Le 6 juillet 2011 à 13h00, mis à jour le 6 juillet 2011 à 16h26
C’est une ville de verre où les bâtiments s’alignent, identiques et immobiles. Elle baigne dans une lumière froide qui se reflète sur les vitres opaques des immeubles. Dans ce palais de glace, une femme attend, en robe de soirée, assise seule sur un banc. Ses yeux se fondent dans le paysage environnant, bleus et tristes. Et soudain, un bruissement. Un arbre frémit, une silhouette surgit de l’ombre, éphèbe blond en chemise rouge et pantalon slim, qui invite la belle endormie à la danse et l’entraîne dans son sillage pour un pas de deux aérien au-dessus de la ville. Les yeux tristes retrouvent le sourire et la vie alentour revient, dans un festival de couleurs.

C’est avec ces images romantiques que la Pologne a choisi d’étrenner sa présidence de l’Union européenne le 1er juillet. Un petit film d’animation réalisé par l’artiste Tomasz Baginski, sur la métaphore du changement. Dans l’imaginaire de l’auteur, la femme à la robe bleue incarne la déesse Europe, que la Pologne invite à la danse pour la ranimer. Les bâtiments uniformes sont ceux des institutions communautaires, érigés sur une place déserte, comme inhabitée. En ces temps anxiogènes et turbulents, avec l’angoisse d’une faillite de la Grèce, les inquiétudes de la zone euro ou bien l’interminable affaire commencée dans la suite d’un grand hôtel new-yorkais un dimanche de mai, Varsovie apporte un peu de rêve et de poésie. Elle convoque Chopin, Czeslaw Milosz, Henry Sienkewicz, ses fiertés nationales et toute la symbolique de l’âme polonaise pour mieux affirmer sa place dans l’Union et rappeler son histoire, après un siècle et demi de guerres et de tourments qui l’ont arrachée à l’Europe et partagée entre la Prusse, l’Autriche et la Russie ; nation disparue de la carte européenne en 1795, reconstituée comme État indépendant en 1918, sous domination soviétique pendant cinquante ans, et revenue dans le giron européen en 2004, avec ses partenaires libérés du joug soviétique.
Aujourd’hui, la Pologne veut donner l’image positive d’un pays ouvert, dynamique et moderne, loin du cliché en circulation sur le plombier polonais, accusé de vouloir voler le travail de ses concitoyens européens, en offrant sa main d’œuvre bon marché. Le pays se targue d’être l’un des meilleurs élèves de l’Union. Il a résisté à la crise mondiale sans connaître de récession et peut se prévaloir aujourd’hui d’un taux de croissance proche de 4 % du produit national, et du soutien de ses 38 millions d’habitants désormais très "europhiles". Il montre franchement son ambition, pour lui-même comme pour l’Europe. Devant la Diète polonaise, l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Donald Tusk, estimait récemment que son pays s’était "forgé la marque d’un État capable de devenir un nouveau moteur de l’Union". Un pays qui rêve de s’affirmer sur la scène européenne et internationale.
Pas si vite. Varsovie entend peser dans les négociations en cours au sein de l’Eurogroupe mais la Pologne n’est pas encore membre de la zone euro. Son ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a été le premier chef d’une diplomatie européenne à se rendre à Benghazi, le fief des rebelles libyens, mais la Pologne, membre de l’Otan, a exclu de participer à la force de frappe constituée contre le régime de Tripoli. Et les velléités d’ouverture à l’Est, notamment vers l’Ukraine, ne font pas encore l’unanimité parmi les vingt-sept pays membres.
Mais les rêves sont louables. En ces temps difficiles pour l’Europe, la Pologne lui promet au moins un peu de poésie, pour l’inviter à sortir de sa torpeur. C’est déjà ça …
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