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Présidentielle 2017

Clivages

Il y a ceux qui croient à la survivance du clivage droite-gauche, et il y a ceux qui n'y croient plus. Les uns ont organisé une primaire, les autres sont partis tout seuls au combat. Ils se compteront à la présidentielle. Le résultat de cette élection ne sera pas définitif pour autant. La mise en cause de ce clivage vient de loin, et ne se conclura sans doute que lors des élections législatives.
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"Au premier tour, on rassemble son camp, au second, on l’élargit." La formule est prêtée à François Mitterrand, dont l’intelligence politique ne fait aucun doute. Elle prévalait à l’époque où les partis de gouvernement prenaient aisément le dessus sur les partis protestataires. Quitte à les étouffer du "baiser qui tue", comme François Mitterrand le fit avec les communistes.

À droite, tant que l’influence des partis protestataires demeurait faible, seule la rivalité entre partis de gouvernement pouvait engendrer l’échec. Comme en 1981, du fait des dissensions entre chiraquiens et giscardiens, comme en 1997 avec la guerre entre chiraquiens et balladuriens, comme en 2012, avec le rejet de Nicolas Sarkozy par une partie de son électorat.

Ce principe de rassemblement puis élargissement se nourrissait du clivage droite-gauche. Mais cette forme de stratégie politique appartient au passé. Le clivage droite-gauche apparaît de plus en plus fragile.

Fractures internes

Il s’est d’abord fissuré quand la vie politique française s’est concentrée sur la ratification d’un traité européen par un référendum en 1992. Les pro Maastricht ont partagé la tribune pour mener campagne contre les tenants du non. La droite comme la gauche ont été divisées par ce clivage entre les européens et les souverainistes. Les partis protestataires y ont puisé une nouvelle audience électorale, d'autant plus forte que le vote des électeurs en 2005 a été contourné par une réécriture de la Constitution qu'ils avaient refusé dans un nouveau Traité ratifié par le Congrès. Les partis de gouvernement ont vu leur prééminence contestée.

Ces fissures ont été colmatées et les principaux partis repeints aux couleurs du grand rassemblement. Il présente le mérite de diluer les divergences. Pour ne pas demeurer en tête à tête avec les communistes, le PS a inventé la gauche plurielle, et accueilli les radicaux, les écologistes et les souverainistes de Jean-Pierre Chevènement. Pour contenir les centristes europhiles, le RPR a inventé l'UMP, une grande maison commune. La démarche fut contestée par François Bayrou.

La ligne de partage entre la droite et la gauche se complique de ces nouveaux clivages internes : l’enjeu européen, la sécurité, l’écologie, la diversité. Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, la mondialisation bouscule davantage les piliers idéologiques qu'il faudrait réactualiser. Face à des enjeux économiques et financiers planétaires, la construction d’un corpus idéologique ne va pas de soi. mais le temps presse. Tout les cinq ans désormais, l’échéance présidentielle promet de redistribuer les cartes.

Comment découvrir un nouveau leader et reconstruire son projet quand le tempo politique réclame de repartir en campagne aussitôt ? Le calendrier encourage la revanche. Il est plus facile de contester le pouvoir que d'en inventer un autre. Au bout de cinq ans, le président sortant est battu, ou dans l'incapacité de se représenter.

Nouvelles frontières ?

Les électeurs observent cette décomposition avec lucidité. Ils comprennent les limites du vote de refus. Ils ont bien intégré l’idée qu’après le premier tour de l'élection présidentielle, il y a le second. Ils s'y projettent si bien qu'ils prennent part aux qualifications. L’organisation de primaires, à droite et à gauche, leur offre la possibilité de choisir eux-mêmes le casting de la présidentielle. ils transforment l'adage. Aux primaires, ils éliminent. Ils explosent le clivage droite-gauche. Les électeurs de gauche votent à la primaire de la droite. Des électeurs de la gauche du PS votent à la primaire organisée par la rue de Solférino. Les tabous explosent en même temps que le clivage traditionnel.

Le clivage droite-gauche a vécu. À moins de trois semaines du premier tour, les deux candidats en tête sont ceux qui contestent ce clivage. L'une en rejetant ce clivage, l'autre en le dépassant. Les électeurs valideront-ils l'une de ces démarches? L'élection présidentielle ne répondra qu'en partie à cette question. En partie seulement, car un président de la République doit disposer d'une majorité parlementaire pour agir. Seules les élections législatives répondront clairement à la question de savoir si le clivage droite gauche a vécu. Elles se dérouleront cinq semaines après le second tour de la présidentielle. Cinq petites semaines pour dessiner la nouvelle géographie de la politique française.