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Luxembourg : un paradis fiscal au coeur de l'Europe.

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Nom de code : Luxleaks. Lux comme Luxembourg. Le petit état européen, membre de la maison commune depuis toujours, aurait passé des accords fiscaux secrets avec des multinationales. Concernés : Apple, Amazon, Apple, Axa, Ikea, etc. La liste est longue. 340 entreprises au total, qui auraient profité des pratiques fiscales permissives du pays pour payer moins d'impôts. Telles sont les révélations ce mercredi du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), qui a parcouru 28 000 pages de documents secrets. Le premier ministre luxembourgeois assume. Ces pratiques, appelées "tax ruling" au Grand-Duché, sont connues depuis des années, et elles sont parfaitement légales, assure le chef du gouvernement Xavier Battel. De l'optimisation fiscale, en somme. Les sociétés en cause profiteraient simplement des failles de la réglementation internationale pour que leurs profits soient taxés le plus faiblement possible.

Scandale au cœur de l'Europe

Seulement voilà, ces bénéfices "cachés" sont autant de recettes fiscales perdues pour les Etats, où les firmes en question réalisent leurs bénéfices. Des milliards d'euros échapperaient ainsi à l'impôt, selon l'enquête de l'ICIJ. En juin dernier, la Commission européenne a d'ailleurs ouvert quatre enquêtes sur les pratiques fiscales en vigueur au Luxembourg, mais aussi en Irlande, aux Pays-Bas et à Gibraltar. Ciblés : Apple en Irlande, la chaîne de cafés Starbucks aux Pays-Bas, le groupe Fiat et plus récemment la société Amazon au Luxembourg.

Devant l'ampleur des révélations, l'exécutif européen a réagi ce jeudi par la voix de sa porte-parole, Margaritis Schinas, qui assure que le Luxembourg devra "assumer la situation", et qu'elle est prête à sanctionner le pays si besoin.

Au-dessus de tout soupçon ?

La situation est embarrassante pour Jean-Claude Juncker, concerné au premier chef par ces révélations. Le nouveau patron de l'exécutif européen a géré les affaires du Grand-Duché pendant dix-neuf ans, ministre des finances de 1989 à 2009 et Premier ministre du pays de 1995 à 2013. Les accords fiscaux en question concernent justement la période 2002-2010, selon les documents rendus publics dans quarante médias du monde entier.

L'ancien premier ministre, devenu président de l'exécutif européen, promet que son équipe fera son travail et qu'il s'abstiendra "d'intervenir dans ce dossier", qui revient désormais à la danoise Margrethe Vestager, en charge de la Concurrence. Le Luxembourg confisque-t-il une partie de l'assiette fiscale de l'Europe ? Dumping fiscal indécent ? La Commission est sous pression pour répondre à ces questions, poursuivre son enquête qui devra déterminer si le "tax ruling" est conforme ou non au droit européen, et lever, peut-être, les éventuels soupçons de conflit d'intérêt à sa tête. Faute de quoi, les citoyens européens, à qui Jean-Claude Juncker a promis transparence et honnêteté, seront fondés de demander des comptes à Bruxelles.

En ces temps persistants de rigueur et d'austérité sur le continent, il ne fait pas bon fructifier son argent de pareille manière en terre européenne. Les partis eurosceptiques et anti-européens se sont déjà emparés de l'affaire pour demander la démission de Jean-Claude Juncker. Au-dessus de tout soupçon ?