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Des sous neufs

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Une fois n'est pas coutume, les dirigeants européens terminent l'année avec quelques bons points. Ils ont donné leur feu vert à l'union bancaire. L'accord a été conclu après quinze heures de négociations ininterrompues et une nuit blanche. Mais désormais, une autorité fédérale, la Banque centrale européenne surveillera les grandes banques européennes. Elle fera le tri entre les bonnes et les mauvaises banques, repèrera celles qui dissimulent des bombes cachées dans leur bilan, pour éliminer les risques de contagion des crises, d'une banque à l'autre, et des banques aux États, comme cela s'est produit en 2008. "Aucun produit ni acteur financier n'échapperont à cette régulation!", promet le commissaire européen Michel Barnier. La tour de contrôle de Francfort (siège de la BCE) veillera. En scellant l'union de leurs banques, les dirigeants européens ont donc fait un pas vers le fédéralisme. Un tel accord était inespéré il y a encore deux mois. Satisfaction générale parmi les chefs d'État et de gouvernement. This is a great day for Europe ! C'est un grand jour pour l'Europe ! Das ist ein grosse Tag für Europa ! Dzisiaj jest wielki dzień dla Europy ! Voilà pour le premier bon point.

Deuxième décision majeure : la zone euro continuera de soutenir la Grèce. Après des mois d'hésitations et de divisions, les responsables de la zone euro ont accepté de débloquer une nouvelle tranche d'aide à la Grèce. L'argent était gelé depuis des mois. Sans lui, les Athéniens auraient connu la faillite, l'État cessant de payer ses fonctionnaires et ses retraités et de faire tourner l'économie.

Mais l'Allemagne a finalement consenti à sauver son partenaire malade. Au moins jusqu'à nouvel ordre.

Et puis il y a les bons chiffres du commerce extérieur de la zone euro. Au mois d'octobre, à en croire les chiffres publiés lundi 17 décembre par l'agence Eurostat, la zone euro a présenté un excédent commercial de 10,2 milliards d'euros. Sans oublier le prix Nobel de la Paix, décerné à l'Union Européenne pour son rôle dans la transformation "d'un continent de guerre en continent de paix".

Autant de bonnes nouvelles en si peu de temps, ce n'est pas rien. Mais passé la trêve de Noël, les Européens reprendront leurs affaires là où ils les ont laissées. Le calme qui règne sur les marchés est trompeur. Ces derniers attendent sans la première occasion pour rappeler à la zone euro qu'elle n'a pas réglé sa crise.

Le problème grec est toujours là. Loin d'être tirée d'affaires, avec une dette qui reste astronomique (représentant plus de 124 pour cent de la richesse du pays) Athènes est toujours menacée par le défaut de paiement. Au fond, tout le monde sait très bien que la Grèce ne remboursera pas un seul euro de tout l'argent qui lui a été prêté, si ce n'est à la saint glin-glin, mais cela, personne n'ose le dire. Et comme l'union monétaire fonctionne sans union économique, c'est-à-dire qu'il y a en Europe une seule monnaie mais dix-sept politiques économiques différentes, l'écart entre le plus riche et le plus pauvre de la zone n'est pas corrigé. C'est l'erreur majeure. Les marchés l'ont bien compris. Si cette anomalie de départ n'est pas corrigée, les attaques contre l'euro reprendront, jusqu'à couper l'Europe en deux avec au nord, les excédents et la prospérité et au sud, les dettes et la misère.

Les Cassandre prédisaient ce scénario il y a déjà un an. Mais le temps est passé et l'euro est toujours là. Il a survécu à la fin du monde prédite pour le vendredi 21 décembre et s'est même refait une petite santé puisque le 10 janvier de nouveaux billets de cinq euros seront mis en circulation. Ils seront frappés à l'effigie de la déesse Europe, fille d'Agénor et de Téléphassa, qui a donné son nom à notre vaste continent. L'an 2013 apportera au moins des sous neufs aux citoyens. Espérons que le reste suive …

D'ici là, bonnes fêtes de fin d'année à toutes et à tous!