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S&P a parlé …

Paris-Bruxelles : le blog de Kathia Gilder
2 min

L’oracle a choisi un vendredi 13 pour se manifester. En ce jour ordinaire de janvier, à l’aube de la nouvelle année, la crise de la dette semblait connaître un répit sur le vaste continent européen. Certains croyaient même apercevoir des signes de détente à l’horizon. Et soudain, schplak ! Depuis Bruxelles, une source affirme que la dégradation de la note souveraine de la France est imminente. La rumeur se répand sans tarder sur les places financières. La Bourse de Paris voit rouge. Et la nouvelle se confirme.

« Nous abaissons notre note de crédit souveraine à long terme sur la République française à AA+. La perspective à long terme est négative », dit l’oracle.

Parole de Standard & Poor’s. Après plusieurs semaines de suspense, l’agence américaine a mis sa menace à exécution : elle a dégradé la France, lui retirant son triple A, la note d’excellence, celle qui permet à un pays de refinancer sa dette au meilleur coût auprès de ses créanciers. L’Autriche tombe elle aussi de son piédestal (à AA+ comme la France ) tandis que l’Espagne et l’Italie chutent de deux crans, tout comme le Portugal qui, lui, bascule carrément en catégorie « junk », où sont relégués les Etats considérés comme spéculatifs. La Grèce se trouve pour sa part confortée dans son statut CC, parmi les émetteurs considérés comme les plus dangereux par les marchés.

Au total, les agents-examinateurs de S&P ont dégradé neuf des dix-sept pays de l’Union monétaire, soit plus de la moitié de la zone euro. Pourquoi cette décision ?

« Tous les pays se concentrent essentiellement sur des remèdes budgétaires en réduisant leurs déficits excessifs … mais la crise de la zone euro s’explique surtout par un écart de compétitivité qui n’a cessé de se creuser entre certains pays européens depuis le lancement de la monnaie unique » dit l’oracle, s’exprimant au téléphone par la voix de Moritz Kraemer, responsable de la notation des pays européens chez Standard & Poor’s. Ce dernier est catégorique :

« l’environnement politique dans la zone euro n’a pas été à la hauteur des défis croissants engendrés par la crise. »

Autrement dit les pays de la zone euro n’ont rien compris à leurs problèmes. La rigueur à tout prix n’est pas la solution. Ce qui compte c’est d’être fort et compétitif, estiment les experts de S& P. Au-delà des problèmes spécifiques à chaque pays, l’agence américaine fustige aussi l’absence de gouvernance européenne, allant jusqu’à dénoncer "le conflit ouvert et prolongé entre les décideurs européens". Elle épingle les mauvais élèves de la classe économique européenne et récompense les meilleurs d’entre eux, à l’instar de l’Allemagne, qui conserve son triple A, assorti d’ une « perspective stable à long terme », qui fait de sa dette une valeur sûre de la zone euro. La première puissance économique se retrouve à la tête d’un petit groupe de pays du Nord vertueux et prospères (Pays-Bas, Luxembourg, Finlande) qui forment selon S&P le cœur de l’Europe.

En somme, l’année commence comme elle s’est terminée : les agences de notation continuent à faire la pluie et le beau temps sur le continent européen. Elles profitent de la cacophonie européenne et de l’absence de décision forte et unanime des dirigeants de l’Union pour parler à leur place, comme si elles étaient des décideurs politiques. Mais elles ne le sont pas. Et parfois elles se trompent, comme en 2008, lorsque S& P avait accordé un triple A à un paquet d’actifs pourris dont l’effondrement précipita le monde dans la pire crise financière depuis 1929. Les Etats européens devraient leur rappeler qu’elles ne sont pas les maîtres de l’Europe. C’est le moment.