twitter facebook chevron-right

VIDÉOS - Noms de partis : une petite histoire de la droite républicaine

Sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, l'UMP devrait changer nom à la fin du mois de mai. Une initiative qui illustre les mutations idéologiques à droite au fil des décennies.
10 min

Bien plus qu'un simple changement esthétique, la modification du nom d'un parti est éminemment politique. Après un vote des militants, l'UMP pourrait en changer et devenir "Les Républicains" à l'issue du congrès du parti, le 30 mai. La formation dirigée par Nicolas Sarkozy entend ainsi se relancer et faire oublier ses récents déboires judiciaires (affaire Bygmalion) et dissensions internes (lutte fratricide entre Fillon et Copé pour la présidence en 2012). Le but est aussi de placer le candidat de la droite sur orbite en vue de l'élection présidentielle de 2017.

Retour en quatre actes sur l'histoire des formations issues du gaullisme, étudiée à l'aune de ces changements :

Acte I - Le gaullisme et son héritage

1947
_ RPF - Le Rassemblement du peuple français

_ Le parti du général De Gaulle

Le général De Gaulle veut en finir avec le "régime des partis". En janvier 1946, il quitte son poste de président du gouvernement provisoire qu'il occupe depuis juin 1944.

L'année suivante, il fonde le Rassemblement du peuple français. Son but ? Parvenir à l'adoption d'une nouvelle constitution qui donnerait davantage de pouvoir et de liberté à l'exécutif (il parviendra à ses fins en 1958 lors de son retour aux affaires). Le général de Gaulle veut aussi limiter l'influence du parti communiste. Le 27 avril 1947, dix jours après la création de son parti, il explique à la presse pourquoi il crée le RPF :

Le parti disparaîtra en septembre 1955.

1958
_ UNR - Union pour la nouvelle république

_ De Gaulle de retour au pouvoir

Après sa "traversée du désert", le général De Gaulle revient au pouvoir, à la demande du président de la République René Coty, dépassé par la crise algérienne. L'Union pour la nouvelle république est fondée en 1958, afin de soutenir son action à la tête du pays. Mais l'UNR est divisée sur la question algérienne comme le relève le journaliste et philosophe Maurice Clavel, le 5 décembre 1958 :

L'UNR devient l'Union des démocrates pour la République en 1968.

1968
_ UDR - Union des démocrates pour la République

_ L'ascension de Jacques Chirac

En 1967, l'UNR fusionne avec l'UDT, une formation de gaullistes de gauche. Le nouvel ensemble prend le nom d'UNR-UDT, avant de devenir l'Union des démocrates pour la cinquième République. L'UDR porte au pouvoir Georges Pompidou, qui devient président de la République en 1969, après la démission du général De Gaulle.

En 1974, Jacques Chirac, alors Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, est nommé secrétaire général de l'UDR dans des circonstances qui ne plaisent pas du tout à Jacques Chaban-Delmas :

Le parti change de nom en 1976 et devient le RPR.

Acte II : Face-à-face Chirac-Giscard

1976
_ RPR - Rassemblement pour la République

_ Jacques Chirac choisit l'opposition frontale

En août 1976, Jacques Chirac démissionne de son poste de Premier ministre en raison de sa rivalité grandissante avec le président de la République de l'époque, Valéry Giscard d'Estaing. Il décide alors de réunir le courant gaulliste dans un parti destiné à servir ses ambitions personnelles. En décembre 1976, l'UDR devient donc le Rassemblement pour la République, le RPR.

Pour le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, il s'agit du "sacre" de Jacques Chirac:

Jacques Chirac fait passer un message à Valéry Giscard d'Estaing : "Le rassemblement (RPR, ndlr) doit se faire dans la majorité. J'ignore s'il sera bientôt toute la majorité..."

Le parti change de nom en 2002 et devient l'UMP.

1978
_ UDF - Union pour la Démocratie Française

_ Les giscardiens contre-attaquent

Après la création du RPR et le renforcement de l'influence de Jacques Chirac, les soutiens de Valéry Giscard d'Estaing ripostent et créent l'UDF, un parti de centre-droit dirigé par Jean Lecanuet.

En 1981, le socialiste François Mitterrand est élu président de la République. Cinq ans plus tard, l'UDF participe au gouvernement de cohabitation dont le Premier ministre est... Jacques Chirac. Après un revers en 1988, ce dernier est élu président de la République en 1995. Là encore, l'UDF participe au gouvernement dirigé par le président du RPR, Alain Juppé.

En 1998, certains membres de l'UDF se font élire présidents de région avec l'apport de voix FN. Le parti se déchire, Démocratie libérale d'Alain Madelin quitte l'UDF. François Bayrou, opposé aux alliances avec le Front national, en devient président, et ancre la formation au centre. L'UDF, auparavant une confédération, est unifiée : seul le Parti radical conserve son existence propre.

