twitter facebook chevron-right

"Questionnez-vos élus", un nouveau site pour plus de démocratie directe ?

LCP est partenaire de cette nouvelle plateforme qui permet aux citoyens et aux élus d'interagir.
3 min

"Questionnez-vos élus.org" fait son arrivée sur la toile française. Membre du réseau "Parliament Watch" et déjà présent dans plusieurs pays dont l'Allemagne, ce site sera officiellement lancé mardi 28 mai, en partenariat avec LCP. Cette plateforme, directement inspirée de son modèle allemand, permet aux citoyens d'interpeller publiquement leurs élus et à ceux-ci de leur répondre de manière transparente. Toutes les questions posées sont rendues publiques mais les modérateurs sélectionnent celles qui sont officiellement adressées aux élus. Pour être validée, une question ne doit pas être partisane, ni personnelle. "On ne demande pas comment faire pour réparer sa barrière" explicite Anne-Lise Leibiusky, co-fondatrice du projet et elle même engagée chez EELV.

Le jour du lancement, les citoyens pourront interroger tous les députés, sénateurs et députés européens. Pascal Derville, président de l'association à l'origine du projet (Facep) entend ensuite aller plus loin : "On souhaite rajouter très vite les présidents de conseils généraux et régionaux" explique-t-il avec une modération décentralisée à terme. Pour les municipales, le dispositif sera en place en octobre. Il permettra d'interroger les candidats des 39 villes de plus de 100 000 habitants.

Un élu contraint de démissionner

Une première question se pose : est-ce que les élus joueront le jeu ? "Le démarrage va sans doute être lent" confie, lucide, Pascal Derville. En Allemagne où il s'est rendu pour observer le fonctionnement du site, les citoyens ne se sont pas tout de suite emparés de la plateforme. "Le SPD a d'abord joué le jeu. Les réponses des élus étaient envoyées aux médias, donc les autres partis n'ont pas eu d'autre choix que de suivre", raconte le coordinateur de l'association qui a déjà recueilli des "échos très positifs de la part d'élus PS".

"Tout dépend aussi des médias partenaires" répond Anne-Lise, en charge de la presse. Le site allemand compte 20 médias partenaires, dont Der Spiegel, ce qui aide à relayer les demandes des citoyens et accentue la pression sur les élus. "Un élu du Bundestag a même été contraint de démissionner à cause de questions posées sur ce site", poursuit celle qui est aussi collaboratrice d'élu à la Mairie de Paris.

Les fondateurs ne veulent pas effrayer les élus : "l'idée est celle d'une pression constructive et positive" pour Pascal Derville qui refuse le terme de "contrôle". "L'idée n'est pas du tout de pointer du doigt les élus ni de les stigmatiser" renchérit Anne-Lise. "On pense surtout à la majorité d'élus qui veulent retrouver la confiance de leurs électeurs".

Pascal Perrineau pour parrain

Une initiative qui a tout de suite reçu l'approbation de Pascal Perrineau. Le politologue de renom est parrain de cette association. Il soutient toutes les idées qui vont dans le sens de la "démocratie consultative et participative" qu'il cautionne. De plus, il connaissait déjà la plateforme allemande qui est un succès. "Il faudra voir si cela fonctionne en France car dans un système fédéral, les élus gèrent davantage la proximité". Une limite écartée par Pascal Derville qui assure que les questionnements sont aussi bien locaux que nationaux sur le Parliament Watch allemand. D'après les premières questions recueillies via la page Facebook du site français, les questions sont aussi d'ordre général et plutôt pertinentes.

L'équipe de bénévoles qui accompagne ce projet est plutôt jeune, connectée, et a surtout en commun l'envie d'aller vers plus de transparence et de restaurer la confiance entre élus et électeurs. C'est aussi ce qui a convaincu Pascal Perrineau surtout dans le contexte actuel : "Nous vivons une crise terrible de la démocratie représentative où à peine l'élection passée, les électeurs se sentent déjà trahis" analyse le directeur du Cevipof.

Toutes les sensibilités politiques sont représentées au sein de l'association pour faire le lien avec les élus, "sauf le Front national" assume Anne-Lise. "Ce parti n'a jamais manifesté l'envie d'aller vers plus de démocratie participative et de transparence" justifie-t-elle, consciente de cette limite et prête à recevoir des critiques. "La transparence est pour tout le monde, nous aussi nous rendrons publiques l'historique de nos activités". Les élus sont invités à en faire de même sur la plateforme, sous le contrôle des citoyens. Car du local peuvent émerger de nombreuses informations. C'est du moins le pari qu'a choisi de faire LCP !