twitter facebook chevron-right

Europe : qui veut régler "le problème rom" ?

2 min

Ils errent à travers l'Europe, entre villes et campagnes, leurs campements installés à la va-vite, baraquements branlants et insalubres, remballés illico au moindre coup de semonce. Discriminés car différents. Mal vus, chassés, rejetés, fustigés. Des citoyens de seconde zone, des parias de l'Europe.

Le Vieux Continent compte dix millions de Roms, du détroit de Gibraltar à la toundra finlandaise. Deux millions et demi d'entre eux sont des ressortissants roumains ou bulgares. Mais leurs pays d'origine, qui ont pourtant reçu des aides européenne au titre de l'intégration des minorités européennes, semblent peu se soucier d'eux. Ils sont incapables de vivre comme nous, dit-on à Bucarest ou Sofia. Incapables de s'intégrer, donc dignes d'êtres renvoyés chez eux, en Roumanie, dit-on à Paris.

Sujet de querelle entre Paris et Bruxelles

Tout le monde se renvoie la responsabilité "du problème" et chacun compte sur l'autre pour le "régler". En 2007, L'Italie de Romano Prodi avait renvoyé le dossier à la France. Aujourd'hui, la France le renvoie à la Roumanie, le supposé pays d'origine accusé de ne rien faire pour intégrer les Roms. Et la Commissaire européenne Viviane Reding, chargée de faire respecter la justice et les droits fondamentaux en Europe, se mêle de l'affaire. Trois ans après fustigé la politique de Paris à l'égard des Roms, cités explicitement dans une circulaire du ministère de l'Intérieur comme devant être évacués, elle accuse à nouveau la France de ne pas mettre en oeuvre sa "stratégie nationale" d'intégration de cette communauté, sans lui expliquer comment, au juste, elle devrait s'y prendre.

Européens de seconde zone

En Europe, les Roms suscitent crispations, agressivité et hystérie. Boucs émissaires faciles, en ces temps de crise économique et sociale, ils sont un sujet idéal de campagne électorale, la cible facile des partis d'extrême-droite, populistes ou xénophobes, qui, à l'approche du scrutin européen, durcissent le ton sur l'immigration, la question des frontières, de l'identité nationale.

Dans trois mois pourtant, le 1er janvier 2014, les Roms pourront venir travailler librement dans tous les pays de l'Union européenne. Les restrictions imposées aux ressortissants roumains et bulgares en 2007, date d'adhésion de Bucarest et Sofia à l'Union européenne, seront levées. En clair, les Roms ne pourront plus être "renvoyés chez eux". Sauf s'ils sont sans travail et sans ressource. Ce qui leur permettra de continuer à voler, disent certains, à voix basse.

Rejetés d'office, étrangers par nature

L'image est là, tenace. Celle de Roms mendiants et voleurs par nature, incapables de s'intégrer à la vie sociale européenne. Mais ceux ou celles qui donnent des leçons aux autres, sur la manière dont il conviendrait de "régler le problème rom", sont-ils allés voir sur le terrain comment vivaient les Roms ? Que font-ils, eux-mêmes, pour "régler le problème " ? Et d'ailleurs, qui s'intéresse vraiment aux Roms ?

Une exposition, des documentaires, quelques livres, leur rendent parfois hommage. Citons l'écrivain-acrobate Alexandre Romanès qui, à la tête du petit cirque qui porte son nom, tente, par son oeuvre poétique, de retracer l'histoire du peuple Rom. Un peuple transnational, sans Etat. Lointains descendants des Scythes et des Jats. Des nomades indo-européens et marginaux. Partis du Pakistan et du nord de l'Inde, ils ont progressivement atterri en Europe, prenant tour à tour le nom de Tziganes (Tsiganes), Bohémiens, Manouches, Sintis, Gitans, Romanichels, Roms. Et aujourd'hui rejetés d'office. Pauvres hères errant sur le continent. Un peuple vivant au coeur de l'Europe, et pourtant nulle part chez lui.