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Mrs No (1925-2013)

2 min

- Qui était premier ministre britannique de 1976 à 1979 *?
- ...
- Et de 1990 à 1997 **?
- ...
- Vous ne savez plus... ?

La dame de fer a changé le destin de la Grande-Bretagne et marqué l'histoire de l'Europe. Onze ans et trois mandats de premier ministre, de 1979 à 1990. Margaret Thatcher, Née Hilda Roberts à Grantham dans le fin fond du Lincolnshire, devenue première et seule femme à la tête du gouvernement britannique. Celle qui redressa à la dure, à coups de démantèlements, de privatisations et de coupes sociales drastiques, une économie malade, promise au déclin. Celle qui marqua au fer rouge les syndicats britanniques, qui ne s'en remettront jamais. Celle qui supprima la distribution gratuite de lait dans les écoles, lorsqu'elle fut ministre de l'Education. L'incarnation du libéralisme décomplexé des années quatre-vingt. Mais celle aussi qui rendit souveraineté et fierté à la Grande-Bretagne, capable de se battre pour un bout de caillou loti à 11 000 kilomètres des côtes anglaises, une guerre des Malouines qui lui valut les honneurs et une réélection.

Sur le front européen, le bras de fer permanent

Chef de guerre contre les généraux argentins, les syndicats, les grévistes des sociétés publiques, les combattants de l'Armée républicaine irlandaise, elle ne cédait rien à ses adversaires. Eurosceptique convaincue, elle considérait l'Europe comme un supermarché, un outil au service des intérêts britanniques. Elle y a pris ce qu'il y avait de bon à prendre pour son pays et n'a pas cédé sur le reste, obstinée et intransigeante dans les sommets européens. C'est ainsi qu'un jour, après un ultime bras de fer avec ses partenaires, Margaret Thatcher repartit de Bruxelles avec un chèque équivalent à la contribution britannique au budget communautaire. La Grande-Bretagne est pauvre, elle a une surface agricole faible, pas question qu'elle paye pour la politique agricole commune ! avait alors expliqué la Dame de Fer. Le "thatchérisme" se matérialisera dans la signature de l'Acte Unique en 1986, accélérateur du marché unique. Le chèque est resté. Et l'héritage perdure. Lorsqu'il explique qu'il n'y a pas d'alternative à la réduction du déficit public, décrétant la suppression de dizaines de milliers de postes et le gel des salaires des fonctionnaires, David Cameron s'inscrit dans les pas de Margaret Thatcher. Et jamais les Britanniques n'ont semblé aussi proches d'une sortie de l'Europe, puisqu'un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne doit se tenir d'ici à 2017.

Une statue à Londres ?

Admirée autant qu' haïe, Mrs T. a profondément divisé son pays. Elle continue, outre-tombe, de susciter les passions. L'annonce de ses funérailles, estimées à 10 millions de livres, fait polémique. Pourquoi tant d'honneurs, se demande une partie de la presse britannique. C'est beaucoup trop ! Même Winston Churchill a eu des funérailles d'Etat plus modestes, écrit en substance le Guardian. Dépenser l'argent public de cette manière est une erreur manifeste de jugement, s'insurge de son côté Kevin Maguire, éditorialiste au Mirror.

La perspective d'une statue ou d'un mémorial à l'effigie de Margaret Thatcher au coeur de Londres, suscite également la controverse. David Cameron a souhaité "un temps de réflexion" avant de trancher sur la meilleure façon d'honorer la mémoire de l'ancien premier ministre. Une statue trône déjà, au Parlement de Westminster, en bronze. Commentaire de Margaret Thatcher lors de l'inauguration en 2007 :
"J'aurais préféré de l'acier, mais le bronze fera l'affaire; ça ne rouillera pas .. "

La dame de fer repose, à jamais fixée sur son socle de bronze,
inflexible pour l'éternité.

* James Callaghan
** John Major

Extrait de l'émission Europe Hebdo du 11.04.2013 :