twitter facebook chevron-right

Fonctionnaires: la suppression du ministère suscite la critique des syndicats

La suppression d'un ministère de la fonction publique à part entière au sein du nouveau gouvernement a suscité la critique unanime de ses syndicats craignant qu'elle ne soit réduite à une simple "variable budgétaire", relayée par leur ancienne ministre socialiste Marylise Lebranchu.

Marylise Lebranchu, le 3 février 2016 à l'Assemblée nationale à ParisMarylise Lebranchu, le 3 février 2016 à l'Assemblée nationale à Paris

La suppression d'un ministère de la fonction publique à part entière au sein du nouveau gouvernement a suscité la critique unanime de ses syndicats craignant qu'elle ne soit réduite à une simple "variable budgétaire", relayée par leur ancienne ministre socialiste Marylise Lebranchu.

Les 5,4 millions d'agents publics, qui représentent un emploi sur cinq, seront désormais rattachés au ministère de l'Action et des comptes publics, sous la houlette de Gérald Darmanin, 34 ans, maire de Tourcoing.

Un ministre "issu d'une droite dite dure, qui voulait supprimer plusieurs centaines de milliers de postes d'agents publics", rappelle Marylise Lebranchu.

Pour l'ancienne ministre PS de la fonction publique, de la décentralisation et de la réforme de l'Etat, le rattachement de la fonction publique aux comptes publics donne "l'impression que la fonction publique devient une variable d'ajustement budgétaire".

"Les fonctionnaires sont, quels que soient leur statut et leur entrée dans la fonction publique, l'ossature de la République", a pourtant assuré le nouveau ministre. Il pilotera les comptes publics (budget) et sociaux (comptes de la Sécu) ainsi que la Fonction publique et la Réforme de l'État, selon son entourage.

"Même Nicolas Sarkozy n'avait pas franchi un tel cap !", s'est insurgée la CGT (1er syndicat chez les fonctionnaires). "En effaçant ainsi la fonction publique, en la rattachant à un département ministériel qui en fera avant tout une variable budgétaire et en y nommant une personnalité fortement ancrée à droite", Emmanuel Macron et Edouard Philippe "indiquent clairement leur volonté de poursuivre et d'amplifier les nocives politiques d'austérité", estime le syndicat. 

Même son de cloche pour FO (3e) dont l'Union interfédérale des agents de la fonction publique (UIAFP-FO) dénonce aussi une "vision purement comptable et budgétaire" qui "augure mal de la politique qui sera mise en oeuvre demain".

- Suppression de 120.000 postes -

L'UIAFP-FO demande "un ministère à part entière" et rappelle quelques-unes des "intentions" du président de la République lorsqu'il était en campagne: suppression de 120.000 postes de fonctionnaires, fin de l'évolution uniforme des rémunérations de toutes les fonctions publiques "dans une logique d'individualisation des rémunérations basée sur le mérite", "remise en cause du code des pensions civiles et militaires en introduisant un régime unique de retraite en points", "contrats pour remplacer le système des corps de fonctionnaires jugé trop rigide".

Pour Solidaires (6e) aussi, ce "rapprochement" entre action et comptes publics fait craindre que la fonction publique et ses agents servent de "variable d'ajustement pour l'équilibre des comptes de la nation". 

"Mais où est passée la fonction publique ?", s'interroge la CFDT (2e), qui dit attendre "une réponse rapide à ses interrogations qui concernent plus de 5 millions de fonctionnaires et agents publics".

L'Unsa (4ème) évoque "un mauvais signal donné aux agents" qui "renvoie à un passé" où la révision générale des politiques publiques (RGPP), dont la mesure phare était le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux dans la Fonction publique d'Etat, "avait réduit la politique fonction publique à une gestion mécanique par les seuls coûts". 

Cinquième syndicat de fonctionnaires, mais première chez les enseignants, la FSU juge inacceptable "de traiter des missions de services publics par le seul prisme budgétaire", tandis que CFTC et CFE-CGC dénoncent également en choeur un "choix comptable" et une "logique comptable".

De son côté, Mme Lebranchu, invitant Emmanuel Macron à dire "où et quand" il supprimera 120.000 postes de fonctionnaires, dit néanmoins "attendre de voir comment les nouveaux équilibres ministériels vont concrètement se mettre en place".

Pour elle, une seule question vaut: "quels services publics voulons-nous ?".