twitter facebook chevron-right
élection présidentielle de 2017

Sur la santé, les candidats soignent leur programme

Au cœur des préoccupations d'une société française vieillissante, les questions de santé sont abordées en détail par les candidats à l'élection présidentielle. Entre droits nouveaux, chasse au gaspillage et lutte contre les déserts médicaux, LCP.fr vous aide à voir plus clair dans les programmes.
7 min

Quarante ans pour les hommes, quarante-deux ans et demi pour les femmes, l'âge moyen des Français n'a jamais été aussi élevé qu'aujourd'hui. Un Français sur cinq est âgé de 65 ans ou plus. Dans ce contexte, la demande en matière de soins ne peut que croître dans les années à venir, et cela se ressent dans les priorités des électeurs. Selon un sondage Harris interactive pour LCP, 77% d'entre eux estiment que les propositions sur le système de santé seront "déterminantes" dans leur vote.

Les priorités des Français ? Mettre en place plus de contrôles contre les fraudes (87%), limiter les dépassements d'honoraires des praticiens (85%) et contraindre les professionnels de santé à exercer quelques années dans les déserts médicaux (75%).

Pour répondre à ces demandes, les candidats n'hésitent pas à mettre les moyens, promettant souvent de nouveaux droits, quitte à atténuer les éventuelles contreparties.

Sanctuarisation des effectifs

Les déficits chroniques de personnels de santé à l'hôpital ou dans les campagnes sont bien connus. Aucun candidat ne s'aventure donc à annoncer des coupes claires dans les effectifs de la fonction publique hospitalière. Même François Fillon, qui annonce 500 000 postes en moins dans la fonction publique sur cinq ans, ne prend pas cette direction. Emmanuel Macron compte lui sanctuariser ces effectifs, quand Marine Le Pen, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon annoncent un plan de recrutement pour le service public hospitalier.

De même, ils sont nombreux à promettre une hausse du numerus clausus qui limite chaque année le nombre de médecins diplômés. Nicolas Dupont-Aignan et Jacques Cheminade veulent ainsi le porter à 10 000 places, contre 8124 cette année. Une mesure de long terme pour prévenir les départs à la retraite, mais aussi pour "éviter le recours massif aux médecins étrangers" selon Marine Le Pen. Emmanuel Macron souhaite revoir ce système "injuste et inefficace", annonçant lui aussi la formation de "davantage de praticiens". François Fillon veut de son côté "régionaliser le numerus clausus et les épreuves classantes pour s’adapter aux besoins des territoires".

(Dé)remboursements ?

François Fillon avait concentré les critiques en voulant dérembourser les médicaments soignant les affections "les moins graves". Depuis la primaire de la droite, il a fait une volte-face spectaculaire :

Je rembourserai mieux les soins encore à la charge des assurés, pour combler les trous qui existent dans notre système de protection.Programme santé de François Fillon

Le candidat LR veut ainsi revenir sur le "plafonnement du remboursement dans les contrats des complémentaires qui a dégradé les remboursements pour les assurés". Il propose aussi de rembourser à 100% le coût de lunettes pour tous les enfants "si sa famille n'a pas les moyens suffisants". Emmanuel Macron, Jacques Cheminade et Nicolas Dupont-Aignan fixent un objectif de 100% de prise en charge pour "les lunettes, les prothèses dentaires et l'audition".

Benoît Hamon se distingue en proposant la suppression des franchises médicales, instaurées par la droite sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

À la gauche de la gauche, on souhaite aller vers une socialisation totale du système de santé : Jean-Luc Mélenchon, comme François Asselineau, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud, prônent ainsi la "gratuité des soins" pour tous.

Marine Le Pen ne promet pas d'étendre les droits des assurés mais dit vouloir "garantir le remboursement de l'ensemble des risques pris en charge par l'Assurance maladie". Selon elle, les économies viendront en "simplifiant l'administration du système, en luttant contre la gabegie financière et en investissant dans les nouveaux outils numériques". Elle propose la mise en place d'une carte vitale biométrique, fusionnée avec la carte d'identité, pour mieux tracer les fraudeurs.

La lutte contre les abus est aussi une des priorités de François Fillon, qui veut "augmenter fortement les sanctions" et vise 20 milliards d'euros d'économies en cinq ans. Quant à Emmanuel Macron, il espère économiser 15 milliards d'euros et mise notamment sur la généralisation de la vente des médicaments à l'unité pour éviter un gaspillage qu'il estime à 7 milliards d'euros par an.

Ceux qui bichonnent (ou non) les généralistes

Les médecins généralistes ont obtenu cette année, et pour le première fois depuis 2011, une revalorisation des consultations : elles coûteront 25 € à partir du 1er mai (+ 2 €). Seul Nicolas Dupont-Aignan promet une nouvelle hausse des consultations, à 35 €.

