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Lutte contre le Terrorisme : que fait l’Europe ?

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La France est un peu moins seule en guerre contre Daech. En l'espace de quarante-huit heures, deux pays de poids lui ont apporté du soutien. Jeudi 3 décembre à l’aube, son allié britannique est entré en action dans le ciel syrien. Quatre avions Tornado ont décollé de leur base d’Akrotiri à Chypre, pour aller bombarder des cibles de l’organisation Etat islamique.

David Cameron a eu gain de cause. Après un débat passionné de dix heures, la chambre des Communes a approuvé l’extension des frappes britanniques, jusque-là cantonnées à l’Irak. Le vote a été acquis à une majorité de 174 (397 pour, 223 contre), loin des divisions de 2013, lorsque ce même parlement refusait d'autoriser des frappes aériennes en Syrie.

A la suite de Londres, Berlin a approuvé, par un vote massif, une participation historique du pays aux opérations militaires de la coalition en Syrie. L'Allemagne fournira 6 avions de reconnaissance Tornado, un Airbus ravitailleur et une frégate d'accompagnement du Charles-de-Gaulle. 900 hommes prendront part au combat, pour une mission de soutien aux bombardements français et anglais. Les Belges, les Néerlandais et les Danois prêtent aussi leurs forces à la bataille. Les Irlandais ont, eux, promis d’envoyer des centaines de soldats sous casque bleu pour assister les soldats français engagés dans l’opération antiterroriste Barkhane au Sahel.

Assistance symbolique

Sept pays européens sur vingt-huit. Où sont les autres ? Quatre jours après les attentats de Paris, ils avaient pourtant promis d’aider la France, apporté leur soutien unanime à sa demande d’assistance militaire, au nom de la clause de défense mutuelle prévue par le Traité sur l'Union européenne, qui prévoit une assistance de tous les États-membres, en cas d'agression contre l'un d'entre eux. L’acte, politique, était rare. Il est resté largement symbolique.

Le débat n’est pas nouveau. Il divise l’Europe depuis longtemps. Le camp des pacifistes domine sur le continent. Jusqu’au vote du Bundestag vendredi, l’Allemagne en faisait partie. La défense européenne n’existe pas. Voilà pourquoi si peu de pays sont prêts à rejoindre la France dans son combat. Faute d’assistance militaire, Paris veut au moins pouvoir compter sur un soutien logistique et financier de ses partenaires, sur d’autres théâtres extérieurs. Des avions de transport, de ravitaillement, seraient les bienvenus, en Syrie comme au Mali ou en Centrafrique. Partager le fardeau militaire. C’est ce qu’attend, au minimum, la France.

Soixante-dix ans après l'armistice de 1945, le spectre de la guerre plane à nouveau sur un continent qui se croyait en paix. Le terrorisme peut frapper n’importe où, à tout moment. Des kamikazes au cœur du continent. La menace est là. Une majorité d’Etats européens refuse pourtant de prononcer le mot « guerre ». L’Italie ne se sent pas en guerre, de l’aveu de son président du Conseil, Matteo Renzi, bien que se disant prête à faire plus contre l’Etat islamique. Les Espagnols, eux, ont en mémoire le précédent irakien de 2003. L’engagement du pays aux côtés des Américains en a fait une cible. 193 morts à Madrid le 11 mars 2004. 57 À Londres le 7 juillet 2005 .Dans beaucoup d’Etats, la guerre fait peur. Peu de volontaires donc, pour mener aujourd’hui la bataille contre Daech.

Vaste chantier intérieur

Réticente à s’engager loin de sa base, l’Union européenne échoue aussi à assurer la « sécurité intérieure » de ses membres. Dans l’espace sans frontières Schengen, les terroristes et les armes profitent comme les autres de la liberté de circulation, passant d’un pays à l’autre sans être inquiétés, tel Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats de Paris, qui est passé de Bruxelles à Paris ni vu ni connu, avant d’être abattu dans l’assaut de Saint-Denis le 18 novembre. Aucun signalement n’est venu, d’aucun pays, suggérant la présence sur le territoire européen du djihadiste belge.

Cet état de fait est en train de changer. Au pied du mur, les ministres de l’Intérieur ont accepté, vendredi 4 décembre, sous la pression de la France, de créer un registre commun des passagers aériens (PNR, Passenger Name Record en anglais), sur tous les vols internes à l’Union européenne ainsi que les charters. Lorsque ce vaste fichier existera -sans doute pas avant de longs mois, le temps de transposer le texte dans les vingt-huit pays- les compagnies aériennes devront communiquer aux services de renseignement les données personnelles de chaque voyageur, identité et coordonnées bancaires, l'objectif étant de détecter d'éventuelles personnes dangereuses. Le dossier de Schengen a également été mis sur la table, pour corriger les défaillances aux frontières extérieures de l’Union européenne, qui profitent aux terroristes.

Fichier commun des passagers aériens, renforcement des frontières, partage du renseignement, législation sur les armes à feu, le chantier est vaste. Il est incontournable. Les Européens doivent prendre conscience qu’ils sont menacés. Etre unis et solidaires face à l’ennemi commun. Et coordonner leurs efforts sans tarder. La paix sur le sol européen en dépend.

Photo : Etat-major des armées