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Nucléaire: le compte à rebours a commencé pour le gouvernement

Le gouvernement a entamé l'élaboration de la future feuille de route de la transition énergétique, des travaux qui s'annoncent mouvementés avec la contrainte de concrétiser sa promesse d'une trajectoire claire sur le nucléaire. 

Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot à l'Élysée, le 2 novembre 2017Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot à l'Élysée, le 2 novembre 2017

Le gouvernement a entamé l'élaboration de la future feuille de route de la transition énergétique, des travaux qui s'annoncent mouvementés avec la contrainte de concrétiser sa promesse d'une trajectoire claire sur le nucléaire. 

En annonçant la semaine dernière le report, après 2025, de la réduction de la part du nucléaire à 50% de la production électrique, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, l'a assuré: "dans un an, nous aurons un scénario totalement planifié. Nous serons capables de savoir combien de réacteurs, à quelle échéance et sur quel critère nous allons parvenir à cet objectif".

Ce délai d'un an correspond au moment où le gouvernement doit rédiger la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), une feuille de route de la transition énergétique pour la période 2019-2023.

Un calendrier confirmé par le Premier ministre Edouard Philippe devant les députés cette semaine. Il a aussi promis "une trajectoire crédible" pour réduire la part du nucléaire.

Tout en critiquant le recul sur le calendrier initial, les associations environnementales prennent maintenant le gouvernement au mot. "On entend ça comme un engagement d'avoir (dans la PPE) soit une réduction de la puissance (nucléaire) installée, soit un nombre de réacteurs" à fermer sur les 58 en service en France, juge Anne Bringault, du Cler-Réseau pour la transition énergétique.

- Scénarios -

Un des scénarios élaborés par le gestionnaire du réseau de transport d'électricité RTE planifie la fermeture de l'équivalent de 16 réacteurs d'ici à 2035 pour atteindre 50% de nucléaire dès 2030, contre 75% aujourd'hui.

Début 2017, l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) avait évalué que pour atteindre cet objectif, le parc devrait passer de 63,2 gigawatts (GW) actuellement à 38 GW, soit la fermeture d'une vingtaine de réacteurs.

Mais les discussions, qui ont commencé ces dernières semaines avec des ateliers thématiques (solaire, éolien, autoconsommation), n'ont pas encore abordé formellement le sujet nucléaire, note Anne Bringault, signe pour elle "qu'il y a bien toujours une difficulté à ce niveau-là".

Le souvenir du feuilleton de l'élaboration de la précédente PPE est dans toutes les têtes.

D'abord envisagée pour la fin 2015, puis annoncée pour début mars 2016, sa présentation avait été reculée de plusieurs mois après la révélation d'une version provisoire jugée insuffisante sur le volet nucléaire par de nombreux acteurs. Encore retravaillé, le texte, définitivement adopté en octobre 2016, restait très attentiste.

Hormis la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, il renvoyait à plus tard d'éventuelles "décisions de fermeture et de prolongation de réacteurs".

Une imprécision qui a permis à EDF, dont l'Etat est actionnaire à plus de 80%, de renvoyer à plus tard, dans le plan stratégique qu'il a dû élaborer dans la foulée de la PPE, d'éventuelles décisions plus radicales sur son parc nucléaire.

- "leviers" -

"La première (PPE) a éludé la question du nucléaire. Il faudra clarifier dans la prochaine", insiste Bruno Lechevin, président de l'Ademe, pour qui l'annonce du gouvernement n'est toutefois "pas une reculade" de Nicolas Hulot.

Le ministre a d'ailleurs mis la pression sur EDF cette semaine, lui demandant un "plan précis", pour adapter son modèle, ajoutant que l'intérêt du groupe "n'est pas de se cacher la tête dans le sable comme une autruche".

"On a pas mal de leviers sur lesquels on peut jouer pour atteindre les objectifs de la loi de transition énergétique", même avec un calendrier décalé sur le nucléaire, explique Nicolas Berghmans, expert de l'Iddri, un des nombreux organes (ONG, chercheurs, entreprises, etc.) consultés pour l'élaboration de la PPE.

Parmi ces leviers figurent la cadence de développement des énergies renouvelables, les exportations prévues d'électricité à l'avenir, ou encore les efforts consentis pour réduire la consommation d'énergie dans le bâtiment et les transports.

Sur ces volets, la précédente PPE était très volontariste et détaillée sur les énergies renouvelables mais sur le reste c'était "un catalogue de mesures ou d'intentions pas vraiment hiérarchisées", pointe Anne Bringault, et surtout "sans processus d'évaluation régulier".

Le calendrier, tendu du fait des nombreuses consultations prévues, prévoit une première réunion d'étape mi-janvier, avant un débat public au premier trimestre, puis une première version du texte présentée avant l'été pour une adoption d'ici à la fin de l'année.