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Primaire à droite

[VERBATIMS] Juppé-Fillon, une semaine d'invectives

Depuis le 1er tour de la primaire, Alain Juppé n’a pas ménagé ses attaques contre son adversaire… qui ne s’est pas fait prier pour riposter. LCP.fr vous dresse ces lignes de fractures. Comme un avant-goût du débat, ce soir...
9 min
AFPAFP

Largement distancé lors du premier tour, Alain Juppé a dû troquer sa posture de rassembleur pour attaquer frontalement François Fillon : économie, IVG, relation avec l'église, liens avec la Russie... Les deux candidats ont multiplié les invectives depuis lundi, ne cessant de se répondre par médias interposés.

En recoupant les différentes interviews, LCP.fr a reconstitué ce dialogue virtuel qui donne un avant-goût du débat décisif de jeudi soir.

Economie : fonctionnaires, TVA...

Alain Juppé : "Sur le plan économique, son programme est d'une très grande brutalité sociale." ( *1)

François Fillon : "Ce qui est brutal aujourd'hui, c'est le chômage, c'est l'exclusion du marché du travail. C'est l'insécurité, c'est la pauvreté en hausse, ce sont les fins de mois difficiles, ce sont les attentats terroristes contre notre pays." (*2)

AJ : "Une rupture ça ne doit pas consister à casser la baraque. La baraque est fragile." (*1)

FF : "Le scepticisme d'Alain Juppé révèle ses hésitations à agir fort." (*3)

AJ :

Le programme de François Fillon est d’une telle brutalité qu’il aboutira à l’échec. 500.000 suppressions de postes de fonctionnaires ou d’emplois publics, c’est impossible. Interview d'Alain Juppé dans 20 minutes le 22 novembre

FF : "Combien y-avait-il de fonctionnaires quand Alain Juppé était Premier ministre ? Il y en avait 4,5 millions. Il y a un million de fonctionnaires de plus depuis 1995" (*8)

AJ : "Il est impossible de n'embaucher, pendant cinq ans, ni un seul policier, ni un seul instituteur, ni un seul infirmier (...). (*6)

FF : "C'est une caricature qui en dit long sur l'état d'esprit d'une partie des élites françaises, des experts qui veulent maintenir à tout prix un système qui génère chômage et dette. On ne peut pas continuer à supporter une dépense publique aussi élevée." (*2)

AJ : "[Le projet de François Fillon] est surtout plus imprudent. Notamment en matière de gestion des finances publiques (...) Il envisage de laisser les déficits glisser jusqu'à 4,7% du PIB." (*6)
Je rappelle que le Premier ministre qui a le plus laissé augmenter la dette de la France, c’est François Fillon entre 2007 et 2012, avec 600 milliards d’euros. (*7)
-"Sur la TVA, 16 milliards du côté de François Fillon, moi je suis plus équilibré et raisonnable (il propose 6,5 milliards de hausse de TVA, ndlr)." (*5)

FF : "Pourquoi est-ce que j'augmente la TVA ? Pour baisser les charges salariales c'est-à-dire augmenter le pouvoir d'achat des Français." (*8)

39 heures dans la fonction publique

Alain Juppé : "On ne fera pas passer la fonction publique à 39 heures du jour au lendemain comme il le propose, c'est impossible y compris sur le plan financier !" (source *5)

François Fillon : "On ne peut pas revenir sur les 35 heures, comme Alain Juppé le propose, simplement pour les salariés du privé." (*9)

AJ : "Il faut que François Fillon précise ses intentions : veut-il 39 heures payées 35 ? Payées 37 ? Payées 39 ? Cette dernière hypothèse ferait exploser la masse salariale des trois fonctions publiques !" (*7)
- "Rien que pour la fonction territoriale, c’est plus de 6 milliards de dépenses publiques supplémentaires, 20 milliards pour l’ensemble des fonctionnaires. Nous ne les avons pas." (*7)

FF : "Si les collectivités locales ont moins d'argent, elles devront réduire les effectifs." (*8)
La compensation sera partiellement salariale, mais elle se fera aussi en termes de perspectives de carrière." (2*)

AJ : "Est-ce qu'il veut vraiment que les infirmières dans les hôpitaux français travaillent demain 39 heures payées 37 ? (10*)
Dans le secteur privé, François Fillon propose de tout renvoyer à la négociation. La seule limite qu'il se fixe, c'est le plafond européen des 48 heures hebdomadaires (...) Est-ce réaliste ? Je ne crois pas." (*6)

Le centre, l'extrême droite et Sarkozy

Alain Juppé : "Je suis le seul à pouvoir rassembler, demain, la droite et les centres pour permettre l'alternance en 2017. (source *6)
- Je constate que François Fillon est soutenu par des personnalités d'extrême droite." (*4)

François FiIllon : "C'est encore une attaque inutile, politicienne qui n'a pas de sens. (*8)
- Je reçois surtout des soutiens du centre en ce moment... (*8)
- Le plus rassembleur fait 28%, je fais 44%..." (*3)

AJ : Je n'insinue rien, je constate. Je préfère avoir le soutien du Modem que de personnalités qui ont appartenu au FN ou qui sont à l'extrême droite. (10*)
- On m'a tellement reproché d'être soutenu par François Bayrou ! Je me battrai pour dire qu'il y a deux sensibilités aujourd'hui." (*4)

FF : "François Bayrou, j'ai toujours eu de bonnes relations avec lui. On se parle de façon très régulière (...) Je discute avec tous ceux qui nous permettront de mettre un terme au quinquennat de François Hollande." (*8)

AJ : Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est la recomposition de l'équipe Fillon-Sarkozy qui nous a dirigé de 2007 à 2012" (*1)
- Quand on reste pendant cinq ans le Premier ministre d'un Président, c'est qu'on est totalement comptable de ce qui a été fait" (*1)

