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Victoire de Syriza : dans la tête d'Alexis Tsipras.

4 min

Il sera celui qui changera le cours de l'histoire européenne ou par qui le malheur arrivera. Alexis Tsipras, 40 ans, nouveau premier ministre grec, inquiète et intrigue. Que va-t-il faire ? Sera-t-il capable de concessions ? Ou bien refusera-t-il de transiger avec le programme radical qu'il a promis ?

L’Europe prend acte de sa victoire et lui accorde le bénéfice du doute. Lui, se rêve en sauveur. Il jure à son pays qu'il lui rendra souveraineté et dignité. Il ne veut plus du "diktat" de Bruxelles, qui impose à son peuple depuis cinq ans, sans répit, des mesures d'austérité drastiques. Il veut renégocier la dette souveraine grecque, fardeau de 315 milliards d'euros qui empêche Athènes d'investir. Il promet des créations d'emplois, plus d'impôts pour les plus riches, plus d'aides pour les plus pauvres. Un salaire minimum revalorisé, 750 euros bruts au lieu de 580. Un treizième mois pour les retraités pauvres. Un kit de première nécessité pour les démunis. Avec électricité et chauffage. Il le dit, il conjurera la crise humanitaire, qui prive de travail et de sécurité sociale un quart de la population grecque. Pour ceux qui l'ont choisi, le jeune chef de Syriza incarne l'espoir d'une autre politique. Sûr de sa force, il se dit convaincu que la victoire de son parti agira comme une incantation, qui permettra de rompre le maléfice qui frappe son pays.

Le choc Tsipras

Il se targue d’être un homme neuf, l’incarnation de la rupture avec "l'équipe ancienne », ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, représentants des partis établis, qui ont menti sur les comptes du pays, et fait dériver le pays jusqu’à la ruine économique et financière. L'arrivée au pouvoir d'un dirigeant de tendance radicale est un choc en Europe. C’est la première fois qu'un parti de gauche né hors de la tradition sociale-démocrate accède au pouvoir. Le pari était audacieux. Regrouper une kyrielle de petits mouvements, formations, et groupuscules d'extrême-gauche en un tout uniforme capable de remporter une élection nationale. Monter sa propre structure. Capter l’opinion, la contestation populaire. Tsipras l’a fait. Fort de sa réussite, il veut changer la ligne économique, fixée sur le cap unique de l’austérité, pour la tourner vers plus de croissance. Porter une politique nouvelle à l'échelle du continent. Montrer une autre voix. Il fait des émules. L'Espagnol Pablo Iglesias, chef de file de Podemos, mouvement anti-libéral issu des Indignés, vise lui aussi la victoire dans son pays, en mai prochain.

A l’épreuve du pouvoir

Sera-t-il pragmatique ? Ou romantique ? Il se montre déjà sympathique. Protégé comme un dirigeant politique. Adulé comme un rock star. Le nouveau premier ministre grec séduit même la presse allemande, qui voit en lui un réformateur inattendu. Il rêve de donner un nouveau départ à l’Union européenne. Mais d’abord, le « sauvetage national ». Redonner à ses compatriotes des raisons d’espérer. Sans promettre de grand soir. La déception serait lourde. La sanction aussi.

Le refus de l'austérité ne fait pas un programme. Alexis Tspiras sera jugé à l'épreuve du pouvoir. Il devra préciser son plan, ses objectifs, sa stratégie économique. Gérer, au quotidien, les difficultés économiques de la population grecque. Dire surtout comment il financera ses promesses, évaluées à 12 milliards d’euros. L’Etat grec ne se finance plus depuis longtemps sur les marchés. Il dépend de l’assistance internationale. Tspiras a des pistes. Il veut réformer l’Etat grec, qui peine toujours à percevoir l’impôt, en finir avec la corruption, la collusion d’intérêts entre chefs d’entreprises et représentants politiques, l’évasion fiscale. Y parviendra-t-il, là où ses prédécesseurs ont tous échoué ? Echanger les mesures d’austérité contre de vraies réformes de fond, celles dont son pays a vraiment besoin. Un possible terrain d’entente avec « les bailleurs de fond », ceux qu’il accuse de brutaliser la Grèce depuis cinq ans.

Salut ou désastre

Sa marge de manœuvre est étroite. Il ne veut plus soumettre son pays aux politiques imposées par les créanciers de son pays, mais ne souhaite pas de «confrontation destructrice » avec l’Europe. La Grèce doit tenir ses engagements, lui répond Bruxelles. A ce jour, les institutions et pays européens ont accordé 240 milliards de prêts à Athènes. En 2012, le secteur privé a consenti, sous la pression européenne, une remise de 107 de dette de milliards d’euros. Tsipras veut plus. En mars, son pays aura à nouveau besoin d’argent. Le chef de Syriza enverra ses ministres négocier à Bruxelles. Celui de l’Economie, Yanis Varoufakis, défendre une modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro, du nom de son petit ouvrage récemment traduit en France, avec la préface de Michel Rocard. Depuis des années, l’Europe se trompe sur la Grèce. Le problème, ce n’est pas la dette. En accordant à Athènes le plus grand prêt jamais consenti à un de ses membres, l’Union européenne a alimenté la dette. Une erreur toxique, dit Varoufakis. Le nouveau ministre a une (modeste) idée pour remettre son pays sur pied. Pas de remède miracle. Juste quelques idées de bon sens. Pas si vite, répond l’Allemagne. Cette dette, Varoufakis, Tsipras, il vous faudra la payer. Vous pouvez éventuellement obtenir un surplus. Quelques années supplémentaires pour finir de tout rembourser. Une nouvelle échéance finale. Mais pas plus. Un jour, Tsipras, tu devras rembourser.

Axiome : les règles du club sont les mêmes pour tous les membres. Si la Grèce veut garder l’euro, elle doit, comme les autres, respecter les obligations communes. Alexis Tsipras le sait. Il veut justement changer ces règles. La Banque centrale européenne vient d’assouplir la politique monétaire du continent. Le signe, pour lui, que l’Europe change. Il se dit que le reste viendra. A lui de trouver la bonne voie de négociation, pour son pays.

La voie du salut, ou celle du désastre.