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Lait infantile : le patron de Lactalis évoque "un accident" et se défend de toute "fraude"

Lait infantile : le patron de Lactalis évoque "un accident" et se défend de toute "fraude"

Emmanuel Besnier et l'état-major du groupe Lactalis ont répondu jeudi pendant deux heures aux questions des députés, six mois après le scandale du lait infantile contaminé à la salmonelle. Le PDG a défendu la "probité" et la gestion de la crise sanitaire par son entreprise tout en présentant ses "excuses" aux victimes et en assurant vouloir "renforcer les contrôles". LCP.fr vous propose de retrouver les principaux extraits de cette audition.

Ils sont arrivés en bloc. Costumes et cravates sombre, chemises blanches, Emmanuel Besnier et ses quatre collaborateurs ont répondu au feu nourri des questions de la commission d’enquête. "Oui, nous avons failli à notre mission qui est la mise sur le marché de produits sains", reconnait d’emblée le pdg de Lactalis qui renouvelle ses "excuses" aux victimes, six mois après le scandale du lait infantile contaminé à la salmonelle dans l’usine de Craon (Mayenne), le 2 décembre 2017.

Avec un ton toujours égal, le patron du géant laitier se défend toutefois de toute "fraude" et assure qu’ "à aucun moment", son groupe "n’a eu conscience de la présence de salmonelle dans (ses) produit finis." "C'est un accident, il n'y a pas de responsabilité de personnes à l'intérieur de l'usine", lâche le patron de Lactalis.

"Il faut parler avec sincérité !"

Le patron de Lactalis lit ses notes avec application. Décrit longuement la chronologie des faits, la première alerte contamination "le 1er décembre 2017 à 19h46", l’activation de la cellule de crise, l’identification des premiers lots suspects… De longues minutes s’écoulent. Les députés commencent à perdre patience. "Il faut parler avec sincérité !", s’emporte le président de la commission d’enquête, Christian Hutin (MRC), qui accuse Lactalis d'avoir voulu "torpiller" le travail des députés, via ses avocats. Emmanuel Besnier assure qu’il n’en est rien, même s’il reconnaît avoir du mal à comprendre la tenue simultanée d’une enquête parlementaire et judiciaire – le parquet de Paris enquête sur l’affaire Lactalis depuis le 26 décembre 2017.

L’origine de la contamination du lait infantile est désormais admise, assure Emmanuel Besnier : lors de travaux réalisés au premier trimestre 2017, au pied de la tour numéro 1 de l’usine de Craon, des sols et carrelages ont été cassés, libérant les salmonelles et contaminant des équipements placés sur le bas de la tour… "La poudre a été contaminée de manière sporadique", reconnait le patron du géant laitier. Sa conviction : "Les produits commercialisés étaient, selon toutes les analyses réalisées, sains."

Problème : le laboratoire - unique - qui réalise les analyses du lait infantile pour Lactalis n’a jamais détecté le moindre problème sanitaire en 2017, et ce jusqu’au début de la crise. Alors, y a-t-il eu défaillance de ce sous-traitant ? "On se pose des questions, admet Emmanuel Besnier. C'est l'enquête qui donnera les résultats..." Un indice, toutefois : Lactalis a recensé pas moins de 62 cas positifs (donc contaminés) après la crise, en réalisant des contre-analyses sur des lots déclarés... sains par le laboratoire.

"Gastro-entérite" ou "salmonelle" ?

Pour montrer leur bonne volonté, les responsables de Lactalis annoncent aux députés avoir décidé de recourir à un second laboratoire pour analyser, à l'avenir, leur lait infantile. Par souci de transparence, ils s’attacheront aussi les services d’un laboratoire public.

Un dirigeant d’Intermarché a affirmé à la commission d’enquête, la semaine dernière, que Lactalis, dans sa première opération de retrait du produit, avait parlé de risque de gastro-entérite et non de salmonelle, provoquant un retard dans le retrait du lait infantile. Une information confirmée par l’un des responsables de Lactalis, jeudi. Mais, corrige aussitôt le directeur des relations extérieures et communication du groupe, un communiqué de presse de la direction générale de la Santé et de la DGCCRF – et non de Lactalis –, en date du 2 décembre 2017 "évoque clairement un retrait-rappel de lait infantile en raison d’une possible contamination" par la salmonelle. Le communiqué de presse semble être celui-là.

À plusieurs reprises, jeudi, des députés ont regretté le manque d’ "humanité" du pdg de Lactalis. "C'est insupportable de vous entendre !, a ainsi hurlé le député MoDem Richard Ramos. N'importe quel chef d'entreprise aurait été voir les victimes !" D’autres, à l’instar de Thierry Benoit (UDI) et Géraldine Bannier (Modem), se sont inquiétés des conséquences de cette crise sanitaire sur les emplois au sein du géant laitier. Emmanuel Besnier a reconnu que quelques salariés du site Lactalis nutrition de Torcé (Ille-et-Vilaine) demeurent sans solution à ce jour.

Comme la commission d’enquête sera chargée de faire des propositions pour éviter qu’une telle crise sanitaire se reproduise à l’avenir, le patron de Lactalis a proposé quelques pistes : créer une plateforme unique pour rassembler les rappels de produits en France, travailler avec la grande distribution pour mieux identifier les lots grâce aux code-barres et abaisser le seuil d’alerte pour les produits destinés aux enfants.

"Nous tirerons les lecons de cet accident pour retrouver le chemin de la confiance", jure, en conclusion, le taiseux Emmanuel Besnier. "De temps en temps, il faut forcer sa nature, lui a conseillé Christian Hutin. Ne serait-ce que pour aller voir les victimes..."


L'intégralité de l'audition du pdg de Lactalis devant les députés de la commission d'enquête :