Le 16 juin 2011 à 19h00, mis à jour le 17 juin 2011 à 15h44
Voici la Grèce au pied du mur. Un mur de dettes, haut de 350 milliards d’euros, et plus encore demain, selon la dynamique explosive qui fait que la dette entretient la dette, à la façon d’une "boule de neige", puisque la charge est alourdie par le poids des intérêts à payer. Il faut être Hercule pour franchir ce mur. Mais faute d’homme providentiel ou d’intervention divine, le pays se trouve dans la condition de Sisyphe, poussant avec peine son rocher sur la montagne, vers le sommet des Enfers. Un pays croulant sous le poids d’une dette sans fin.
La route est longue et la tâche ingrate. D’autant que la foudre vient à nouveau de frapper. L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé de 3 crans la note de crédit à long terme du pays, à deux crans seulement du défaut de paiement. En clair, plus personne ne croit Athènes capable d’honorer ses obligations. Sans l’argent de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, la Grèce serait déjà en faillite. Mais l’aide consentie a un prix : des mesures économiques et sociales d’une extrême rigueur, que le gouvernement du socialiste Papandréou impose à la population depuis plus d’un an.
Mais le peuple grec n’a pas la force d’Hercule pour pousser le rocher. Et même s’il en était capable, au nom de quoi devrait-il se sacrifier, et payer l’irresponsabilité de ses gouvernants qui ont, pendant des années, laisser filer les déficits et la dette, acculant le pays à la ruine.

Place Syntagma, devant le Parlement national, la foule grandit. L’indignation gronde. Le peuple crie sa colère. "La Grèce n’est pas à vendre !", disent en chœur les citoyens rassemblés. "Les pauvres n’ont plus rien, ils n’ont plus rien à donner", dit la clameur.
En vain. Pressé par ses partenaires, le premier ministre présente aux représentants du peuple un nouveau plan d’austérité, promettant de nouvelles coupes dans les dépenses publiques, de nouvelles hausses d’impôts, et autant de sacrifices pour la population.
A quoi bon ? L’ État a de facto déjà perdu sa souveraineté monétaire, la confiance des marchés et surtout celle du peuple. Il a beau privatiser les banques, les services publics et même les plages, rien n’y fait, le mur de la dette est là.
Face à cette crise qui menace l’existence même de sa monnaie unique, l’ Europe se porte à nouveau au secours de son partenaire sinistré. Cautère sur jambe de bois ? La nouvelle aide, quelque cent milliards d’euros promis, donnera sans donne un peu d’air, et plus de temps au pays sur son chemin des Enfers. Mais combien de temps ?
Comment l’Europe n’a-t-elle rien vu venir, si pointilleuse pourtant pour dénoncer le moindre écart de ses membres dans l’application du Pacte de Stabilité. Certes, Athènes a menti sur ses comptes. Mais l’expérience le prouve : la Grèce n’avait visiblement ni la solidité économique ni le sérieux des finances publiques suffisants pour respecter les critères drastiques de l’Union Économique et Monétaire. C’est l’épreuve de vérité.
En attendant, Sisyphe continue de pousser son rocher sur la route des Enfers. Tiens-bon, Sisyphe …
Dessin : Yohann Relat pour Kathia Gilder
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