Le 31 mars 2011 à 12h00, mis à jour le 31 mars 2011 à 18h51
Mercredi 30 mars.
Thalys au départ, 9409 –7h01, quai numéro 9, Paris-gare du Nord. Personnels de la compagnie postés en uniforme à l’entrée des voitures. Billets vérifiés, places indiquées d’un geste du doigt comme à l’accoutumée. Nous sommes dans le wagon de tête, juste derrière la locomotive d’où sort un ronronnement sourd et continu. Les portes se ferment. Le train part à l’heure, 7H01, dans un gros bruit de soufflet mou, Pchiiouuuuu. Un autre bruit suit, évoquant une turbine légèrement déglinguée. Sur le quai les images défilent, le train roule, direction Bruxelles-Midi-Zuid, 1H20 sans arrêt, liaison directe, automatique, nous roulons, dans le petit jour, les yeux à la fenêtre, à droite le Stade de France, surgi dans les néons. à gauche des barres d’immeubles. Une ville, une autre, des champs, des villes. Encore des champs, et puis klung plus rien. Le train s’arrête. Entre ville et champs. A droite un train passe en flèche Fschhhuu Un autre Fischouhuuuuu On peut repartir, la voie est libre.
Mais non. Le train ne bouge pas. Pas un mouvement, même pas un petit pchiiouuuuu. Au bout d’un temps, une voix automatique annonce que le train est immobilisé en pleine voie et qu’il est interdit de sortir. Nous respectons la consigne. Où aller ? Nous attendons. Un long temps. Où sommes-nous ? A Pierrefitte, dix minutes de Paris, nous dit la puce satellite du portable. Si nous mourrons là, notre téléphone mobile au moins nous aura localisé. Sur la voie rapide, à la sortie de la LGV, Ligne Grande Vitesse, NDLR, aux abords de la décharge publique. Les trains de banlieue passent ici toutes les cinq minutes. Il y a des chats sauvages, un feu de bois, des grillages, des vaches et, au loin, des IGH, Immeubles à grande hauteur. A bord la chaleur monte. Manque d’air, de ventilation.

Au bout d’un nouveau temps indéterminé, une autre annonce, humaine, nous informe que Thalys 9409 est victime d’une avarie et en attente de dépannage. Nous allons aux nouvelles, à la voiture-bar. Les contrôleurs, visiblement, ne sont pas plus avancés que nous. Nous attendons avec eux et en profitons pour nous plaindre des conditions de voyage dans le Thalys. La récurrence des retards, sur une ligne aussi fréquentée, tant de passagers empêchés d’aller travailler, chaque jour, 90 euros le billet-aller en classe économique, ce n’est pas normal, pourquoi tous ces problèmes, ça devient systématique et personne ne fait rien, qui gère la ligne, pourquoi rien ne change, et le droit des citoyens européens, l’Europe des transports, hein ! – Adressez-vous au service clientèle pour les réclamations, répond notre chef de bord, en nous proposant aimablement des rafraîchissements pour supporter la chaleur. La climatisation ne fonctionne pas, faute de courant. Et pour des raisons de sécurité les fenêtres doivent rester fermées. Alors nous patientons, dans la touffeur du train.
Et soudain une rixe éclate. Un monsieur à costume s’en prend avec force à l’un des contrôleurs, exigeant qu’il ouvre immédiatement les fenêtres. Parce qu’il fait chaud, que le train est en retard et que c’est inadmissible. C’est impossible Monsieur. Nous sommes en pleine voie, et dans une zone critique. Ici Monsieur les trains roulent à 160 kilomètres/heure. Je vous demande de respecter les consignes de sécurité, pour le bien de nous tous ici, et de garder votre calme. Nous attendons la dépanneuse. La pression retombe, mais à nouveau le passager se rue vers le contrôleur, prêt à la bagarre. Vous allez ouvrir ces fenêtres tout de suite oui .. ou sinon je vous … chlac.. la bagarre commence. Chtong, plaf, plung, plaaangggh…. Tumulte, cris, un téléphone à terre, en trois morceaux, klung-klung, klung … échauffourée à la voiture bar, urgence ! … S’interpose alors un autre monsieur, un costaud au grand crâne. D’une main il l’attrape au col et le regarde droit dans les yeux, derrière ses lunettes métalliques. Regard miraculeux, l’insurgé se calme, Faites repartir le train, s’il vous plaît… ! demande-t-il juste, dans une dernière supplique étranglée. Les deux hommes sont finalement mis à distance, séparés par une porte automatique. Le calme revient, nous regagnons notre wagon. Il fait si chaud … une étuve. La buée aux fenêtres, l’odeur, l’oppression, l’air qui tourne à vide, pas d’aération. Ouvrez les fenêtres, vite ! De l’oxygène ! Nous allons mourir asphyxiés.
Zzzt, zzzt, zzzt.. vrrr ..vrooo .. vroooooa .. vroooooaarrr …voarrrrrrrrrhhhhhh … ça repart ! Miracle ! Le train repart ! En arrière, tracté vers Paris …le quai de la gare du Nord, la porte. La porte. Elle ne s’ouvre pas, faute d’électricité, visiblement les ingénieurs du Thalys n’ont pensé ni au système d’aération ni au système d’ouverture. Il faut donc actionner la poignée d’urgence, ça s’ouvre, ah de l’air, enfin ! a-aaaaargh, un fossé ! Fchl-op, à quai ! Accueillis non pas par les ambulances et les pompiers mais par la police ferroviaire, en tenue, gants de cuir et armes. Après environ 3H35 d’immobilisation sur les voies, les voyageurs du Thalys 9409 sont transbordés sur le Thalys de 11H01 au départ de Paris, quai numéro 10. Direction Bruxelles, sans arrêt. Liaison directe. 25 allers-retours cadencés entre les deux capitales, l’une des lignes internationales à plus haute fréquence, étape majeure de l’Europe ferroviaire, l’une des grandes politiques communautaires. Les ministres des transports se penchent justement en ce moment sur le dossier. Puissent-ils s’occuper un peu des droits et de la sécurité des passagers européens. Parce qu’à ce train-là … pchiiouuuuu
PS : Chez Thalys (société au capital franco-belgo-allemand) on reconnaît certains retards mais la société se félicite d’accomplir au mieux sa mission, comme le montre sa dernière publicité :
VOIR LA VIDEO :
http://www.dailymotion.com/video/xh…
Crédit photo : certains droits réservés par Daniel Sparing/FlickR
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Les commentaires sur cet article :
L’écopoéte le 31 mars 2011
Jolie robe Noir… et blanche. Et qui sait si le Prochain TGK train pour grands kamamikazees, n’aura pas une livrée aussi jolie… les TGV sont plutôt sur, mais le matériel ferroviére ça veilli aussi et si les pilleurs des deniers publiques gérent, le reseau comme reste, c’est certain, qu’ils finiront par avoir des accidents en série, et des morts de leurs sériales politiques . EL’.T
Marc44 le 31 mars 2011
En Europe de l’est, il y avait jusqu’à récemment encore, des trains où on pouvait ouvrir la fenêtre. C’était la civilisation. Le train fait tatactatoum, et l’air est frais. Dans le TGV, c’est le même air qui circule depuis 1992, ça se sent, il y a un parfum de Balladur dedans.
Gab le 4 juillet 2011
Cà fait peur ! J’ai déjà repéré dans les nouveaux métros parisiens que la climatisation était un véritable piège en cas de panne ! Et çà arrive fréquemment !