Le 6 juin 2011 à 19h40, mis à jour le 7 juin 2011 à 17h49
Panique sur l’Europe ! Une bactérie sème la mort sur le continent. Elle tue en Allemagne et se propage dans les pays voisins. Des cas d’intoxication apparaissent aux Pays-Bas, en Suède, en Norvège, en France… une dizaine de pays est touchée. Le mal a un nom : Escherichia Coli Entérohémorragique. Une bactérie connue mais rare et potentiellement mortelle. Des jeunes en bonne santé meurent, victimes de diarrhées hémorragiques. Et les victimes ont un point commun : elles vivent ou ont toutes séjourné dans la région de Hambourg.
Très vite, presque tout de suite, les autorités allemandes désignent le coupable : la bactérie est véhiculée par un lot de concombres espagnols venu d’Andalousie. La commission européenne réagit immédiatement. Sur la foi des informations transmises par l’Allemagne et au nom du principe de précaution, l’alerte au concombre contaminé est lancée sur le continent européen.
L’annonce coupe net l’appétit des consommateurs européens. Sur les marchés, dans les magasins, les concombres sont délaissés. Même les tomates, salades ou aubergines sont regardées d’un oeil méfiant. Et bientôt, c’est tout le rayon fruits et légumes qui fait les frais du soupçon. La bactérie sème la peur. La psychose s’empare du continent. Les cucurbitacées espagnols sont des monstres… des monstres qui vont muter… ils vont nous tuer… Personne ne veut prendre le risque de retrouver la bactérie dans son estomac. Alors les concombres pourrissent sur les étalages.

Et puis soudain, les résultats des analyses menées en Andalousie tombent : Erreur ! Les concombres espagnols n’ont rien à voir avec la bactérie mortelle, ils sont innocents, déclarent les autorités allemandes. Les Espagnols sont choqués et scandalisés : Pourquoi nous a-t-on accusés tout de suite comme ça sans prendre en compte l’environnement et notamment le fait que le lot de concombres incriminé soit tombé de son chargement, sur le marché de Hambourg .. Et si les concombres avaient été allemands, la Commission européenne aurait-elle été si prompte à lancer son alerte ? Le pays exige réparation intégrale pour le préjudice porté à ses producteurs de légumes et s’indigne du comportement de Berlin : l’Allemagne nous a accusés à la hâte et sans preuve, au nom de ses préjugés sur les petits pays du sud, censés produire n’importe quoi n’importe comment … Et Bruxelles a écouté l’Allemagne.
Les cucurbitacées tiennent leur revanche sur l’Allemagne mais le mal est fait. Et la facture très lourde pour la filière des fruits et légumes, déjà frappée par la sécheresse. Les ventes s’effondrent. La Fédération espagnole des producteurs de fruits et légumes évalue les pertes à 200 millions d’euros par semaine. Madrid va présenter la facture à Bruxelles, qui présentera à son tour la facture au consommateur européen.
La traque à la bactérie tueuse se poursuit. La piste du concombre écartée, les soupçons se portent cette fois sur de jeunes pousses cultivées dans une ferme bio de Bienenbüttel, lotie à 80 kilomètres au sud de Hambourg. Il s’agit de graines germées, telles le radis, le brocoli, l’azuki, le mungo, l’alfalfa et même la moutarde. Les présomptions sont fortes mais cette fois ordre est donné de rester prudent, de ne pas accuser qui que ce soit, radis, brocoli ou alfalfa sans preuve. Le résultat des premiers tests tombe : négatifs. Les recherches continuent.
Pendant ce temps la bactérie baladeuse d’origine inconnue poursuit sa mortelle randonnée. Elle est forte et résistante aux médicaments. Bilan au 6 juin 2011 : vingt-trois morts -dont vingt-deux en Allemagne- mille six cents contaminés, onze pays touchés. Les hypothèses fusent, des plus sérieuses aux plus folles. Hypothèse numéro 1 : la bactérie provient d’un centre de production de biogaz, produit à partir de la fermentation de matières organiques et végétales. Hypothèse numéro 2 : il s’agit d’une menace bactériologique. Hypothèse numéro 3 : c’est la filière du bio qui est derrière tout ça etc. Des soupçons, des hypothèses, mais aucune certitude. La peur est là.
Mais qui es-tu ? Où te caches-tu ? Mystérieuse E-Coli, venue porter la mort sur notre vaste continent. Montre-toi.
Kathia GILDER
Crédit photo : Wikipédia / National Institutes of Health (USA)
Commentez cet article :