twitter facebook chevron-right

Grèce : le grand flou

3 min

Un répit. Au moins pour l'été. Avec l'argent prêté par ses partenaires et créanciers, la Grèce a remboursé les six milliards d'euros qu'elle devait à la Banque centrale européenne et au FMI . Les banques assurent le service minimum. La vie économique reprend son cours. Mais dans un mois, l'histoire risque de recommencer. Le vingt août, Athènes devra payer quatre milliards et demi d'euros en tout, aux mêmes créanciers. Et les coffres sont déjà vides. Un cercle vicieux.

L'accord européen conclu au forceps les 13 juillet n'a pas réglé le problème de la dette. L'Allemagne refuse toujours d'effacer une partie de l'ardoise. Elle estime que beaucoup a déjà été donné aux Grecs. C'est aussi ce que pensent d'autres pays comme la Lettonie ou la Slovaquie, qui expliquent que les pensions de retraite sont beaucoup moins généreuses chez eux que chez les Grecs. Le problème de la dette a juste été mis de côté. Il resurgira. Après les vacances. Une bombe à retardement.

Sous la contrainte, le pays a accepté de nouvelles mesures d'économies. Il a augmenté sa TVA dans une série de biens et services, de 13 à 23 pour cent dans la restauration ou les courses de taxi. Les députés ont voté d'autres réformes. De nouvelles mesures d'austérité, selon les manifestants rassemblés devant le parlement grec. C'était la condition pour qu'Athènes obtienne un nouveau plan d'aide, le troisième en cinq ans. Au moins 80 milliards d'euros sur trois ans. Le plus dur reste à venir. La réforme des retraites. Le cœur du programme du candidat Tsipras, devenu premier ministre grec en janvier. Un dossier politique ultra sensible.

Les incohérences du gouvernement Tsipras

Ces derniers temps, des pensées contradictoires ont traversé la tête d'Alexis Tsipras. Terrorisé à l'idée que les Allemands coupent les ponts, et les aides financières, à son pays, mais soucieux aussi de ne pas se trahir lui-même, lui qui a promis tant de choses à son peuple. A bas la troïka, les technocrates, place au peuple ! L'austérité, ça suffit ! Dehors les créanciers qui mettent la Grèce à genoux ! Sa décision de soumettre à un référendum les dernières propositions internationales pour la Grèce, alors que le dialogue Athènes-Bruxelles était sur le point de reprendre, a provoqué la stupeur sur le continent. Le lundi 6 juillet, l'Europe s'est réveillée assommée par la victoire du non grec. Les référendums sont imprévisibles par nature. Pas selon l'ordre des choses d'Alexis Tsipras, qui a cru que ce résultat ferait pencher le bras de fer en sa faveur. Il a attendu le dernier moment pour dévoiler ses plans.

Mauvaise pioche. Après six mois de négociations tendues, le dirigeant grec et chef de la gauche radicale s'est finalement retrouvé au pied du mur, contraint d'accepter une à une toutes les conditions posées par ces mêmes créanciers qu'il n'a cessé de fustiger, et d'imposer son pays de nouvelles mesures drastiques. L'ex ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a lui aussi agi de manière tout à fait singulière, votant non au premier train de mesures, mais oui au deuxième. Étranges comportements ? A.Tsipras et Y.Varoufakis ont sans doute vu le fond du gouffre. Bye bye l'euro et la sécurité financière. Bienvenue dans le monde réel. Les experts de la troïka seront de retour dans le pays cet été, pour évaluer l'état de l'économie grecque. L'histoire va recommencer.

Responsabilités européennes

A leur décharge, les Grecs ne sont pas les seuls responsables de leur malheur. Les hésitations, messages contradictoires et autres pas de côtés des chefs d’État, notamment allemand et français, ont laissé des traces. L'Europe a très mal géré la crise. Elle s'est divisée. A été inaudible. Pas de cap ni de chef de bord, pour lui permettre d'accorder ses différentes voix, et de trouver la voie du salut. Au lieu de ça, une cacophonie de déclarations et de positions. Passé l'été, les dirigeants se retrouveront à la table d'un nouveau Conseil européen pour constater l'ampleur de leurs désaccords. La Grèce aura à nouveau besoin d'argent, pour payer ses fonctionnaires et ses retraités, régler les intérêts de la dette etc. A la prochaine menace de défaut de paiement, le scénario du Grexit resurgira. Et les Européens se reverront pour un énième sommet de tous les dangers, parce que rien n'est réglé. La zone euro et son talon d’Achille continuent de se poser mutuellement problème. Chacun doit assumer sa part de responsabilité.

L'histoire sans fin reprendra après l'été ...