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Paris-Bruxelles express : le blog de Kathia Gilder

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Sanctions ?

Le 24 février 2011 à 13h00, mis à jour le 25 février 2011 à 11h39


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Mouammar Kadhafi et Romano Prodi (Bruxelles, 2004) Crédit Commission européenne

L’Europe discute. Quelles sanctions pour Mouammar Kadhafi, de quelle nature, de quelle ampleur, à quel niveau, à quelle échéance ? Convoqués pour une réunion de crise à Bruxelles au Comité politique et de sécurité (le COPS) les ambassadeurs européens parlent, mettent leurs idées sur la table, étudient les options point par point : fermer le robinet du gaz ? Interdir au clan Kadhafi l’accès au territoire européen ? Geler sans délai les avoirs de ce même clan ? Suspendre les ventes d’armes au pays ?

La veille, dans les ruines de sa résidence bombardée par les Américains, le dictateur a parlé, appelant à la guerre civile et au meurtre, promettant à son peuple de nettoyer la Libye maison après maison, exposant au monde son visage et l’étendue de sa folie. Dans les capitales européennes, les réactions sont unanimes. Horrible, brutal, atroce, hallucinant, fou, très très effrayant, à la limite de la terreur. A Prague, le président en exercice de l’UE Hermann Van Rompuy dénonce l’horreur des violences commises, pendant qu’à Bruxelles Catherine Ashton, Baroness of Upholland et Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité selon son titre officiel, promet que les responsables des agressions brutales devront rendre des comptes.

"L’Union est prête à prendre des mesures supplémentaires", déclare la Haute représentante, elle qui a déjà pris la décision de suspendre les négociations de ce qui devait être le tout premier accord bilatéral entre l’Europe et la Lybie. Les sanctions européennes contre le régime libyen semblent imminentes. Certains pays, s’exprimant par la voix des diplomates du COPS, poussent à sévir sans tarder, Allemagne en tête, suivie par la France et par quelques voix du Nord. Mais les autres, la grande majorité, restent prudents. Certes à vingt-sept les discussions prennent du temps, beaucoup, avec tant de parties à la table, chacune souveraine en matière de diplomatie et avec des Etats-membres qui ont pour priorité d’évacuer leurs ressortissants. Et certains, comme l’Italie, ont des liens étroits avec le pays de Kadhafi, l’ancienne colonie devenue un partenaire économique privilégié après la signature d’un accord de paix et de coopération en 2008. En fin de journée, après toute une série de discussions, les ambassadeurs se quittent, condamnant une fois de plus la violence "inacceptable" et demandant l’établissement d’un cordon humanitaire et une enquête indépendante sur les massacres. Les sanctions sont remises à plus tard, à la prochaine réunion de crise à vingt-sept. Aucune décision concrète, au moins pour faire pression sur Tripoli, à défaut de pouvoir arrêter le bain de sang.

Car à Tobrouk, Benghazi ou Tripoli le nombre des morts augmente. Et pendant que le sang coule, l’Europe discute. Evaluant les sanctions les plus appropriées, à l’encontre du dirigeant libyen, le même Kadhafi qui était encore, il y a peu, un interlocuteur légitime de l’Europe, reçu à Paris, Londres, Rome et Bruxelles en chef d’Etat digne de ce nom.

En Méditerranée les navires patrouillent, prêts à contenir la vague d’immigration attendue sur les côtes italiennes. A Lampedusa déjà, les clandestins affluent, vers l’espoir et la liberté. Cette fois, il est temps d’agir. L’arrêt total des importations d’hydrocarbure en provenance de Lybie reviendrait par exemple à priver le régime de Kadhafi d’une source majeure de revenu national, tandis que l’Europe, elle, pourrait aisément se passer du gaz libyen, à en croire la Commission européenne. L’Union européenne pourrait aussi décréter un embargo sur les ventes d’armes. Des sanctions, et une nouvelle feuille de route diplomatique, c’est l’urgence. Les diplomates du COPS vont sans doute en discuter.


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