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[Coulisses] La vidéo "augmentée" du discours de politique générale de Manuel Valls

4 min

Pas d'annonce, pas de tweet d’alerte ni même d’"infographie événement". C’est en catimini que les équipes web et audiovisuelle de Matignon ont préparé ce qui constitue une première en France pour un discours politique : une vidéo "enrichie". C’est-à-dire "habillée" ou "augmentée" avec des infographies, des chiffres ou des mots clés qui illustrent en direct le propos du Premier ministre :

Discours de politique générale (version... par Matignon

L’innovation mise en place sur le compte Dailymotion de Matignon a été unanimement saluée sur Twitter, à commencer par la secrétaire d’État en charge du numérique, Axelle Lemaire qui y voit la patte du SIG, le service d’information du gouvernement, au service du Premier ministre.

L’idée d’enrichir des discours vidéo circulait depuis longtemps dans les couloirs de Matignon et du SIG, mais les équipes de Manuel Valls attendaient "un gros discours" pour la mettre en place. Jusqu’au dernier moment mardi, les graphistes, spécialistes de l'audiovisuel, du web et responsables de la communication ont préparé le dispositif. "Le discours change jusqu'à la dernière seconde. En 24 heures, le Premier ministre repassait, rajoutait des choses" raconte un membre de l'équipe qui n’a pas dormi de la nuit, comme beaucoup à Matignon ce soir-là.

Inspiré de Barack Obama et Matteo Renzi

Barack Obama utilise déjà cette technique dans ses discours, notamment pour celui sur l’état de l’Union en 2014. Une inspiration totalement assumée pas les équipes Valls.

"Cela permet de faire ressortir les idées fortes tout en respectant les codes du web" explique un pilier du dispositif. "Une infographie, ça se partage, ça se vérifie ensuite", poursuit-il, avec le souci apparent de coller aux "factcheckings" de plus en plus courants dans les rédactions web. Autre objectif : toucher un public nouveau, en live-tweetant des visuels pour atteindre ceux qui ne sont pas devant leur télévision : "C’est très utile pour les gens qui veulent suivre le discours tout en étant un peu distrait".

Bientôt pour l’Assemblée ou les mairies ?

Chez les observateurs attentifs des outils de communication politique en ligne, le concept plaît et sera vraisemblablement réutilisé. Un ancien conseiller numérique du gouvernement Ayrault le dit tout net : "Tous les politiques vont vouloir s'y mettre !" avant d'envisager aisément une généralisation de cette pratique : "On peut très bien imaginer le même concept pour un maire qui se présente aux municipales ou un député qui présente une proposition de loi".
Même avis pour ce spécialiste des campagnes en ligne, très consulté à l'UMP : "Manuel Valls est entouré de bons" reconnaît-il tout en regrettant que cela ne soit "pas vraiment du contenu enrichi, c'est à dire différent". "C'est très joli, mais c'est du sous-titre de luxe" lance ce responsable digital. Autre critique de la part de celui qui imagine aisément reprendre le concept pour un candidat UMP : "Cela oblige le politique à ne pas sortir de son texte et donc empêche un quart d'heure d'improvisation par exemple". "Avec Sarko, ce serait inenvisageable", plaisante le militant en référence à la récente déclaration de candidature de l'ex-président de la République pour la présidence de l'UMP.

Pas de com' sur la com'

Et pourtant la vidéo Dailymotion ne recueille que 3000 vues, soit très peu pour la force de frappe du Premier ministre. "C'était une première, on ne l'a pas mis en une du site, c'était un test", expliquent les responsables qui pourraient bien reconduire l'idée. Pourquoi ne pas avoir fait plus de communication sur ce nouvel outil ? "On ne fait pas de la com' sur la com'. C'est un outil. On ne fait pas du gadget, tout simplement parce qu'on a pas le temps" répond Matignon. "Ce qui compte c'est que le discours de politique générale se soit bien passé. Après, si on peut l'accompagner, c'est encore mieux".

En parallèle, l’équipe web du Premier ministre a tweeté les visuels pour générer de l’audience via les réseaux sociaux.

Une "bonne pratique" reconnue par la plupart des experts interrogés. Certains allant jusqu’à regretter que Manuel Valls n’ait pas prononcé clairement le mot "hashtag" à la fin de son intervention pour "inciter à porter le discours sur le net", comme l'a fait Ed Miliband devant la chambre des Communes au Royaume Uni le 20 mars 2013 sur le budget.

Un discours bien connu des communicants politiques mais inenvisageable en France... du moins pour le moment !