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Qui veut payer pour l'Europe ?

2 min

900, 960, 995, 1000 , 1061 milliards ?

Qui dit mieux ? Qui dit moins ?

Les enchères sont ouvertes, sur un enjeu majeur : déterminer le juste prix du budget alloué à l'Union européenne pour financer les politiques communes sur les sept prochaines années. Deux camps s'opposent. Il y a d'un côté ceux qui veulent le plus. Un club de quinze pays, issus en majorité de l'Europe centrale et orientale. Ces États demandent, coûte que coûte, le maintien des fonds de "cohésion", ces généreuses enveloppes européennes qui leur ont permis de construire, à moindre frais, des routes, des rails et des ponts, comme autant de traits d'union entre nouveaux et anciens membres.
Emmené par la Pologne, ce groupe est très motivé pour défendre ses intérêts. Mais en face, il y a ceux qui ne veulent dépenser le moins. Grands contributeurs du budget européen, ils expliquent que leur pays a pris d'importantes mesures d'économies pour faire face à la crise, et que l'Union européenne serait bien inspirée d'en faire autant. On trouve dans ce groupe l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande et bien sûr la Grande-Bretagne.

La position britannique a, comme d'habitude, le mérite d'être claire : Londres refuse de mettre un penny de plus dans la caisse commune et prône un gel de toutes les dépenses communautaires jusqu'à nouvel ordre sans qu'il soit touché à son chèque, négocié par Margaret Thatcher dans les années quatre-vingt mais que ses collègues continuent de lui verser chaque année, lui permettant d'alléger considérablement sa participation au budget européen. ([A elle seule, la France paierait plus d'un milliard et demi d'euros chaque année au titre du rabais britannique.)]

Du coup Copenhague s'offusque : ce n'est pas juste, nous voulons nous aussi une réduction ! tonne Helle Thorning-Schmidt, première ministre danoise. Dans quel camp se trouve Paris ? Le président français affiche sa solidarité avec la vertueuse Allemagne tout en promettant de se battre auprès de ses homologues pour garder intacts les fonds structurels et la Politique agricole commune, qui risquent d'être revus à la baisse. Bref, la position française est floue, ce qui n'arrange rien à la cacophonie générale.

Comment alors, sur de telles bases, trouver un compromis qui mette tout le monde d'accord ? C'est le casse-tête posé au président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy. Ce dernier a proposé un budget global de 1000 euros tout rond, la Commission européenne en propose 1061, la présidence chypriote 1007, l'Allemagne 960 et l'oracle de Bruxelles croit savoir qu'un accord sera conclu autour de 960-990 ...

Ne pas s'entendre sur un acte aussi important que le vote d'un budget en dit long sur la solidarité européenne. Chacun pense d'abord à son propre intérêt national, Londres à son chèque, Paris à ses subventions agricoles.

En cas d'échec ce jeudi au conseil européen à Bruxelles, le budget sera reconduit sur les bases brinquebalantes de 2013 mais il n'y aura bientôt plus d'argent pour financer tous les projets européens en même temps, l'agriculture, la politique régionale, le programme Erasmus, l'aide alimentaire aux plus démunis ...

Et lorsque les caisses seront vides, qui va payer pour l'Europe ?? C'est la question du mois. Question à mille euros !