas infaillible. Il n’a pas vu venir la crise des subprimes en 2008, ces prêts hypothécaires hautement spéculatifs, à l’origine de la crise financière mondiale, donnant même un triple A aux produits les plus risqués. C’est précisément ce qu’a rappelé le luxembourgeois Jean-Claude Juncker.
Le chef de file de l’Eurogroupe a jugé "follement exagéré et injuste" l’avertissement de Standard & Poor’s à l’égard de la zone euro, en s’étonnant beaucoup "que cette nouvelle tombe du ciel à l’aube d’un sommet européen." Message relayé par le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, qui a appelé les dirigeants européens à ne pas surestimer le pouvoir des agences de notation, les invitant par la même occasion à poursuivre leurs réformes.
Mais à ce jour, après une quinzaine de sommets européens organisés dans l’urgence depuis deux ans, les partenaires de la zone euro n’ont toujours pas trouvé la formule magique pour conjurer l’interminable crise de la dette qui frappe le continent. Faute d’entente sur la gestion des affaires communes, ils tardent à agir.
En attendant, les agences continuent d’occuper le pouvoir laissé vacant.
L’Europe doit faire de nouveaux efforts. Sinon, elle sera punie …
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