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Frontière, frontières.

Paris-Bruxelles : le blog de Kathia Gilder
2 min

 
C'est un espace commun où les citoyens peuvent circuler librement, du Nord au Sud et d'Est en Ouest sans passeport. Habiter d'un côté du Rhin et travailler sur l'autre rive. Faire les vitrines à Bruxelles et prolonger la ballade jusqu'à Amsterdam. Aller d'un pays à l'autre. Faire son chemin sur les routes d'Europe. Les frontières n'existent plus. Qui l'eût cru ?

 
Avant, il fallait s'arrêter. Ralentir à l'approche du poste de douane, derrière une longue file de voitures. Couper le moteur et attendre. Il fallait patienter longtemps dans la file, qui s'allongeait à vue d'oeil, un temps indéterminé à attendre à l'un des points de passage de l'ancienne ligne Oder-Neisse qui séparait l'Allemagne de l'Est et la Pologne communiste. Halte-là ! Donner ses papiers aux douaniers et sa voiture à la fouille. Ne pas broncher. Rester impassible, jusqu'à ce que l'uniforme opine du chef et donne son feu vert pour traverser la frontière.

 
Cette frontière n'existe plus. Plus d'attente interminable. Plus de contrôle. La Pologne fait désormais partie de l'espace Schengen, vaste zone sans barrière avec quarante-trois mille kilomètres de côtes et sept mille sept cent kilomètres de frontières terrestres, partagée par vingt-deux pays de l'Union européenne et quatre Etats associés, où quatre cent millions de citoyens peuvent circuler sans entraves. Les contrôles demeurent en revanche aux frontières extérieures de l'espace Schengen même si, faute de moyens et de politique commune, les Etats qui ont la charge de ce contrôle peinent à contrer l'immigration illégale et les trafics aux portes extérieures de l'Europe.
 

"L'Europe ne peut être la seule région du monde à si mal faire respecter ses frontières", prévient Nicolas Sarkozy depuis les bords de Seine et la scène de Villepinte, où il tient meeting ce dimanche 11 mars. Comparant l'espace Schengen à "un ventre mou (...) ouvert à tous les vents", le président-candidat donne douze mois à ses partenaires européens pour réviser les accords de Schengen en menaçant de retirer la France de la zone commune si rien n'est fait d'ici là. Stupeur dans les capitales européennes, où l'on rappelle que Schengen est un acquis essentiel de la construction communautaire, intégré aux traités européens.

Colère à Strasbourg, siège du Parlement européen, où un député brandit son passeport, pour demander s'il lui faudra bientôt se présenter au contrôle douanier pour pouvoir entrer dans l'hémicycle.

 
En réalité, la réforme de l'espace sans frontières est déjà à l'étude. Les ministres européens de l'Intérieur réfléchissent avec la Commission européenne aux moyens de renforcer les contrôles aux frontières si les circonstances l'exigent. Aujourd'hui seuls une menace terroriste ou des risques liés à un événement exceptionnel -sommet international ou compétition sportive- peuvent autoriser un Etat à fermer provisoirement ses frontières. Le rétablissement des contrôles sera désormais possible en cas de pression migratoire inattendue et massive, telle l'arrivée sur les côtes siciliennes de milliers de réfugiés tunisiens, il y a un an.
 

L'ère de l'ouverture est terminée, les écoutilles se referment sur le continent, dit un oiseau de mauvais augure. Fantasme ? Le citoyen devrait se dépêcher de parcourir la grande Europe sans frontières, tant que les portes sont ouvertes. Halte-là!