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football

Supporters : des députés réclament plus de dialogue et moins de répression

La mission d’information "sur les interdictions de stade et le supportérisme" présente son rapport ce mercredi à l'Assemblée nationale. Après avoir rencontré les acteurs de terrain, les auteurs du rapport, les députés Marie-George Buffet (GDR) et Sacha Houlié (LaREM), dressent un constat critique de la politique du "tout répressif" et prônent des mesures d’ouverture vis-à-vis des supporters. Ils préconisent des interdictions de stade plus courtes et moins systématiques, la fin des sanctions collectives comme les matchs à huis-clos et un dialogue accru en amont des rencontres sensibles. Enfin, le rapport suggère d’aller vers une légalisation, sous conditions, des fumigènes dans les stades.
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"Oui, on peut faire confiance aux Ultras. Contrairement à ce que l’on a pu raconter, ce sont des gens responsables." Le député La République en Marche, Sacha Houlié, l’assume : il veut renouer le dialogue avec les franges radicales des supporters de football. "Les Ultras vivent pour leur club et viennent au stade pour encourager leur équipe, précise-t-il. Ce n’est pas la même chose que les hooligans qui ne vont au stade que pour la violence." Ce discours d’ouverture se retrouve clairement dans le rapport que présente, ce mercredi, la mission d’information sur les interdictions de stade et le supportérisme.

Dans ce rapport, la députée communiste Marie-George Buffet (GDR) et le député LaREM Sacha Houlié, co-rapporteurs de cette mission écrivent : "les tribunes de nos stades demeurent l'un des plus grands vecteurs de mixité sociale de notre pays. (...) La première des responsabilités des autorités est de reconnaître en tant que telle la richesse culturelle et sociale de ce foisonnement et de lui accorder, sous conditions, sa confiance". Ils plaident donc pour un "dialogue" entre les acteurs concernés "pour construire un nouveau modèle qui ne soit ni imité, ni copié mais bâti de toutes pièces : le modèle français du supportérisme".

Raccourcir les durées d’interdiction de stade

Le rapport parlementaire dresse d’abord un constat d’échec de la "politique du tout répressif" mise en place depuis 2006. Les mesures d’interdictions de stade contre certains supporters sont, d’après le rapport, trop systématiques et détournées de leur sens originel. "Le champ juridique de ces interdictions est mal cadré, assure Sacha Houlié. Elles sont utilisées comme une sanction judiciaire, alors qu’il s’agit en réalité de sanctions administratives." En clair, ces interdictions seraient assimilables à des peines prononcées sans passage devant un juge. Le rapport suggère de raccourcir les durées d’interdiction à six mois maximum et douze en cas de récidive. Il demande aussi que la notion de "comportement d’ensemble" ne soit plus utilisée pour prononcer ces interdictions, afin que certains supporters ne paient pas pour les autres.

Limiter les interdictions de déplacements

Les deux dernières saisons de championnat ont été marquées, en France, par une hausse spectaculaire des interdictions de déplacements. Sur la saison 2018-2019, 101 rencontres ont fait l’objets d’interdictions totales ou partielles par les préfectures. En 2019-2020, 63 interdictions ont été prononcées avant l’interruption des matchs à dix journées de la fin. Pour les auteurs du rapport, ces chiffres sont beaucoup trop importants et mettent en danger l’avenir du supportérisme. Ils préconisent que ces interdictions gardent un caractère exceptionnel et appellent à mieux organiser en amont les rencontres dites sensibles. Il suggère des réunions entre les clubs, les préfectures d’accueil et d’origines, les représentants des supporters des deux camps et les diffuseurs. Ils appellent également à une réflexion sur l’organisation des espaces dédiés aux visiteurs adverses dans les stades.

Vers une légalisation des fumigènes

Officiellement interdits mais toujours présents dans les stades français, les fumigènes sont également évoqués dans le rapport parlementaire. Il ouvre la porte à leur légalisation sous certaines conditions. L’usage serait encadré avec des espaces dédiés et un matériel sécurisé. Quant à la responsabilité civile et pénale en cas d’accident, elle serait assumée par les présidents des associations de supporters. La logique serait donc de responsabiliser les Ultras en parallèle de cette ouverture. Le rapport suggère de passer par une première phase d’expérimentation. Le but est de sortir de la situation actuelle jugée hypocrite. "Cela fait vingt ans qu’on cherche à interdire les fumigènes sans y parvenir, remarque Sacha Houlié. Mais en réalité, des négociations ont lieu sous le manteau entre les clubs et les supporters. Les fumigènes sont tolérés pour telle ou telle rencontre, puis refusés s’il y a un risque de sanction…. La vérité, c’est que cela renforce l’attractivité du spectacle. L’animation ne se fait pas que sur le terrain. Elle se fait aussi en tribune." Le rapport veut également interdire les sanctions collectives régulièrement prononcées après des utilisations de fumigènes. Ces sanctions prennent souvent la forme de rencontres à huis-clos. "Ce sont des mesures arbitraires, déplore Sacha Houlié. Elles sanctionnent collectivement des comportements individuels."

Ce rapport de la mission d’information est le fruit d’un travail de plusieurs mois mené sur le terrain. Les députés en charge de cette mission ont rencontré les dirigeants et supporters de plusieurs clubs français : le Racing Club de Lens, le Racing Club de Strasbourg, l’AS Saint-Etienne, le Paris-Saint-Germain et l’Olympique de Marseille. Lors de chaque déplacement, ils ont aussi rencontré les autorités publiques locales.