_
Le parti devient le MoDem en 2007.
_

Acte III - Dans le sillage de Sarkozy, la droite et le centre recomposés

2002
_ UMP - Union pour un mouvement populaire
_ Le cadeau de Chirac à Juppé

Jacques Chirac est réélu à la tête du pays. A presque 70 ans, le président de la République doit préparer sa succession. Et il souhaite également faire oublier les nombreux déboires judiciaires associés au nom du RPR.

Le 17 novembre 2002, naît l'UMP, un parti aussitôt dirigé par le "meilleur" de la chiraquie, Alain Juppé. Le nouveau parti absorbe le RPR, Ecologie bleue et Démocratie libérale. Il associe également le Parti radical de Jean-Louis Borloo ainsi que le Forum des républicains sociaux de Christine Boutin.

Certains redoutent qu'Alain Juppé ne fasse du parti un outil au service de ses ambitions personnelles. Parmi eux, un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Mais en 2004, Alain Juppé est condamné dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris et abandonne la présidence du parti, le 16 juillet 2004. Nicolas Sarkozy a donc le champ libre et s'empare de l'UMP le 28 novembre.

En 2007, Alain Juppé, tout juste rentré de son exil québécois, ne peut que soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Il assiste, assis au premier rang, au sacre de son rival :

L'UMP changera de nom en mai 2015 pour devenir "Les Républicains".

2007
_ MoDem - Mouvement démocrate

_ François Bayrou veut prendre son indépendance

Nicolas Sarkozy est élu président de la République en 2007. François Bayrou, le candidat de l'UDF, recueille 18,6% des suffrages au 1er tour. Suffisant, pense le Béarnais, pour tenter d'émanciper le centre de sa dépendance à l'UMP.

Au lendemain du second tour de l'élection présidentielle, il crée le MoDem, qui englobe l'ancienne UDF et Cap21, le mouvement de Corinne Lepage (ce dernier quittera le MoDem en mai 2010). Son but : créer un parti du centre fort et indépendant de la droite.


2007
_ NC - Nouveau centre

_ Les députés UDF se détournent de Bayrou

La stratégie de François Bayrou est contre-productive : le centre-gauche ne répond pas à ses appels du pied et les députés UDF ne rejoignent pas le nouveau MoDem. André Santini, alors élu des Hauts-de-Seine, critique la "trajectoire individuelle" du Béarnais. Hervé Morin, ancien proche de François Bayrou et ministre de la Défense, crée le Nouveau centre, un parti de centre-droit dont les membres revendiquent clairement leur place dans la majorité présidentielle.

Le Nouveau Centre rejoint l'UDI en 2012.

Acte IV : En route vers 2017

En 2010, Jean-Louis Borloo, le président du Parti radical (associé à l'UDF de 1978 à 2002, puis à l'UMP depuis 2002), est très fortement pressenti pour devenir Premier ministre. Nicolas Sarkozy choisit finalement de maintenir François Fillon. Le divorce est immédiat : Jean-Louis Borloo quitte le gouvernement.

La fin du mandat de Nicolas Sarkozy est marquée par la radicalisation du discours du chef de l’État. Un positionnement qui déstabilise ses alliés centristes, de plus en plus marginalisés dans la majorité. En 2012, François Hollande devient président de la République : la droite entre dans l'opposition, Nicolas Sarkozy se retire (temporairement) de la vie politique.

2012
_ Union des démocrates et indépendants - UDI

_ Jean-Louis Borloo fédère le centre

Le président du Parti radical, dont la formation politique vient de quitter l'UMP, veut réunir l'ensemble des centristes. Il lance l'Union des démocrates et indépendants qui fédère le Parti radical, le Nouveau centre d'Hervé Morin, l'alliance centriste de Jean Arthuis, la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel et Force européenne démocrate, de Jean-Christophe Lagarde. Jean-Louis Borloo entend créer une "coalition gagnante avec l'UMP" :

2013
_ L'Alternative
_ François Bayrou se réconcilie avec le centre-droit

En novembre 2013, l'UDI se rapproche du MoDem et lance l'Alternative, une coalition au sein de laquelle les deux partis sont sensés se présenter aux élections municipales et européennes de 2014, mais aussi aux élections présidentielles de 2017.

Union UDI-MoDem : l'Alternative est née par LCP

Mais en avril 2014, Jean-Louis Borloo quitte la vie politique. François Bayrou, quant à lui, se dit prêt à soutenir Alain Juppé lors de la prochaine élection présidentielle.

2015
_ Les Républicains ?
_ Nicolas Sarkozy prépare le terrain pour 2017

L'ancien chef de l'Etat est élu président de l'UMP en novembre 2014. Nicolas Sarkozy décide de rénover le parti : nouveaux statuts, nouvelle organisation et nouveau nom. L'UMP deviendra Les Républicains le 30 mai 2015, à l'issue d'un Congrès, si les militants le décident : ils seront appelés à se prononcer sur la question par un vote. Le candidat de droite à l'élection présidentielle sera désigné lors d'une primaire élargie organisée en novembre 2016. Nicolas Sarkozy fait le pari que sa position dominante dans le nouveau parti lui permettra de l'emporter.