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Quand l'Europe se réveillera ...

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C'est une invasion tranquille, ininterrompue depuis dix ans. Jouets, vêtements, matériel électronique, services, panneaux solaires etc. Les produits chinois inondent l'Union européenne. En 2012, le troisième pôle économique du monde a enregistré un déficit commercial de 156 milliards d'euros avec Pékin. L'Empire du Milieu entre aussi en Europe par la mer: le drapeau chinois flotte sur le port grec du Pirée, détenu à plus de 80 pour cent par le géant asiatique Cosco. La Chine poursuit son développement et l'Europe laisse faire. Quelques réprimandes, regrets, protestations, lamentations, sans suite. Elle prend parfois des mesures, une taxe, en 2006, sur les importations de chaussures à dessus de cuir, finalement abandonnée, une autre, plus récemment, sur la vaisselle chinoise en céramique. En vain. L'expansion chinoise en Europe semble inexorable.

Pourtant, dans certains secteurs, cette invasion est allée très loin. Les Chinois ont profité de la vague verte. A présent, ils règnent en maîtres sur le solaire. Les importations de cellules photovoltaïques, fabriquées à très bas prix et massivement subventionnées par l'Etat chinois, menacent 300 000 emplois. L'affaire a été portée devant la Commission européenne. Et pour une fois Bruxelles a mis sa menace à exécution, décidant, mardi 4 juin, de taxer les cellules photovoltaïques chinoises importées sur le continent pour protéger une industrie considérée comme porteuse d'avenir pour l'Europe, avec des droits de douane de l'ordre de 11,8 pour cent, qui passeront à 47,6 pour cent dans deux mois si les négociations entre les deux parties échouent. Bruxelles a agi au nom de l'intérêt européen, contre l'avis de dix-huit Etats-membres, dont l'Allemagne, soucieuse de ménager sa balance commerciale, largement excédentaire vis-à-vis de son partenaire. La riposte chinoise est tombée moins de vingt-quatre heures plus tard, l'Empire du Milieu annonçant l'ouverture immédiate d'enquêtes sur les aides en vigueur dans la filière viticole européenne.

Panneaux solaires chinois contre vins français. La haute technologie d'un côté, la terre de l'autre. La bataille des droits de douane est ouverte, inégale. Les commissaires européens ont été unanimes à condamner et sanctionner les pratiques déloyales de l'Etat chinois. Mais l'application des taxes décidées contre Pékin doit encore être validée par l'ensemble des Etats-membres, ce qui n'est pas gagné. Chacun défend ses intérêts, au détriment de l'intérêt commun. Sur ce dossier, comme sur beaucoup d'autres, l'Europe est désunie et dispersée. Donc faible. Et les divisions européennes font le jeu de Pékin.

Après vingt ans d'attentisme, Bruxelles s'est réveillée, pour exiger plus de la réciprocité dans les échanges. Le pistolet est chargé. Ce n'est pas le moment de se rendormir. Bientôt, il sera trop tard.