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Michu et Lenvie, dames de droite sur Twitter

4 min

Leur histoire a commencé... sur Twitter, en pleine campagne présidentielle de 2012. Depuis, Michu et Lenvie se parlent une fois par jour par téléphone, mais elles ne se sont jamais rencontrées. On dit "elles", mais en réalité c’est "ils". Qui se cache derrière ces comptes à succès, souvent cités dans les revues de tweets de plus en plus fréquentes sur les ondes ou à la télévision ? "On préfère rester discrètes", répond Michu qui parle d’elle au féminin. Les deux hommes sont engagés en politique et travaillent dans des collectivités territoriales gérées par la droite.

"Michu ? Une plume de génie !"

Pendant la campagne présidentielle de 2012, "Michu", qui travaille alors pour un élu UMP, est tenu à une certaine réserve. Pour "se lâcher un peu" il décide, avec ses collègues et amis du cabinet, de créer un compte commun sur Twitter. Madame Michu est née. Finalement, il sera le seul à alimenter le compte. Lors de son premier live-tweet d'une intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, il est immédiatement repéré par celui qui deviendra... Madame Lenvie. "Je suis fan de sa façon d'écrire, c'est une plume de génie", confie Lenvie, admirative. Lenvie lui, est le développeur de la bande. Codes, algorithmes, logiciels, il maîtrise le web sur le bout des doigts et a incité son ami à créer son propre site internet "madamemichu.com". A deux, ils ont surtout monté le "le Michu Lab".

"Perles du Bac", "Brèves de Bistrot" : attirer pour convertir

Véritable laboratoire de la guerre en ligne, le Michu Lab est animé par vingt-cinq cybermilitants dûment sélectionnés à l'entrée et "représentatifs de la droite dans sa diversité", assure Lenvie. Via cette plateforme, ils alimentent et relaient les différents comptes Twitter du réseau Michu. "On peut tenir 150 jours !" se gargarise le développeur du concept. Parmi les comptes du réseau, certains comme "Perles du Bac", "Brèves de Bistrot" ou encore "Phrases politiques" sont présentés comme apolitiques. "On est même suivi par Valérie Trierweiler !" se félicitent les deux dames.

Voir la démonstration en vidéo :

A terme, Michu et Lenvie comptent sur ces comptes pour faire la campagne en ligne du candidat de la droite en 2017. "Par exemple on fera relayer au compte "Perles du Bac" notre programme sur l'éducation". Pas sûr que cela fonctionne. Pour un spécialiste des campagnes numériques engagé à gauche : "C'est peut-être beaucoup d'énergie dépensée pour un faible résultat". En revanche, "ils ont réussi à créer un personnage de droite identifié, amusant, sur le même modèle que "Humour de droite" à gauche. Cela fonctionne bien, il y a une habitude, une affection qui se crée".

"Ce ne sont pas des mauvais bougres"

La clé de leur succès ? "On est jamais agressifs, souvent un peu méchants, mais jamais rien sur la vie privée, ni à l'encontre de la loi", résume Michu. En effet, ils respectent à la lettre les "CGU", conditions générales d’utilisation du réseau social. "Tout le monde pense qu’on est des monstres, mais ce n’est pas vrai du tout !" assure Madame Lenvie, qui cite plusieurs exemples de leur "bonté" en ligne : ils ont rendu au Conseil d’État un nom d’utilisateur qu’ils avaient créé pour faire des parodies au moment de l’affaire Dieudonné ou ont accepté de ne pas republier un tweet regretté par un député socialiste qui les avait contactés. "Ce ne sont pas des mauvais bougres" reconnaît un membre actif de la gauchosphère. Les trois années de Madame Michu au secrétariat particulier d’un évêque y sont peut-être pour quelque chose. "C’est une question d’image et de stratégie", répond celui qui, à trente ans, est le père de quatre enfants.

Fillonistes assumés

Approchées par l’UMP après la défaite de 2012, l’ambiance n’est plus au beau fixe avec les instances du parti depuis que les deux dames ont pris position pour François Fillon. A l’avenir, elles veulent être en première ligne pour animer la campagne numérique du candidat de la droite en 2017. "Si Michu tient à rejoindre Fillon, cela ne sera pas possible. Mais s'ils rejoignent Copé, tant mieux !" confie le copéiste David-Xavier Weiss, secrétaire national de l’UMP en charge des médias. "Nous, on veut juste organiser une action militante et la leur donner", assure Michu, dans un esprit qui semble encore une fois chrétien.

Pendant les municipales, ils vont tester ce laboratoire en "grandeur nature" avec la ville d'Asnières. Essayer de transformer le militantisme virtuel à un militantisme de terrain, c'est ce qu'avait réussi à faire la gauche en 2012, c'est le pari de Michu et Lenvie pour 2017, si la droite arrive à se réunifier d'ici là.

***Bonus***

Écouter la voix de Madame Michu, attention, elle est un peu plus grave qu'elle en a l'air...