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UMP, parti de "voyous" et "d'affairistes": les militants se lâchent sur leurs dirigeants

A Aix-en-Provence, les militants UMP ont profité de la venue de Bruno Le Maire et Hervé Mariton pour exprimer leur colère vis-à-vis de la direction du parti. Ils appellent à un "grand ménage" interne pour renouveler leurs dirigeants mais continuent de soutenir Nicolas Sarkozy.
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Plus qu'une réunion politique, c'est à une sorte de thérapie militante qu'ont assisté Bruno Le Maire et Hervé Mariton mercredi soir. Dans cette salle du château de Pioline à Aix-en-Provence, pas de divan mais quelques 250 sièges pour accueillir sympathisants et militants en mal avec la direction de leur parti qu'ils jugent "coupée de la base". Pendant presque trois heures, ils ont détaillé leurs inquiétudes, leurs doutes et interrogé les candidats à la présidence du parti sur leur projet pour l'UMP. "On aimerait ce soir, que le 'P' de l'UMP ne soit pas 'parisien', mais redevienne 'populaire' ", attaque d'emblée l'un d'entre eux.

L'initiative vient de Christian Kert, député d'Aix-en-Provence. Au début de l'été 2014, en plein coeur de la crise Bygmalion, il lance les cahiers de doléances. L'idée? Donner la parole aux militants et sympathisants sur trois sujets: la situation de l'UMP, leurs souhaits pour une UMP d'avenir et leurs désirs pour la France. L'initiative rencontre un vif succès. "Au départ, les cahiers de doléances s'adressaient aux militants de ma circonscription mais des contributions sont arrivées de toute la France", raconte le député Kert. Une synthèse écrite de ces doléances a été réalisées et envoyée aux leaders actuels de l'UMP.

Un parti de "cadres arrogants"

A l'écrit comme à l'oral, les militants sont sans pitié avec leurs dirigeants. Dans la synthèse des contributions, l'UMP est définie comme "un navire sans cap qui n'a pas de vision pour la France". Le parti est devenu "un vivier de voyous et d'incapables aux égos surdimensionnés". Une organisation où des "cadres parisiens, bourgeois et arrogants, se sentent au-dessus de la décence commune" et "donnent l'impression d'avoir adopté le relativisme carriériste, voire lâche, au détriment du combat pour les valeurs". Pire, pour les adhérents, "l'UMP n'est plus du tout à l'écoute de ses électeurs, par contre, ils savent nous trouver pour renflouer les caisses".

Cette réunion, sorte d'Etats généraux de l'UMP, devaient donc permettre aux militants de dire leur ressenti (et leur ressentiment) à ces cadres qu'ils critiquent tant. Ce fut le cas. Pas moins d'une trentaine de questions sur diverses thématiques: l'avenir de l'UMP bien sûr, mais aussi la ligne qu'adoptera le futur président en matière d'économie, d'immigration, d'Europe, d'éducation, de positionnement du parti. "Est-ce que vous avez l'intention de faire une réelle politique de droite ou est-ce que vous allez faire une politique plus au centre?", interroge un adhérent. "Pour quelle raison les adhérents sont-ils plus unis que les dirigeants?", demande un autre, déclenchant l'hilarité de la salle.

Auto-critique

A la tribune, Bruno Le Maire s'empresse de répondre aux inquiétudes, sans oublier de faire son auto-critique. "Je considère que ceux qui ont déshonoré l'UMP, ce ne sont pas les militants, qui ont toujours été présents, qui nous ont fait gagner des élections, qui ont renfloué le parti quand il y avait besoin", reconnaît le député de l'Eure. "Ce qui a cloché à l'UMP ce n'est pas les militants, c'est le sommet. Et c'est à nous le sommet de changer si on veut vraiment que l'UMP retrouve sa force." Hervé Mariton refuse lui d'endosser toutes les responsabilités et renvoie la faute à l'ancien leader de l'UMP: Nicolas Sarkozy. "Les militants mettent beaucoup en cause les cadres-dirigeants de l'UMP mais il y a en pointillés, une sorte de respect du chef, une demande du chef", constate le député de la Drôme. "Ca me laisse un peu perplexe parce que l'idée, c'est que les fautes de gouvernance seraient celles des cadres intermédiaires et que lorsqu'on arrive en haut de la hiérarchie, il y a une sorte de préservation absolue. Je trouve ça bancal."

L'un comme l'autre appellent au changement au sein de l'UMP, au renouvellement du parti et promettent de tenir un discours de vérité aux militants. Pas sûr que cela soit suffisant pour convaincre. Même si de nombreux participants reconnaissent avoir apprécié la prestation d'Hervé Mariton et Bruno Le Maire, ils avouent qu'ils voteront tout de même pour Nicolas Sarkozy le 29 novembre prochain. Pourquoi? "Il y a que lui qui pourra rassembler et ramener des gens." A l'UMP, la thérapie est loin d'être terminée…

Elisa Bertholomey

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