Le 12 septembre 2011 à 19h40, mis à jour le 12 septembre 2011 à 19h44
Mission accomplie. Six mois après le début de l’intervention en Libye, la France et la Grande-Bretagne ont démontré leur capacité à mobiliser, déployer et coordonner rapidement leurs forces sur un théâtre extérieur, dans une opération militaire d’envergure. Paris et Londres ont pris leurs responsabilités. Volontaires de la première heure, alors qu’un massacre s’annonçait à Benghazi. Engagés en première ligne au sein de la coalition anti-Kadhafi. Et lors de cette campagne, la coopération franco-britannique a prouvé son efficacité.
La réalité est là : les deux pays sont les seuls en Europe à pouvoir mener une action militaire d’envergure. Ils sont les seuls à maintenir un effort de défense significatif en période de crise, représentant, à eux deux, la moitié des dépenses militaires de l’Union européenne. Forts de cette convergence opérationnelle et de leurs intérêts communs, les deux puissances nucléaires du continent ont noué l’an dernier un nouveau partenariat stratégique, en signant les traités de Lancaster House. Des deux côtés de la Manche, la coopération avance. Ingénieurs français et britanniques travaillent ensemble sur des programmes d’armement concrets, canons et missiles en tête, pour mutualiser leurs connaissances et leurs moyens. Les projets sont lancés. Coopération industrielle dans le domaine des drones, des satellites ou des sous-marins. Création d’une force militaire conjointe. Plus symbolique, Paris et Londres simuleront le fonctionnement de leur arsenal nucléaire dans un même laboratoire, implanté à Valduc près de Dijon, et un centre de recherche sera ouvert dans le sud-est de l’Angleterre.

Mais l’alliance franco-britannique a ses limites. En matière de défense, domaine régalien par excellence, les deux nations restent souveraines. Elles ne sont naturellement pas prêtes à tout partager. Et même si elles y consentaient, elles ne pourraient assumer, à elles seules, toutes les opérations militaires du continent. L’intervention en Libye a été menée avec l’appui de l’OTAN, et celui des Etats-Unis, qui ont fourni leurs missiles, leurs avions ravitailleurs et leurs moyens de surveillance, jusqu’à la bataille de Tripoli. La coordination de l’opération s’est faite au sein de l’OTAN parce qu’il n’existe pas d’Etat Major européen. Londres, de toute façon, ne veut pas en entendre parler. Et des pays aussi importants que l’Allemagne, première puissance économique du continent, ou la Pologne, qui préside actuellement l’Union européenne, ont refusé de s’engager militairement en Libye, tandis que la majorité des autres est restée en retrait de l’opération. Bref, la politique étrangère et de défense commune n’existe pas. Mais plutôt que d’attendre l’avènement d’une improbable Europe de la défense à vingt-sept, les Européens devraient plutôt se préoccuper de la défense de l’Europe. La concurrence de pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, qui s’arment à un rythme soutenu, force les Européens à mutualiser leurs capacités, leurs compétences et leurs ambitions au service de projets industriels concrets. C’est ce que font, à deux, Français et Britanniques. C’est déjà un premier pas.
Crédit photo : certains droits réservés par The Prime Minister’s Office/FlickR
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