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Europe de la défense : la politique des petits pas

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C'est déjà ça. Pour la première fois depuis cinq ans, un sommet de Bruxelles a été consacré aux questions de défense. Les chefs d’État et de gouvernement ont enfin consenti à évoquer la sécurité du continent, préoccupation centrale à l'heure où le monde réarme. Ils se sont même engagés à lancer des investissements communs dans quatre secteurs stratégiques: drones, ravitaillement en vol, satellites et cyberdéfense.

L'ambition s'arrête là. Pas d'annonce ni de décision concrète. Et pour la Centrafrique, les troupes françaises peuvent toujours attendre, les renforts ne sont pas pour demain. L'appel de François Hollande à fournir à la France du soutien financier et/ou opérationnel a été entendu mais laissé sans suite: ses partenaires se sont contentés d'un soutien oral à l'opération Sangaris. La Pologne a été généreuse : elle fournira un avion de transport et cinquante militaires. La Belgique et le Royaume-Uni ont également apporté une petite aide logistique. Et l'Union européenne, a rappelé son président, Herman Van Rompuy, a déjà versé 50 millions d'euros à la mission africaine de maintien de la paix, et 60 millions sous forme d'aide humanitaire "pour un peuple qui souffre". C'est toujours ça de pris. Mais c'est tout. La création d'un fonds commun pour financer les interventions militaires soutenues par l'Europe, que Paris appelle de ses vœux, a été renvoyée à la Saint Glinglin.

L'opposition de Londres

Quant à la mise sur pied d'une défense européenne digne de ce nom, le Royaume-Uni de David Cameron a clairement dit son opposition à toute initiative allant dans ce sens. Il a par exemple refusé d'envoyer en Centrafrique ses groupements tactiques (Battle Groups), créés il y a six ans pour participer à des opérations extérieures mais jamais utilisés jusque-là. Au moins, depuis Londres les choses sont claires.

Qu'attendre de plus dans ces conditions ? Une position politique des vingt-huit pays européens sur le sujet. Quand la France engage ses soldats au Mali ou en Centrafrique, elle assure aussi la sécurité de ses partenaires. Le président du Conseil européen a lui-même reconnu que l'opération française à Bangui avait permis d'éviter une guerre civile, voire un "génocide". Mais la France n'a pas vocation à jouer les mercenaires de l'Afrique, à assumer seule le fardeau de l'intervention. S'ils veulent assurer la défense et la sécurité de leur continent, répondre à la menace terroriste, aux attaques chimiques, à la prolifération et autres périls environnants, ils doivent d'abord savoir ce qu'ils veulent. Se poser la question : Où commence la sécurité de l'Europe : à Marseille ou à Bangui ? Avoir une vision stratégique claire. Être convaincus qu'ils peuvent se défendre eux-mêmes, en lieu et place ou en complément de l'OTAN. Ils pourront ensuite se demander comment mutualiser leurs moyens militaires, développer des programmes d'avenir, conduire des opérations sous bannière européenne, mettre de l'argent, des moyens et des hommes sur le terrain.

Les belles paroles, prononcées au Conseil européen, les intentions politiques, ne marchent plus. L'Europe est rappelée à la réalité. Elle doit maintenant définir une vraie politique étrangère et de sécurité commune, pour espérer, un jour, avant qu'il ne soit trop tard, faire entendre sa voix dans le monde.