En échange [de cette revalorisation], il sera demandé aux professionnels de santé de s'impliquer davantage dans la prévention, le dépistage, les soins primaires surtout dès le plus jeune âge.Programme santé de Nicolas Dupont-Aignan

François Fillon propose "une consultation de prévention tous les deux ans" auprès du médecin traitant. "Plus longue et plus complète" qu'une consultation classique, elle serait "rémunérée en conséquence". Autre idée phare, Benoît Hamon veut permettre la prescription des activités physiques, qui seront remboursées pour les maladies chroniques.

Jean-Luc Mélenchon est le candidat qui ménage le moins la médecine générale. Il veut interdire purement et simplement les dépassements d'honoraires et souhaite la suppression de l'Ordre des médecins, "une organisation pétainiste" selon lui. Une vieille idée déjà défendue par... François Mitterrand en 1981.

La question de la généralisation du tiers payant, qui permet au patient de ne régler que des frais non couverts par la Sécurité sociale, est également sur la table. François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan, en écho aux revendications de certaines syndicats de médecins, veulent revenir sur sa généralisation d'ici à l fin 2017 prévue par la loi Touraine. Marine Le Pen et Emmanuel Macron préfèrent attendre un premier bilan avant de se prononcer pour ou contre. Enfin, Jean-Luc Mélenchon veut l'étendre aux centres de santé.

Leurs solutions contre les déserts médicaux

Depuis 2007, la France à perdu 8,7% de ses médecins généralistes, une décrue encore plus forte dans certaines régions. À chaque candidat sa solution pour lutter contre ce phénomène...

Benoît Hamon "décrétera l'urgence" contre les déserts médicaux et affiche l'objectif de 1500 nouvelles maisons de santé. Il veut aider les médecins à s'installer dans les zones sous-dotées, quitte à implanter des "médecins salariés" par l'État. Une proposition qui fait écho à celle de Jean-Luc Mélenchon sur la création d'un "corps de médecins généralistes fonctionnaires".

François Fillon et Emmanuel Macron proposent respectivement de développer des "maisons médicales" et des "maisons de santé pluridisciplinaires", sans en définir le nombre.

Nicolas Dupont-Aignan veut manier la carotte en diminuant les cotisations des médecins volontaires pour s'établir dans les déserts médicaux. Quant à Marine Le Pen, elle compte faire appel tant aux médecins retraités qu'aux étudiants en instaurant "un stage d’internat" dans les zones concernées.

Vieillesse et dépendance

Une fois n'est pas coutume, Marine Le Pen et Philippe Poutou partagent une mesure similaire : créer une cinquième branche de la Sécurité sociale consacré à la dépendance (et le handicap, pour le candidat du NPA). Une mesure évaluée à environ 9 milliards d'euros par l'Institut Montaigne qui concernerait, aujourd'hui, environ 1,2 millions de personnes dépendantes.

Le candidat de Debout la République consacre un volet à part entière sur les personnes âgées. Il prône le maintien à domicile des seniors (TVA réduite pour les travaux d'aménagement) et un plan de 5 milliards d'euros pour "relever le défi de la perte d'autonomie". Benoît Hamon veut aussi accroître les moyens en faveurs des aînés : allocation unique pour vivre en EHPAD et embauche d'aide-soignants.

Sur la fin de vie, seuls Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon se prononcent clairement pour la légalisation de l'euthanasie active.

Unanimité à droite sur l'Aide médicale d’État

Marine Le Pen se prononce pour la suppression de l'Aide médicale d'État (AME). Nicolas Dupont-Aignan et François Fillon la rejoignent sur ce point, mais ils maintiendraient une aide pour les "urgences sanitaires" ou les "maladies contagieuses". Le coût annuel de l'AME, destinée aux étrangers en situation irrégulière, est estimé à environ 600 millions d'euros par an.

A contrario, Benoît Hamon veut élargir les soins aux "personnes précaires" et faciliter l'accès à l'AME, à la Couverture médicale universelle (CMU) et à l'Aide au paiement d'une complémentaire santé (ACS).

Recherche et médicaments innovants

Plusieurs aspirants présidents comptent relancer la recherche médicale. À commencer par Jean-Luc Mélenchon, qui mise sur la sphère publique :

Créer un pôle public du médicament pour faciliter l'égal accès aux traitements, protéger la recherche de la finance et supprimer l'influence des entreprises privées dans les activités médicales et hospitalièreProgramme santé de Jean-Luc Mélenchon

Un objectif partagé par François Asselineau, qui veut lui aussi "développer et ouvrir la recherche médicale publique". Nicolas Dupont-Aignan doublera les subventions à l'INSERM pour soigner les maladies "jugées financièrement non rentables" (614 millions d'euros). Mais, comme François Fillon, il préfère se tourner vers un modèle public-privé pour doper la recherche.

Enfin, si beaucoup de candidats disent vouloir faire baisser le prix des médicaments - y compris les plus innovants donc les plus chers -, seul Benoît Hamon annonce vouloir recourir aux "licences d'office". Une façon de casser le monopole des laboratoires, s'ils refusaient d'être raisonnables sur les prix.