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Ecologie

Pédago Ségolène Royal, l'insoumise

Christiane Taubira a quitté le gouvernement suite à "un désaccord politique majeur" sur la déchéance de nationalité. La ministre de l’Écologie, elle, n'envisage pas un instant de démissionner. Pourtant, ses divergences avec la politique menée par le gouvernement ne manquent pas. Tour d'horizon (non exhaustif).
10 min
Crédit photo : AFPCrédit photo : AFP

Notre-Dame-des-Landes

>> L'histoire

L'idée d'un nouvel aéroport dans la région nantaise n'est pas nouvelle. Elle remonte aux années 1960. Le site de Notre-Dame-des-Landes est alors retenu pour le projet. Les procédures commencent dans les années 2000 : à l'époque, le projet était soutenu par une grande partie des élus locaux, dont le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault.

Mais, peu à peu, la fronde prend de l'ampleur. Les paysans qui doivent être délogés, sont rejoints par des nombreux militants écologistes, anti-capitalistes, etc. Les champs et le bois sont occupés, une "zone à défendre" (ZAD) se met en place. Alors, en 2012, quand Jean-Marc Ayrault est nommé Premier ministre et que le début des travaux se rapproche, l'opposition entre les deux camps se tend encore un peu plus.

Afin de désamorcer les tensions, le gouvernement de Manuel Valls propose un référendum local à l'échelle de la Loire-Atlantique. Il aura lieu en juin 2016. Une idée déjà suggérée par Ségolène Royal, en mars 2015.

>> Ce qui coince

En 2011, Ségolène Royal demandait déjà un moratoire sur ce dossier. Depuis, elle ne cesse de faire entendre son désaccord sur ce projet. En décembre 2014, elle avait même souhaité "bon courage" à Manuel Valls qui voulait alors redémarrer le projet de construction de l'aéroport.

Depuis, et même après l'annonce du référendum, les tensions ne sont pas retombées. D'autant plus, que le Premier ministre a annoncé à l'Assemblée que cette consultation "aura force de loi".

De son côté, la ministre de l'Ecologie continue à faire entendre son opposition. Elle qui souhaite étendre le périmètre du référendum, refuse aussi toute évacuation par la force. Les opposants, eux, ont fait savoir qu'ils ne quitteront les lieux que si le projet est totalement abandonné. De plus, une commission d'expertise lancée par Ségolène Royal étudie actuellement des solutions alternatives et devrait rendre rapidement ses conclusions.

Enfin, la frondeuse du gouvernement n'a pas apprécié que des ministres donnent des consignes de vote sur Notre-Dame-des-Landes :

Ce n’est pas aux membres du gouvernement de se prononcer. On ne peut pas à la fois restreindre [la] consultation au département de Loire-Atlantique et ensuite, quand on n’est pas de ce département, commencer à donner des indications [de vote], surtout quand on est membre du gouvernement. Ségolène Royal

En attendant, trois inspecteurs généraux des ponts, des eaux et des forêts, missionnés par la ministre, ont rendu leur rapport, le 5 avril. Leur constat est sans appel : le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes est "surdimensionné" par rapport aux besoins. Le rapport suggère ainsi de le revoir à la baisse ou d'agrandir l'aéroport de Nantes Atlantique. La ministre a confirmé dans l'après-midi que le referendum se tiendrait bien le 26 juin.

Verte de rage contre les boues rouges en Méditerranée

>> L'histoire

L'entreprise Alteo, basée à Gardanne (Bouches-du-Rhône) a obtenu, fin décembre, l'autorisation de continuer à déverser des "boues rouges" en Méditerranée. Durant les six prochaines années, l'usine de production d'alumine pourra rejeter jusqu'à 270 mètres cubes d’eaux polluées dans une fosse marine située à sept kilomètres des côtes du Parc national des Calanques, un espace protégé depuis 2012.

Alteo pourra ainsi déverser six polluants, principalement des métaux lourds, tels l’arsenic (11 kg par jour), le fer (87 kg/jour), et l’aluminium à raison de 2 880 tonnes par an, dépassant de fait, les normes européennes.

De son côté, l'entreprise assure que son "nouveau procédé d'exploitation du site de Gardanne aboutit à la réduction du flux de métaux rejeté de plus de 99% et constitue en cela une amélioration environnementale et industrielle majeure".

>> Ce qui coince

Cette autorisation, accordée par le préfet des Bouches-du-Rhône, n'est pas du goût du ministre de l'Ecologie. D'autant plus qu'elle a été accordée moins d'un mois après la COP21 organisée par Paris. Furieuse, Ségolène Royal a alors accusé Manuel Valls d'être à l'origine de cette décision :

L'ordre est venu du Premier ministre, direct.Ségolène Royal

Matignon, qui réfute ces accusations, assure que la décision a été prise à l'issue d'un avis rendu par un conseil indépendant "d'experts rattachés administrativement au ministère de l'Écologie." Manuel Valls résume cette affaire à "un cas relativement classique de désaccord entre deux cabinets ministériels, ceux de l'Economie et de l'Ecologie". Ségolène Royal rétorque :

C'est un système qui est sensible à certains lobbies. Ségolène Royal

Depuis, les associations, soutenues par EELV et Ségolène Royal restent vent debout contre l'autorisation accordée à Alteo. La ministre, en déplacement à Marseille fin mars, a expliqué qu'elle "ne lâchera rien". D'autant plus qu'une fuite s'est produite début mars et que l'usine est "vétuste", souligne-t-elle. La ministre évoque aussi une étude sur les poissons commandée à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), qui prouve la nocivité de ces rejets sur l'écosystème marin. Une autre est actuellement en cours sur l'impact des poussières au sol.

