twitter facebook chevron-right

Elections européennes : la singularité française

Paris- Bruxelles, le blog de Kathia Gilder
3 min

Le 25 mai 2014, la France est devenue l'homme malade de l'Europe. François Hollande, le président d'un pays qui a donné la première place à un parti d'extrême-droite. Le résultat des élections européennes est un choc. Ce soir-là, les mots "FN", "Marine Le Pen", "France", ont été les plus cités sur internet. Le quotidien madrilène El Pais, dans son édition du 26 mai, s'étonne au passage que le Font national ait été, pendant la campagne française, le seul parti à avoir proposé un débat d'idées sur l'avenir de l'Union européenne et celui de l'euro. Ni la gauche au pouvoir ni la droite n'ont réussi à expliquer l'utilité de ces élections européennes, estime le journal. Peu de monde s'est déplacé pour voter, et une partie de ceux qui l'ont fait ont sanctionné la politique du gouvernement plutôt que choisi leurs représentants français au Parlement européen.

L'Europe, responsable de la situation française ?

Singularité française ? Paris est désormais représenté à Strasbourg par des députés, dont un tiers veut la mort de l'Union européenne. Nos voisins tentent de comprendre ce qui se passe chez nous. Pour certains, le score de Marine Le Pen est la conséquence directe de la stratégie d'austérité en vigueur sur le continent, le signe qu'il est temps de changer le cap d'un continent qui menace de virer à l'extrême. Pas si vite. En France, l'Europe est un bouc émissaire facile. Les choses vont mal ? Trop de chômage, pas assez d'emplois ? C'est la faute de Bruxelles. Trop d'immigration, pas assez de sécurité ? C'est à cause de l'Europe. Trop de mondialisation, de produits chinois ? C'est encore l'Europe, ouverte à tous les vents. Et quand, par bonheur, cette même Europe réussit à faire de bonnes choses, un pont construit, une forêt protégée, une pièce de théâtre montée, rares sont ceux qui lui rendent grâce.

L'Europe n'est pas responsable de tous les fléaux naturels et surnaturels qui frappent l'hexagone. Elle peut, au contraire, permettre de s'en protéger; Sortir de l'euro, comme le propose le Front national coûterait cher : une dévaluation immédiate, suivie d'une catastrophe économique. Et qui payera les agriculteurs quand la politique agricole commune ne sera plus là pour dispenser ses généreuses subventions ? Les partis et partisans de l'Europe ont pris peu de temps pour poser ces questions. Faute d'explication, de pédagogie, l'Europe suscite indifférence, peur, rejet. Mal aimée. Trop compliquée, austère, abstraite. Qui comprend ce que veut dire le Two-Pack ? Six-Pack, MES, MESF, TAFTA, TTIP, GMT ?? Un langage siglique au premier abord incompréhensible.

Vague anti-européenne

La France n'est pas le seul pays touché par la montée des extrêmes. Au Royaume-Uni, le UKIP (United Kingdom Independance Party), qui veut sortir Londres de l'Europe, a devancé les conservateurs de David Cameron, ce qui n'était pas arrivé depuis cent ans. Au Danemark, le Dansk Folkeparti, formation d'extrême-droite anti-immigrés et eurosceptique, a lui aussi infligé un vote sanction aux Libéraux en place, doublant son score de 2009. En Autriche, le FPO fondé par Jorg Haider est arrivé troisième des élections. La Grèce encore, où le populiste d'extrême-gauche Alexis Tsipras, pourfendeur du programme d'austérité qui étrangle son pays, l'a emporté haut la main. Même Berlin est concerné par la poussée eurosceptique. Les conservateurs, qui dirigent l'Allemagne en coalition avec les sociaux démocrates, sont arrivés en tête des élections mais Angela Merkel s'inquiète de la montée d'un petit parti qui fait son chemin dans le pays, l'AfD - (Alternative pour l’Allemagne), 7 pour cent de voix enregistrées pour ce scrutin. Créé il y a un an à peine par un professeur d'économie, Bernd Lucke, il prône la fin de l'euro et le retour au Deutsche Mark. L'Italie fait exception. A Rome, le premier ministre Matteo Renzi a tenu bon. Le Parti démocrate qu'il dirige d'une main de fer, a maté les eurosceptiques du M5S (Mouvement Cinq Etoiles) de Beppe Grillo.

Les enquêtes réalisées par l'Eurobaromètre, qui prends le pouls de l'opinion à l'échelle de l'Union, témoignent de cette tendance anti-européenne. Au total les forces populistes et extrémistes ont gagné plus d'une centaine de sièges au Parlement européen. Pas assez peut-être pour former un groupe politique. Mais suffisamment pour défendre leur voix et leur cause anti-européenne, abandon de l'euro, retour des frontières etc. Il est temps que les dirigeants de l'Union écoutent la colère des peuples européens, en leur donnant des raisons d'espérer, un autre agenda, du changement. Sinon, les partis extrêmes s'en empareront pour de bon, pour la détourner à leur profit.