twitter facebook chevron-right

L’austérité, c’est fini ?

3 min

"La politique d’austérité a atteint ses limites en Europe !"

Parole de Jose Manuel Barroso. Hors caméra, mardi 24 avril, en marge d’une conférence internationale. Le président de la Commission européenne s’explique : une politique ne peut réussir sans un minimum de soutien social, dit-il en substance. Etranges paroles. Qu’est-ce que cela veut dire ? Le chantre de la discipline budgétaire pense-t-il soudain que les Etats-membres, fixés sur le cap unique de la rigueur, font fausse route ? Bruxelles sonne-t-il le glas de l’austérité en Europe ? Pas si vite ! La commission européenne s’est empressée de rectifier le tir, assurant, par la voix de son porte-parole, qu’il n’y avait pas de "virage à 180 degrés", juste un appel à "combiner l’indispensable correction budgétaire avec des mesures adaptées pour soutenir la croissance". De quoi rassurer au passage l’Allemagne, intransigeante sur le redressement des comptes alors que le pays fait exception parmi ses partenaires, seul pays affichant une bonne santé économique et un excédent budgétaire.

Mais le message de Jose Manuel Barroso est passé. Des voix s’élèvent, de plus en plus nombreuses, pour critiquer les conséquences des politiques d’austérité sur l’emploi et la croissance. Le Fonds monétaire international plaide désormais pour une modération des mesures de rigueur dans les pays en récession. Même son de cloche à Washington. Le nouveau secrétaire d’Etat au Trésor, Jack Lew, presse l’Europe de desserrer l’étau (et les taux). La mauvaise situation économique du Vieux continent menacerait la croissance américaine, disent les Cassandre d’outre-Atlantique. La Chine surveille également de près les politiques européennes, toujours prête à investir dans des usines en faillite ou à acheter de la dette grecque, mais soucieuse aussi de ses préserver ses intérêts marchands. La planète s’inquiète de la dépression qui menace le continent. La crise est contagieuse, elle se transmet au reste du monde par les échanges, les investissements. Cinq ans de crise déjà. La convalescence est longue. Américains et Chinois ont-ils raison d’être inquiets ? Sans doute. Mais eux peuvent compter sur leur monnaie pour soutenir leur économie en cas de besoin. Ils peuvent injecter de l’argent frais, baisser le taux de change, desserrer par-ci, revisser par-là etc .. alors qu’en zone euro, ces options sont interdites. C’est comme ça. Fixé noir sur blanc dans les traités qui régissent le fonctionnement de l’Union monétaire. Que faire alors ?

Dehors le Sénat ! Dehors le Congrès des députés ! crie un groupe de manifestants, rassemblé devant le Parlement à Madrid. Y’en a marre des coupes budgétaires ! La colère des peuples gronde. En Espagne, le taux de chômage dépasse le quart de la population active. 27 pour cent de sans emploi d’ici à la fin de l’année. Près de 17 pour cent au Portugal, un record dans le pays. L’un de ces chômeurs, Alcides Santos, père de famille de 46 ans, habitant de Moita et privé d’allocations depuis un mois, a refusé de payer ses impôts pour nourrir ses enfants. Il le fera dès qu’il retrouvera un emploi, a-t-il dit au Médiateur de la Justice. En Italie, un couple de retraités s’est suicidé parce qu’il n’arrivait plus à ses payer ses impôts. Elle touchait cinq cent euros de retraites par mois. Il faisait partie des sacrifiés qu’une récente mesure, adoptée au nom de l’austérité, avait privé d’indemnités.

Résistance, défiance, désespoir, l’austérité suscite un rejet massif. Devant cette réalité, six pays européens* ont demandé un délai à Bruxelles. Plus de temps pour respecter la règle de Maastricht (le déficit public ne doit pas dépasser 3 % de la richesse nationale du pays), une pause dans la rigueur. Bruxelles est prêt à plus de souplesse. Ouf ! Mais ralentir le rythme de la rigueur ne veut pas dire renoncer à redresser ses comptes et à payer ses dettes.

Ne pas donner des gages et des preuves de bonne gestion ne règle pas les problèmes et renforce, au contraire, l’audience des partis populistes ou extrêmes, qui captent bien l’appel de la rue et profitent de la situation pour étendre leur audience auprès des populations en détresse.

* La France, les Pays-Bas, la Belgique, le Portugal, L’Espagne et l’Irlande.