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Au procès Cahuzac, l'instant où "tout vole en éclats"

A son procès en appel, l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac est revenu mercredi sur ces "45 secondes à l'Assemblée nationale" où "tout vole en éclats": ce moment où il nie avoir un compte caché à l'étranger, le mensonge de trop devant la nation.

L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac centre) arrive au tribunal correctionnel de Paris, où il est jugé en appel, le 12 février 2018L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac centre) arrive au tribunal correctionnel de Paris, où il est jugé en appel, le 12 février 2018

A son procès en appel, l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac est revenu mercredi sur ces "45 secondes à l'Assemblée nationale" où "tout vole en éclats": ce moment où il nie avoir un compte caché à l'étranger, le mensonge de trop devant la nation.

Le 4 décembre 2012, le site d'information Mediapart révèle que le ministre chargé du redressement fiscal de la France a détenu illégalement un compte en Suisse. Le scandale qui débute fera trembler le gouvernement de François Hollande et entraînera la chute d'un homme passé du statut d'étoile montante socialiste à celui de paria de la vie politique.

Le 5 décembre, à l'Assemblée nationale, Jérôme Cahuzac déclare: "Je démens catégoriquement les allégations contenues sur le site Mediapart. Je n'ai pas, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant".

Cinq ans plus tard, après sa condamnation à trois ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment, il ne s'est toujours pas remis de la brutalité du bannissement, sans doute à la mesure de la rigueur morale qu'il était censé incarner. 

"Au Parlement, j'étais respecté. Au bout de 45 secondes, tout vole en éclats, c'est vertigineux", dit l'ancien député à la barre. "Je mesure la déflagration nationale si j'avoue... Je mets toute la force que j'ai à essayer d'éteindre l'incendie, alors que c'est déjà un feu de forêt."

A la cour, il décrit la peur de voir balayé le travail accompli au service de son pays, de lâcher ses amis, et surtout le sentiment qu'il a toujours le soutien de François Hollande.

"Le mercredi matin (5 décembre), j'ai un entretien avec lui (Hollande) et cet entretien je n'en ai jamais parlé. Il ne m'a posé aucune question précise relative à cette affaire. Non seulement il ne me demande pas de quitter l'équipe gouvernementale mais me dit qu'il a besoin de moi", raconte l'ancien ministre, qui au passage rappelle son rôle central dans l'équipe exécutive et la rédaction du programme présidentiel, "avec Emmanuel Macron".

Dans l'après-midi, il va mentir aux députés, puis aux médias, "les yeux dans les yeux". Il s'enferre dans ce mensonge, jusqu'au bord du suicide. 

"Il faut admettre que j'étais dans le déni. J'ai mis longtemps à l'admettre, moi", lâche Jérôme Cahuzac. La suite ne sera pour lui qu'"une succession de désastres".