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Etat d'urgence

Violences sur des policiers : Cazeneuve dénonce ceux qui ont filmé "sans bouger"

Les députés ont adopté jeudi le projet de loi de prorogation de l'état d'urgence. Le ministre de l'Intérieur en a profité pour revenir sur les violences survenues mercredi en marge de manifestations contre la loi Travail.
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Les députés ont adopté jeudi le projet de loi prorogeant pour une durée de deux mois l'état d'urgence. Sur les 68 votants, 46 ont voté pour, 20 ont voté contre et 2 se sont abstenus.

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Cazeneuve : "Il ne nous est pas permis de nous croire à l'abri"

Le ministre de l'intérieur prend la parole : "En raison de la persistance de grave menaces terroristes (...) le gouvernement soumet à votre examen une troisième loi de prorogation de l'état d'urgence pour une durée supplémentaire limitée à deux mois".

Bernard Cazeneuve ajoute qu'"il ne nous est pas permis de nous croire à l'abri".

Depuis 2013, pas moins de 12 attentats ont été déjoués dont 7 depuis janvier 2015.Bernard Cazeneuve

Le ministre affirme que 1157 personnes sont suivies pour "leur implication dans des activités liées au terrorisme djihadiste" : "353 ont déjà été interpellées et 13 font l'objet d'un mandat d'arrêt international." 223 personnes ont été mises en examen, 171 ont été écrouées et 52 font l'objet d'un contrôle judiciaire.

Le gouvernement ne recourra cependant pas aux perquisitions administratives, car elles ne "présentent plus le même intérêt opérationnel".

Le ministre de l'Intérieur évoque également les "casseurs qui se rendent coupables d'agissements intolérables" : depuis deux mois, "plus de 1.400 individus ont été interpellés pour des faits de violence commis lors de manifestations contre le projet de loi Travail". Selon Bernard Cazeneuve, 885 ont été placés en gardes à vue et 61 ont été condamnés par la justice.

2 policiers agressés : "Des actes criminels", assure Cazeneuve

Le ministre de l'Intérieur réagit à l'agression de deux policiers mercredi à Paris, en marge de manifestations contre la loi Travail. Bernard Cazeneuve évoque tout d'abord le chiffre de "six interpellations ayant donné lieu à six gardes à vue".

"Ce qui s'est produit à Paris hier constitue des actes criminels d'une extrême gravité", ajoute le ministre, avant de prôner "la plus grande sévérité". Il s'en prend également aux témoins de la scène :

J'ai trouvé extrêmement choquant de voir des individus autour (du véhicule des policiers) procéder à la récupération des images par des caméras, sans bouger, sans intervenir... Comme si nous étions là dans un ordre normal des choses.Bernard Cazeneuve

"J'aurai énormément de difficultés à considérer qu'il y a derrière ces hordes sauvages quelque chose qui ressemble à de l'humanité ou a fortiori à un début d'idéal", conclut le ministre.

Cazeneuve : "Ne pas puiser son inspiration dans la pensée de Donald Trump"

Le ministre rappelle qu'il a donné mardi et mercredi des "instructions" pour que des "interdictions de paraître dans les manifestations soient notifiées à des individus violents" :

Parmi ceux qui ont été interpellés hier soir, l'un d'entre eux avait fait l'objet d'une décision cassée par le juge, moi je ne commente pas la chose jugée, je la respecte. En disant cela, je ne cherche pas à faire pression sur les juges.Bernard Cazeneuve

Bernard Cazeneuve dénonce la "démagogie" de ceux qui "laissent penser" que "les choses qui doivent être faites ne le sont pas" : "La détermination est totale, la volonté est d'acier et le respect du droit doit être la modalité d'intervention."

Un ministre de l'Intérieur face à un tel niveau de tension ne peut pas puiser son inspiration dans la pensée et les comportements de Donald Trump, même si ce dernier semble inspirer d'autres acteurs dans la classe politique française...Bernard Cazeneuve

Coronado : "L'Etat de droit n'est pas un état de faiblesse"

Les prises de parole se succèdent. Le socialiste Pascal Popelin affirme que "la France demeure l'une des cibles privilégiées de la nébuleuse terroriste". Le président du groupe GDR André Chassaigne s'oppose pour sa part à la prolongation de l'état d'urgence et prône "l'amélioration des dispositifs de renseignement et le renforcement de la coopération avec nos partenaires européens et internationaux".

L'écologiste Sergio Coronado, lui aussi opposé à la prolongation, reproche au gouvernement d'avoir "en quelques mois construit l'une des législations les plus répressives d'Europe sous le coup d'une émotion générale provoquée par les attentats" : "L'Etat de droit n'est pas un état de faiblesse."

