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Education

Sorties scolaires : Eric Ciotti (LR) relance le débat sur les mères accompagnatrices portant le voile

Dans la nuit de mardi à mercredi, le député Les Républicains a tenté en vain de faire interdire le port de signes ou tenues "manifestant ostensiblement une appartenance religieuse" aux parents accompagnant leurs enfants en sortie scolaire. Le ministre de l'Education nationale a affirmé qu'il allait soumettre "pour avis" la question au conseil des sages de la laïcité.
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LCPLCP

"Cela fait deux ans que le président de la République repousse son discours sur la laïcité" : dans la nuit de mardi à mercredi, le député Les Républicains Eric Ciotti a tenté de relancer le débat sur le port du voile dans le cadre des sorties scolaires.

L'élu a tenté de faire adopter un amendement au projet de loi pour une école de la confiance visant à interdire, pour les parents d'élèves qui accompagnent leurs enfants, "le port de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse".

"Epauler" les chefs d'établissement

Le député des Alpes-Maritimes déplore que les dispositions actuelles laissent aux chefs d'établissement le choix d'accepter ou non des parents portant de tels signes ou tenues, ce qui les place "dans des situations insupportables".

La rapporteure LaREM Anne-Christine Lang n'a pas soutenu l'initiative d'Eric Ciotti, affirmant toutefois que les chefs d'établissement pourraient être "plus aidés et plus épaulés" en la matière. Avant de mettre en garde contre une mesure qui pourrait "contribuer à faire haïr la laïcité".

"Ecoles salafistes"

"La question de la laïcité nous pose des problèmes généraux et systémiques qui doivent faire l'objet d'une réflexion générale", a réagi le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, estimant que ces thèmes pourront être tranchés à l'issue du grand débat national.

La question des parents accompagnateurs, qui "n'est pas la principale, pas la plus importante", sera "soumise pour avis au conseil des sages de la laïcité", a déclaré le ministre. Jean-Michel Blanquer a toutefois assuré qu'il s'était "déjà prononcé sur la question", se disant plutôt favorable à ce que les directeurs et directrices d'école "recommandent de ne pas avoir de signes ostentatoires à l'occasion de sorties scolaires".

"Bien entendu, nous ne sommes pas en faveur de ce port (du voile)", a ajouté le ministre, prêt à "revenir devant" les députés "pour ces enjeux-là".

"Il y a des quartiers où une grande majorité des mères de familles sont des pratiquantes de la religion musulmane qui portent le voile", a pour sa part répondu l'élu du Val-d'Oise François Pupponi (Libertés et Territoires). Selon lui, une telle mesure pourrait avoir des conséquences néfastes et risquerait d'entraîner dans "ces quartiers" la fin pure et simple des sorties scolaires, faute d'accompagnatrices.

"Les écoles salafistes se frottent les mains", a-t-il ajouté.

"Vous stigmatisez une religion"

"Je suis extrêmement inquiète des propos que j'entends", a ajouté la députée communiste Elsa Faucillon, jugeant que la proposition d'Eric Ciotti fait "souffrir des gens" en les "stigmatisant". "Vous stigmatisez une religion, l'islam", a continué l'élue des Hauts-de-Seine, critiquant un "profond dévoiement du principe de laïcité".

A l'issue du débat, Eric Ciotti a pris la parole une nouvelle fois, affirmant qu'il existe au sein des "rangs de la majorité" une "forme de résignation" sur ces thématiques. Des propos démentis par Jean-Michel Blanquer, qui a promis que le gouvernement avait "l'intention de faire respecter le principe de laïcité". L'amendement a été rejeté (32 pour, 113 contre).

Fermetures de classes

Par ailleurs, les députés socialistes ont accusé Emmanuel Macron de n'avoir pas tenu sa promesse de ne plus fermer de classes en milieu rural.

Une mise en cause qui a provoqué la colère de Jean-Michel Blanquer : "Il n'y a jamais eu si peu de fermetures de classes en milieu rural !", a lancé le ministre, appelant à l'"honnêteté intellectuelle" des députés d'opposition. Selon lui, la promesse du chef de l'Etat ne concernait que la rentrée 2017...

Depuis lundi, les députés examinent le projet de loi pour une école de la confiance. Les débats, prévus jusqu'à vendredi, avancent difficilement : les députés n'ont toujours pas abordé l'article 2 du texte, qui doit abaisser l'âge de l'instruction obligatoire à trois ans.