Ségolène Royal voit dans l'affaire Alteo une "mauvaise décision essentiellement suscitée par le chantage à l'emploi". Un argument qui, en outre, ne tient pas, selon elle.

La pollution provoquée par ces rejets détruit des emplois. Nous parlons d'un site qui gagne de l'argent aux dépens du plus grand nombre. Les élus locaux qui tiennent ces discours sur l'emploi ne les tiennent pas forcément quand ils sont à Paris. Ségolène Royal à La Provence, en mars 2016

L'usine Alteo emploie 400 personnes. En cinquante ans d'activité, le site de Gardanne (Bouches-du-Rhône) a déversé plus de 20 millions de tonnes de boues rouges dans les fonds marins de la fosse de Cassidaigne.

L'interdiction des néonicotinoïdes

L'interdiction de ces produits fut votée en première lecture à l'Assemblée en mars 2015, contre l'avis du gouvernement. Le Sénat est ensuite revenu sur le texte en janvier, tout en prévoyant un encadrement de leur usage. Cette année, en mars, le texte est revenu au Palais Bourbon.

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a alors envoyé une lettre aux députés pour les appeler à voter contre toute "interdiction brutale". Incompréhensible pour les écologistes et quelques socialistes car sleon eux, plusieurs études scientifiques ont prouvé la nocivité des néonicotinoïdes sur les abeilles et pollinisateurs sauvages mais aussi sur les invertébrés aquatiques et terrestres, les poissons, les oiseaux et au final l’être humain.

Sur ce dossier aussi, Ségolène Royal a fait entendre sa voix. "Un peu surprise" par la méthode, la ministre de l'Ecologie dit comprendre la "préoccupation" des agriculteurs tout en fustigeant "les combats d'arrière-garde sur le maintien notamment des pesticides".

Finalement, l'Assemblée nationale voté le 17 mars en faveur de l'interdiction des néonicotinoïdes, tout en repoussant son application à 2018. La ministre en a profité pour féliciter les députés.

Aujourd’hui la France se tourne résolument vers une meilleure protection de sa biodiversité et je félicite le travail de Barbara Pompili et des députés.
Ségolène Royal

La loi sur la biodiversité, promise dès 2012, arrivera au Sénat courant mai en seconde lecture.

Le barrage de Sivens

En octobre 2007, le département du Tarn lance le projet d'un grand barrage, au milieu de la forêt de Sivens : une rétention d'eau sur 34 hectares dont 13 hectares de zones humides. Objectif principal : mieux alimenter les agriculteurs. Sept ans plus tard, en septembre 2014, les premiers déboisements commencent. Des militants écologistes envahissent les lieux pour protester contre ce projet jugé "surdimensionné" et "mauvais pour l'environnement".

La ministre affiche rapidement son opposition au projet. Pour appuyer sa position, elle commande un rapport d'expertise publié en octobre 2014, qui souligne que la construction de l'ouvrage devait faire disparaître 13 hectares de zones humides.

En octobre 2014, les tensions tournent au drame avec la mort du militant écologiste Rémi Fraisse. Ce botaniste de 21 ans est tué par une grenade offensive, lors d'affrontement entre forces de l'ordre et militants zadistes. Une enquête pour "homicide involontaire" est ouverte. Selon les premiers éléments, le militant levait les mains et criait "arrêtez" aux gendarmes au moment où il a reçu la grenade mortelle.

La mort de Rémi Fraisse provoque une onde de choc en France, poussant le gouvernement à abandonner le projet initial du barrage. Le site, occupé depuis un an par des zadistes, est évacué par les forces de l'ordre en mars 2015. Un "Sivens light" est désormais à l'étude.

Hausse des tarifs de la SNCF

La SNCF a augmenté ses tarifs en 2014. L'année suivante, le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies estime qu'une nouvelle hausse permettrait "améliorer la qualité du service offert aux voyageurs". Ségolène Royal exprime son profond désaccord, estimant que cette hausse était "un mauvais signal".

La ministre de l'Écologie va plus loin, et dit vouloir "réformer par décret la façon dont l'Etat contrôle les prix des transports publics - et notamment du train". "Les choses ne sont pas claires, ajoute-t-elle, c'est compliqué, c'est confus." La ministre avait déjà fait cette proposition en octobre 2014, avant d'être rapidement recadrée par Matignon, hostile à cette idée.

Au final, le PDG de la SNCF, Guillaume Pépy, a annoncé qu'aucune hausse des tarifs n'était prévue pour 2016.

Des autoroutes gratuites le week-end

Sur ce dossier-là, il n’aura fallu que deux heures à Manuel Valls pour rappeler à l’ordre sa ministre. En octobre 2014, Ségolène Royal, invitée sur RTL, émet l’idée de la "gratuité des autoroutes le week-end" et souhaite "la baisse de 10% des tarifs en général". Le Premier ministre lui répond fermement :

La gratuité des autoroutes n'est pas à l'ordre du jour. Manuel Valls

Interrogée le soir même, Ségolène Royal défend sa "liberté de parole". Visiblement, elle n'a pas l'intention de s'en priver dans les mois à venir...