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Le blog de

Kathia Gilder

Paris-Bruxelles express : le blog de Kathia Gilder

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Géométrie variable

Le 28 mars 2011 à 19h30, mis à jour le 28 mars 2011 à 20h00


D’extrême limite et sous la pression appuyée de la France, l’ONU autorise le recours à la force en Libye pour « protéger » la population civile de Benghazi d’un massacre qui s’annonce imminent. L’offensive est aussitôt déclenchée, samedi 19 mars. Les avions français décollent les premiers. Au ministère de la Défense à Paris, l’Etat-major des Armées projette un diaporama géant pour expliquer le dispositif français d’intervention : avions de chasse Rafale et Mirage, avions radar Awacs, avions ravitailleurs C-135, frégates anti sous-marines, frégates de défense aérienne, pétrolier ravitailleur, porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle. Le porte-parole commente les capacités de projection, « 48 heures après le vote de la résolution, nous assurons la mission », les capacités de frappe des aéronefs, « les patrouilles en vol peuvent prendre d’elles-mêmes la décision d’ouvrir le feu » et il annonce tout à coup « qu’aux environs de 17H45, un tir a été effectué sur un véhicule libyen clairement identifié comme appartenant aux forces pro-Kadhafi", dans la zone d’exclusion définie autour de Benghazi.

Têtes de pont

De l’autre côté de la Manche, des avions de combat Tornado et Typhoon décollent de leur base de Marham et de Brize Norton. A la tombée de la nuit La Royal Air Force est opérationnelle au-dessus du ciel libyen. D’autres pays européens prêtent leurs forces, la Belgique ses F16 pour des missions de reconnaissance, l’Espagne ses avions de transport tactique Casa, l’Italie ses bases aériennes, Néerlandais et Grecs participent aussi. Au large des côtes libyennes, des missiles de croisière Tomahawk sont tirés, américains pour la plupart mais aussi britanniques, depuis le sous-marin HSM Triomphe (de classe Trafalgar). En quelques heures les volontaires de la coalition deviennent maîtres du ciel. Les frappes américano-franco-britanniques décapitent les défenses anti-aériennes du régime de Kadhafi, ses centres de commandant et ses aéroports. La bataille est aérienne, la résolution onusienne interdisant toute action terrestre.

Dès les premières heures de l’offensive les Etats-Unis sont de facto aux commandes de la coalition. Mais la France et la Grande-Bretagne montent en première ligne, déployant tour à tour leur chasse, dans un délai court et jusqu’à plus de deux mille kilomètres du point de départ, leur force de frappe, par air et par mer, de jour et de nuit, déterminées à être les fers de lance de l’intervention et affichant devant leur opinion respective leur engagement total, militaire, diplomatique, politique.

Divisions

Quelques jours plus tôt, les deux pays ont plaidé ensemble pour des frappes aériennes. La France dépêchant en urgence à New-York son ministre des Affaires étrangères, la Grande-Bretagne mettant la pression sur les Etats-Unis pour les convaincre de s’engager en Libye. Il y a bien quelques grésillements sur la ligne Paris-Londres, la seconde poussant pour que l’OTAN prenne d’emblée le pilotage des opérations mais le tandem résiste. Mission accomplie avec le vote de la résolution onusienne. Outre-manche la presse évoque un triomphe pour la diplomatie française et britannique. A Paris, devant les partenaires de la coalition arabo-occidentale réunis pour un sommet spécial à l’Elysée, Nicolas Sarkozy se pose en chef de guerre. A Londres, debout devant la Chambre des Communes, sous le feu roulant des questions, David Cameron justifie l’engagement de la RAF. Les parlementaires et les citoyens britanniques approuvent, quasi-unanimes, la participation du pays en Libye.

L’Allemagne, elle, ne participe pas. Elle s’est abstenue de voter au Conseil de sécurité et refuse radicalement toute idée de faire la guerre. Berlin est traditionnellement opposé à tout engagement extérieur. Son ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle s’empresse de critiquer l’initiative de la coalition, la suspectant de s’écarter du mandat de l’ONU. L’Italie de son côté menace de fermer ses bases si on ne lui apporte pas la preuve que les frappes sont bien conformes à la résolution 1973. Quant au premier ministre bulgare, il voit dans cette offensive « une aventure guidée par des intérêts pétroliers ». Bref, l’opération en Libye divise les Européens et au sein d’eux le couple franco allemand, pilier de la construction européenne.

Coopérations renforcées

L’opération se poursuit dans le ciel libyen. Le temps passe, trouble et cacophonique, que dit le mandat de l’ONU, est-il si clair, qui commande, d’où, pour quels buts, et jusqu’à quand. Et plus le temps passe, plus les voix s’élèvent parmi les vingt-sept pays de l’Union pour demander que l’OTAN prenne au plus vite le relais de la coalition. C’est chose faite depuis dimanche 27 mars. A Bruxelles, le Danois A.F. Rasmussen l’assure : « l’OTAN appliquera tous les aspects de la résolution de l’ONU. Ni plus ni moins. ». Les pays européens engagés en Libye, France et le Royaume-Uni compris, agiront donc dans le cadre de l’OTAN. L’Europe de la Défense n’existe pas. Pas pour l’instant. Et pas sans Berlin. Certes la France entend garder le « contrôle politique » des frappes, son autonomie de décision, voire même ses rêves d’Etat-major européen indépendant de l’OTAN. Mais en réalité, à l’horizon, une autre Europe semble se dessiner. Celle des coopérations renforcées. La France et la Grande-Bretagne en pointe dans le domaine de la Défense, seules nations de l’Union capables d’intervenir à l’extérieur et de mener des opérations militaires d’envergure et désormais meilleures alliées depuis la signature des accords de Londres qui ont scellé le rapprochement de leur défense et de leur industrie. L’Allemagne aux commandes de l’Union économique et monétaire, première puissance économique et chef de bord de la zone euro, mère La Rigueur exigeant de chacun les mêmes efforts. Et puis la Suède pour le travail, le Danemark pour l’environnement etc. Des alliances pragmatiques selon les volontés, les forces, les intérêts et les domaines d’influence de chacun. Bref, une Europe à géométrie variable.

Crédits photos :
Certains droits réservés par Defence Images/FlickR
Certains droits réservés par Graham Hodgson/FlickR


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