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Harcèlement, sexisme, parler tout de suite

L’affaire H. Weinstein déclenche en France un mouvement de dénonciation des actes de harcèlement passés sous silence au moment où ils ont été commis. Le mouvement #balancetonporc révèle la faille qui profite aux harceleurs : l'indifférence.
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photo AFPphoto AFP

Si toutes les victimes du producteur américain avait su de façon sûre et certaine qu’elles étaient aussi nombreuses, elles auraient pu conduire une action d’envergure. Passée sous silence, leur agression a été ravalée au rang des rumeurs. Tout comme celles qui rapportent aujourd’hui le harcèlement qu’elles ont subi dans le passé, elles étaient jeunes. Car le harceleur s’en prend aux faibles, débutantes, précaires, inexpérimentées, pas encore installées dans l’entreprise… Une phrase de H. Weinstein, rapportée par l’une de ses victimes, m’a marquée. “Je fais cela avec beaucoup de femmes” assène-t-il, certain de sa puissance, comme si son agression relevait de la normalité et était admise. Il insinue le poison du silence. Parler serait voué à l’échec.

Sortons de ce piège du silence. Il faut parler tout de suite pour que l’agresseur devienne l’accusé et ne soit pas conforté par son impunité. Mais pour que les victimes parlent, elles doivent être certaines d’être entendues. Le harcèlement concerne trois parties, le harceleur, la victime, et les autres qui ne doivent pas se voiler la face. La force du harceleur réside dans cette indifférence polie, gênée voire rigolarde des autres. Nous sommes tous les autres de quelqu’un. De la stagiaire qui demande si c’est normal qu’un chef l’invite à dîner. Du débutant qui voient ses collègues unanimement s’esclaffer aux blagues homophobes ou sexistes d’un autre. Le sexisme et le harcèlement réunissent un agresseur et une victime, mais ils sont l’affaire de tous. De nous autres.