twitter facebook chevron-right

Où est l'Europe de la défense ?

2 min

Vendredi 11 janvier 2013. A la demande de Bamako et sous mandat de l'ONU, la France engage son armée au Mali avec pour objectif militaire d'arrêter la progression des combattants islamistes vers la capitale. Les pays européens soutiennent l'opération, discrètement, en ordre dispersé. Berlin reconnaît, par la voix d'Angela Merkel, que le terrorisme au Mali est "une menace pour l'Europe" et c'est tout. Varsovie ne souhaite pas envoyer ses soldats, à peine rapatriés d'Afghanistan, sur un nouveau théâtre d'intervention. Bref personne ne se presse pour prêter main forte à la France.

Sur le terrain, Paris reçoit pour toute aide quelques avions de transport, essentiellement britanniques, entre autres maigres moyens logistiques. Les manœuvres ne sont pas coordonnées au niveau européen. La plupart des États-membres n'ont, semble-t-il, ni les capacités militaires ni la volonté politique de s'engager dans une opération de haute intensité. La seule décision commune entérinée par les ministres des Affaires européens concerne l'envoi sur place d'une mission européenne destinée, non pas à combattre les djihadistes, mais à remettre sur pied l'armée malienne. Cette petite force de quelques centaines d'hommes a déjà son chef, le général français François Lecointre, mais elle n'est pas encore prête. Elle le sera peut-être dans quelques semaines, ou quelques mois. La France sera alors "nation-cadre", c'est-à-dire qu'elle fournira le gros des moyens, humains et militaires mais cette fois, les Européens y participeront, y compris les Polonais qui enverront leurs instructeurs militaires à Bamako.

Pourquoi si peu de soutien et d'implication ? Où est passée l'Europe de la défense ?

Il existe, sur le papier des traités européens, des instruments militaires. Les États-membres auraient pu, par exemple, décider de mettre en œuvre des groupements tactiques. Ces unités, composées de soldats allemands, français et polonais, sont en état d'alerte permanent, donc capables d'intervenir dans une zone de conflit, hors du territoire européen. Elles auraient pu être déployées au Mali, sous réserve que les trois pays se concertent à temps.

Rien n'a été décidé, la France est donc partie seule au combat affronter les djihadistes.

L’Europe de la défense est un fantôme. Les missions engagées sous bannière de l'UE l'ont été, le plus souvent, sous une couverture humanitaire. (Deux grandes opérations militaires ont été conduites sous bannière européenne : l'opération Artemis en République démocratique du Congo (2003) pour faire cesser les combats et les exactions commises contre les populations civiles, et l'opération EUFOR au Tchad et en République Centrafricaine (2008-2009), pour sécuriser les camps de réfugiés venus du Darfour. Partout ailleurs, les Européens ont agi avec l'appui ou sous tutelle de l'OTAN et de l'ONU.)

Et aujourd'hui, la plupart des pays européens désarment pour se réfugier au sein de l'OTAN sous le parapluie américain. Pourtant, les États-Unis sont eux-mêmes en train de se désengager du théâtre européen au profit de la zone pacifique.

Il est temps de réagir !