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Hommage à Simone Veil

Simone Veil, une femme grande

Grande. Le mot s’impose inévitablement quand il s’agit d’évoquer Simone Veil. Cette femme fut grande. Sa vie fut grande. L’on a envie d’ajouter Dame. Une grande dame, Simone Veil. Si courageuse, si forte, si intelligente et si digne, face à des hommes qui ne le furent pas toujours. Elle fut tout cela sans jamais se départir d’une féminité élégante incarnée par le tailleur Chanel qui immortalise son combat pour l’IVG. Le terme de grande dame lui convient parfaitement.
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photo AFPphoto AFP

Une grande dame et une femme grande. L'expression convient peut-être mieux, car elle traduit la proximité que l’on pouvait ressentir à côté de Madame Simone Veil. Bien sûr, au premier abord, elle était impressionnante. Mais elle était aussi cette femme qui expliquait son retard par la rencontre avec un homme qui, dans la rue, avait reconnu l’ancienne ministre de la Santé et lui avait demandé conseil sur sa situation personnelle. Je l’ai vue rester encore plus longtemps bloquée à un carrefour et répondre à tous les passants qui la reconnaissaient et venaient la saluer pour lui témoigner leur sympathie. Si nombreux qu’ils l’empêchaient de traverser. Elle répondait gentiment, avec une attention presque maternelle. Avec une certaine douceur qui rappelait la façon dont elle-même prononçait ce mot de “Maman” pour parler de la sienne qu’elle ne put sauver du typhus dans le camp de Bergen-Belsen. Quand elle disait “Maman” Simone Veil avait dans la voix l’imperceptible accent d’une enfant dont le respect et l’amour pour sa mère ont été déchirés dans les camps nazis.

Elle fut cette femme qui après cette souffrance indicible choisit d’aller vivre en Allemagne. Avec Jean Monnet et Robert Schumann, elle fait partie de ces intelligences qui comprirent que pour écarter le retour de telles horreurs, il fallait construire une entente et une amitié avec l’Allemagne. Imagine-t-on la force d’âme qu’il lui fallut pour vivre à Stuttgart, elle qui avait perdu sa mère, son père et ses frères dans les camps? Après la guerre, Simone Veil aurait voulu témoigner, mais les esprits n’étaient pas prêts. Elle ne céda pourtant ni au sentiment de vengeance, ni à celui de l’amertume. Elle garda en elle la mémoire de la Shoah et agit avec la conscience de ce que l’homme peut faire en certaines circonstances.

Devenue magistrate au sein de l’administration pénitencière, elle fit prendre conscience des conditions d’enfermement des prisonnières algérienne et les fit transférer en France où elle s’efforça d’améliorer les conditions de détention des femmes.

Bien avant la loi sur l’IVG, la vie de Simone Veil était déjà exemplaire. Mais ce combat à l’Assemblée nationale est resté dans nos mémoires car Simone Veil y incarna la justesse et la dignité face à la vulgarité de ceux qui choisirent de contester son combat en invoquant sa féminité ou sa condition de juive déportée par les nazis. Elle ne cilla pas, et défendit la loi avec force et ténacité. Elle poursuivit son engagement européen, et ne cessa de défendre le travail de mémoire sur la Shoah.

Simone Veil était une grande dame, une grande dame dont chacun et chacune se sent proche parce que son action politique est indissociable de sa personne humaine. De l’administration pénitencière au ministère de la Santé, puis au Parlement européen dont elle fut présidente, Conseil Constitutionnel ou à la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Simone Veil n’a pas construit une carrière politique, elle a suivi la logique de son engagement profondément lié à son parcours de vie.

Elle est une femme grande parce que sa vie et sa force demeurent en nous comme un parcours exemplaire, celui d’une femme qui a surmonté la souffrance, celui d’une femme qui a répondu à la barbarie avec calme et intelligence.