FF :

Quand on est Premier ministre on mène la politique du président de la République ! C'est le président de la République qui est élu au suffrage universel... François Fillon, interview à Europe 1 le 23 novembre

AJ : "Sur beaucoup de sujets, il y a une très grande parenté entre les projets qu'ont défendu Nicolas Sarkozy et François Fillon, c'était quand même une droitisation très claire de ce qu'a été l'UMP quand je l'ai fondée." (*1)

Vision de la société

Alain Juppé : "[François Fillon a une] vision extrêmement traditionaliste, pour ne pas dire un petit peu rétrograde sur le rôle des femmes, sur la famille, sur le mariage." (source *11)

François Fillon : "Catholique oui, 'tradi' certainement pas, réac certainement pas, conservateur certainement pas, d'ailleurs, la preuve c'est que je veux tout changer. (*8)
- On est manifestement dans une caricature, dans une tentative pour essayer de remonter la pente." (*9)

AJ : "Il ne faut pas avoir l'épiderme trop sensible et jouer les chochottes. (*10)
- Moi (...) je me sens plus proche du Pape François que de Sens commun ou de la Manif pour tous." (*1)

FF :

Je ne suis pas sûr qu'il ait totalement écouté et lu le Pape François parce que, sur la plupart des sujets sur lesquels Alain Juppé semble vouloir me contester, le Pape François dit la même chose que moi.Interview de François Fillon dans le JT de 20h de TF1 le 21 novembre

IVG

Alain Juppé : "Je suis très attaché (...) au respect de ce que les femmes ont conquis depuis des années et des années, c'est-à-dire leur liberté de choisir leur famille et le moment où elles décident d'avoir des enfants par exemple (...) Sur cette liberté là, ses déclarations sont assez ambiguës" (source *1)

François Fillon : "Jamais je n'aurais pu penser que mon ami Alain Juppé tombe aussi bas" (*12)

AJ : "Je n'ai pas porté d'attaques personnelles, j'ai demandé une clarification." (*10)

Dans un livre, François Fillon explique que l'avortement (...) est un droit fondamental (...) Quelques jours plus tard, il se rétracte.Alain Juppé dans le JT de TF1 du 23 novembre.

FF : "Est-ce qu'une seule fois j'ai pris une position contraire à l'avortement ? (...) Que la campagne reprenne sa dignité et qu'on cesse les polémiques qui sont inqualifiables et qui, franchement, abaissent le niveau" (12*)

AJ : "Je n'ai jamais attaqué quelqu'un en-dessous de la ceinture. (*10)
- Pour moi l'avortement est un droit fondamental, pas pour lui." (*10)

FF : "C'est un procès absurde. (*2)
- Dans mon livre je dis que l'IVG est un droit pour les femmes et que jamais personne ne reviendra dessus et certainement pas moi !" (*8)
- Il ne faut pas qu'Alain Juppé fasse croire aux Français qu'il veut des clarifications, s'il le dit c'est évidemment pour faire planer un doute. Je trouve que c'est inqualifiable" (*8)

Politique étrangère : Russie, Syrie...

Alain Juppé : "Il n'est pas question d'entrer dans une nouvelle guerre froide, mais pas question non plus de fermer les yeux sur la montée du nationalisme russe. Et de ce point de vue, François Fillon et moi sommes en désaccord." (source *6)

François Fillon : "Est-ce qu'on essaie de stabiliser la Russie et de l'ancrer en Europe ou est-ce qu'on s'en fiche de l'isoler, de la provoquer ?" (*8)
- J'ai travaillé avec Vladimir Poutine quand j'étais premier ministre, j'ai obtenu beaucoup d’accords qui ont été extrêmement favorable à la France car je me suis beaucoup battu avec lui" (*8)

AJ : "Si je suis élu président de la République, j'irai voir Monsieur Poutine, bien-sûr. J'ai de bonnes relations avec lui d'ailleurs... Je lui dirai que l'annexion de la Crimée au mépris de toutes les lois internationales, (c'est) non. Il faut que l'accord de Minsk sur l'Ukraine soit respecté avant qu'on lève les sanctions" (*10)
- En Syrie, on assiste au massacre de toute la population d'une ville, Alep, par le régime de Bachar Al-Assad avec l'aide des Russes et avec l'aide de l'Iran" (10*)

FF : "Bachar Al-Assad est un dictateur qui a du sang sur les mains et qui, à mon sens, n'a pas d'avenir en Syrie à long terme. (8*)
- Pour trouver une solution, il faut faire avec ceux qui sont sur le terrain (...) et donc avec son régime (*8)

Sources :

*1- Interview d'Alain Juppé, JT de 20h de France 2 du 21 novembre.
*2- Interview de François Fillon dans le Figaro du 24 novembre.
*3- Interview de François Fillon dans Le Parisien, le 22 novembre.
*4- Interview d'Alain Juppé dans Le Parisien du 24 novembre.
*5- Interview d'Alain Juppé sur Europe 1, le 22 novembre.
*6- Interview d'Alain Juppé dans Le Figaro, le 22 novembre.
*7- Interview d'Alain Juppé dans 20 minutes le 22 novembre.
*8- Interview de François Fillon sur Europe 1 le 23 novembre.
*9- Interview de François Fillon, JT de 20h de TF1 du 21 novembre.
*10- Alain Juppé dans le JT de TF1 du 23 novembre.
*11- Propos d'Alain Juppé, rapportés par l'AFP, tenus le 21 novembre devant ses soutiens parisiens
*12- Propos tenus en Essonne par François Fillon le 22 novembre, rapportés par l'AFP