Ciotti veut dissoudre les "groupuscules d'extrême gauche"

"Il faut interdire les manifestations ! Oui il faut dissoudre les groupuscules d'extrême gauche ! (...) Pourquoi les 'antifas' ne sont pas encore dissous aujourd'hui ? Il faut dissoudre ces groupes monsieur le ministre !", s'exclame le député Les Républicains des Alpes Maritimes.

Maréchal-Le Pen : "L'état d'urgence est devenu davantage une arme médiatique"

La députée du Vaucluse dénonce des "démonstrations de sauvagerie" et demande la dissolution de plusieurs groupuscules comme "la CNT, les Black Blocks ou autres No Borders". Selon Marion Maréchal-Le Pen la France doit "sortir de Schengen pour restaurer définitivement les contrôles aux frontières nationales".

L'élue estime que l'état d'urgence est "davantage devenu une arme médiatique pour le gouvernement qu'un bouclier protégeant les Français efficacement".

Cazeneuve répond à Maréchal-Le Pen

Le ministre de l'Intérieur hausse le ton. Il met en cause le Front national, qui s'est opposé à la possibilité "de bloquer les sites qui appellent et provoquent au terrorisme". Avant de remettre en cause l'attitude de Marine Le Pen qui, au Parlement européen, s'est opposé au PNR. Le ministre ajoute que Marion-Maréchal Le Pen (FN) et Gilbert Collard (Rassemblement Bleu Marine) se sont opposés à la loi sur le renseignement.

Non seulement je ne démissionnerai pas mais je combattrai ce que vous faites et ce que vous dites parce que ce que vous faites et ce que vous dites repose sur la manipulation, le mensonge, l'extrémisme et le contraire de la République !Bernard Cazeneuve

Echange très tendu entre Collard et Cazeneuve

"Vous n'êtes pas à la hauteur." Gilbert Collard, le député Rassemblement Bleu Marine (RBM) du Gard, s'en prend violemment à Bernard Cazeneuve et à l'utilisation qu'il fait de l'état d'urgence. "A quoi sert-il ?", s'exclame l'élu.

"La CGT qui insulte les forces de police. Avez-vous (...) déposé plainte ? Non ! Vous ne l'avez pas fait ! Avez-vous procédé à la dissolution de tous ces organismes violents ? Non ! Vous ne l'avez pas fait. Avez-vous empêché l'imam de Brest de continuer à prêcher sa haine ? Non, vous ne l'avez pas fait !"Gilbert Collard

Gilbert Collard reconnaît que les députés FN ou RBM n'ont pas "votés des lois" : "Nous considérons qu'elles sont liberticides et qu'elles ne protègent personne !"

La réponse du ministre de l'Intérieur est tout aussi énergique : "Vous êtes un avocat qui ne connaît pas le droit !", rétorque Bernard Cazeneuve, après avoir piégé le député sur les "fondements en droit de la dissolution des associations extrémistes".

"A la fin quand on regarde derrière les outrances, il n'y a rien."Bernard Cazeneuve

"Moi je suis un républicain...", continue le ministre, achevant de faire sortir Gilbert Collard de ses gonds.


Rappelant que l'"on ne peut pas procéder à la dissolution (de groupes violents) sans que des éléments aient été constatés", Bernard Cazeneuve assure que le gouvernement "examine" une telle possibilité "dans le respect rigoureux des dispositions de droit".

L'échange dans son intégralité :

Mamère : "On s'habitue à un état d'exception permanent"

Le député de Gironde s'oppose "avec force" à la prolongation : "On est en train de mithridatiser d'une certaine manière notre pays, qui est en train de s'habituer à l'état d'urgence et à un état d'exception permanent."

Ciotti se défend face à Cazeneuve

Le député LR Eric Ciotti interpelle Bernard Cazeneuve :

Ce n'est pas l'opposition qui a mis hier dans la rue, pour la deuxième fois en six mois, tous les syndicats de police de France.Eric Ciotti

Eric Ciotti prend également la défense de Nicolas Sarkozy, qui était ministre de l'Intérieur en 2005, lors des émeutes urbaines : "Il y a fait face sans qu'aucun manifestant ne soit blessé sans qu'il n'y ait de victimes !"

"Préalablement à ces émeutes, il y avait eu deux morts", lui rappelle Bernard Cazeneuve. "Vous ne pouvez pas dire des choses comme ça dans l'hémicycle sans travestir la réalité." Le ministre de l'Intérieur continue son exposé :

Les manifestations d'hier n'étaient pas des manifestations contre le gouvernement.Bernard Cazeneuve

Bernard Cazeneuve évoque ensuite le bilan de la précédente majorité : "Les policiers de France sont parfaitement conscients que 13.000 emplois ont été supprimés dans la police et la gendarmerie entre 2007 et 2012."


Cazeneuve : "Combien de mosquées salafistes ont été dissoutes pendant le quinquennat précédent ? Zéro"

Le ministre de l'Intérieur interpelle Guillaume Larrivé et lui rappelle que le gouvernement a procédé à 11 fermetures de mosquées salafistes.