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Terrorisme : peur sur l'Europe

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Elle est invisible, susceptible de frapper sans prévenir. Impalpable, mais partout présente. La menace terroriste est de retour sur le continent européen. Elle a déjà frappé à Bruxelles. La fusillade dans le Musée juif de Belgique a fait quatre morts, le 24 mai dernier. La ville, siège de l'OTAN et des institutions européennes, est une cible privilégiée des islamistes radicaux qui, selon la presse néerlandaise, préparaient un attentat contre la Commission européenne. La France a perdu un ressortissant, exécuté par un groupe terroriste algérien disant agir "au nom de l’État islamique" (EI). Hervé Gourdel a été égorgé parce qu'il était Français. Paris redoute à présent des attaques sur son sol, en représailles aux frappes aériennes françaises menées le 19 septembre dernier, dans le cadre de la coalition internationale mise en place pour éliminer la menace Daech. Les Britanniques ont eux aussi renforcé leur niveau d'alerte sécurité et engagé leurs chasseurs aux côtés des États-Unis et des pays musulmans, arabes ou non, qui combattent les djihadistes auto-proclamés de l'EI. Danois et Belges ont également mis leurs forces dans cette nouvelle bataille mondiale contre le terrorisme. Devant la barbarie, les États européens sont forcés de réagir, de frapper vite et fort pour protéger leurs citoyens, que l'EI “a” appelé à tuer en grand nombre, et "de n'importe quelle manière".

Menace majeure et sournoise

Nécessaire pour endiguer la progression de l’État islamique, la réponse militaire n'est pas suffisante. Impuissante surtout à contenir une menace majeure pour l'Europe, qui se présente sous une forme invisible et de manière sournoise. En exerçant leur emprise sur une partie de la jeunesse, les groupes islamistes radicaux touchent en effet le cœur des sociétés européennes. Ils fanatisent leurs futures recrues sur les réseaux sociaux, avec force vidéos et messages de propagande, des images qui s'infiltrent à petit feu dans les cerveaux les plus malléables, cibles faciles à endoctriner, jusqu'à l’idolâtrie. Neuf cent trente ressortissants français ou individus résidant en France seraient partis faire le "djihad", selon le chiffre révélé par le ministre de l'Intérieur le 14 septembre dernier. Parmi eux, 63 femmes. La plus jeune aurait treize ans et serait d'origine allemande. Beaucoup sont mineurs. Partis un matin sur le chemin de l'école combattre à deux mille kilomètres de chez eux, sans perspective de retour. Le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, évalue à environ 3.000  le nombre de jeunes partis combattre en Syrie et Irak. Ils étaient à peine deux mille il y a trois mois.

Aux portes de l'Europe

Les sociétés européennes doivent essayer de comprendre pourquoi certains de leurs jeunes, même minoritaires, se laissent si facilement endoctriner au point de quitter famille et amis pour rejoindre le front syrien, aux côtés d'insurgés fanatisés. Comprendre aussi ce que veulent les prétendus membres de l'Etat islamique : instaurer une terreur globale, frapper dans la rue, à n'importe quel moment, surgir d'un coup sur le "continent", dans l'ordinaire des démocraties européennes. A cet égard, Jean-Pierre Filiu, spécialiste de la Syrie et du djihadisme, a mis en garde contre le risque d'un "11 septembre européen" : "notre continent tout entier est visé, car il se trouve aux portes du théâtre d'opérations de Daech", explique le professeur.

Les pays européens doivent se réveiller maintenant, avant que le monstre tueur EI ne frappe encore. Définir, au lieu de réfléchir et de se réunir, un plan d'action global et coordonné contre la menace majeure qui se présente à leurs portes. Avec ou sans l'OTAN, avec ou sans Moscou mais avec force et conviction, sans ambigüité.