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élection présidentielle de 2017

Présidentielle : qui veut (vraiment) moraliser la vie publique ?

Pour répondre à la demande de transparence et de renouvellement des pratiques politiques, les propositions des candidats à l'élection présidentielle ne manquent pas... Même si les promesses sont parfois en contraction avec leurs actes.
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Montage - crédits Niko-HATPV Montage - crédits Niko-HATPV

Entre les affaires d'emplois supposés fictifs (François Fillon, Marine Le Pen) et les polémiques sur le montant de leur patrimoine (Emmanuel Macron), la classe politique peine à montrer l'exemple. Et pourtant, c'est au prochain président de la République que reviendra la responsabilité d'encadrer davantage les pratiques de nos élus. Preuve du long chemin à parcourir, le JDD a publié début mars un sondage IFOP sur les candidats qui incarnent le mieux "les valeurs d'honnêteté et d'éthique". Le résultat est sans appel : Jean-Luc Mélenchon arrive en tête avec un petit 24%, devant Benoît Hamon (21%), Emmanuel Macron (20%) et Marine Le Pen (14%). En fin de classement, on retrouve Nicolas-Dupont-Aignan (9%) et François Fillon (7%).

Pourtant, les candidats ne manquent pas d'idées pour renforcer la transparence et prévenir les conflits d'intérêts. Certaines figurent noir sur blanc dans leurs programmes, d'autres ont été émises au gré de l'actualité et de ses révélations. LCP.fr a recensé les principales positions des candidats.

Des parlementaires davantage surveillés

La plupart des candidats - sauf Macron, Arthaud et Asselineau - ont été parlementaires à un moment de leur carrière, et tous veulent réformer les habitudes de nos députés et sénateurs.

Pourront-ils cumuler une autre activité rémunérée en parallèle de leur mandat de parlementaires ? Non, répondent Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Nathalie Arthaud, Nicolas Dupont Aignan et Marine Le Pen à Libération, qui leur a posé la question, ainsi que François Asselineau. Des exceptions pourraient être envisagées si l'absence de conflits d'intérêts est avérée. Emmanuel Macron n'est pas pour une interdiction stricte, et considère que des activités comme l'enseignement peuvent être menées en sus du mandat. François Fillon, qui a mené en tant que député une activité de conseil très lucrative, reste silencieux sur le sujet.

Autre point sensible, la question des frais de représentation des députés. Aujourd'hui, cette enveloppe de 5373 euros (6110 euros pour les sénateurs) censée couvrir les "diverses dépenses liées à l'exercice de leur mandat", n'est soumise à aucun contrôle. A tel point que certains élus ont en profité pour acheter les locaux de leur permanence, détournant le principe des frais de représentation...

Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Nathalie Arthaud veulent s'inspirer du modèle britannique : les députés devront apporter les justificatifs de leurs frais réels et ne seront remboursés qu'a posteriori. "Tout doit être rendu public et consultable par quiconque", ajoute la candidate de Lutte ouvrière. Benoît Hamon maintient cette indemnité représentative de frais de mandat, à condition que les parlementaires publient un récapitulatif de leurs "grandes dépenses" chaque année. Emmanuel Macron propose quant à lui de basculer l'enveloppe sur le salaire du député, afin de la soumettre à l'impôt. François Fillon propose une règle générale, sans rentrer dans le détail :

Inciter les assemblées à réformer et à améliorer les mécanismes de contrôle de déontologie mis en place dans chacune d’elles.Programme de François Fillon

Sur groupes de pression, Jean-Luc Mélenchon compte interdire purement et simplement l'entrée des lobbyistes au sein du Parlement, qui "polluent le débat", quand François Asselineau rendrait illégales "les entreprises de lobbying et de trafic d'influence".

Enfin, la réserve parlementaire fait presque l'unanimité contre elle. Cette autre enveloppe que peut distribuer un député ou un sénateur à des associations selon son bon vouloir (140 millions d'euros en 2016), serait supprimée par la majorité des candidats. Seul François Fillon ne se prononce par sur le sujet. Benoît Hamon la gardera à condition qu'un "jury citoyen", mis en place par le parlementaire, décide de son utilisation, de même que François Asselineau, qui demandera une justification sur l'attribution des fonds ; il promet des contrôles.

Collaborateurs : la fin de l'entre-soi familial

Corollaire du durcissement des contrôles à l'égard des élus, le statut des collaborateurs est aussi dans le viseur des candidats.

Les élus pourront-ils continuer à embaucher leurs proches ? Non, répond Marine Le Pen, qui souhaite importer en France les règles du Parlement européen, à savoir ne plus pouvoir salarier un membre de sa famille. Une prise de position à mettre en regard avec les pratiques de la présidente du Front national, qui a embauché à Strasbourg son compagnon Louis Aliot de 2011 à 2013. En outre, le Parlement européen lui demande de rembourser 300 000 euros pour avoir employé son garde du corps et son ex belle-sœur, sans fournir un travail effectif... Une mesure contestée devant la justice par la candidate.

Nicolas Dupont-Aignan, que sa femme assiste depuis 20 ans comme député, se prononce en faveur d'une telle interdiction, "même s'il est dommage de priver les parlementaires de leurs proches". François Asselineau est lui aussi opposé aux emplois parlementaires familiaux "dont les dérives sont bien connues".

François Fillon, mis en examen dans l'affaire de l'emploi présumé fictif de sa femme à l'Assemblée, milite maintenant pour "la publication obligatoire des liens de parenté entre les parlementaires et les collaborateurs (y compris en cas de recrutement croisé)", mais pas pour l'interdiction.

Tous les autres candidats se prononcent en faveur de l'interdiction des emplois familiaux.

Transparence des patrimoines : une évolution actée par tous

Aucun candidat ne souhaite revenir sur les avancées de la loi du 11 octobre 2013 sur la moralisation de la vie publique. Votée après l'affaire Cahuzac, elle instaure l'obligation pour les élus nationaux et les ministres de publier leur patrimoine. Les candidats à l'élection présidentielle devront aussi s'y soumettre : Emmanuel Macron et François Fillon ont pris les devants en publiant sur leur site Internet leur déclaration de patrimoine. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique publiera l'ensemble de ces déclarations moins de quinze jours avant le premier tour.

Nathalie Arthaud est la seule à militer pour une réduction drastique du niveau de vie des députés, qu'elle souhaite aligner sur le salaire moyen des ouvriers, soit environ 1 700 euros nets (contre 5500 euros aujourd'hui). Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon veut supprimer la possibilité pour nos élus de recevoir des cadeaux et Benoît Hamon souhaite rendre public tout don supérieur à 2 500 euros reçu par un candidat.

Casier judiciaire vierge pour tous ?

Votée en première lecture à l'Assemblée, la loi instaurant l'obligation pour un candidat d'afficher un casier judiciaire vierge à toute élection est restée en cale sèche au Sénat. Emmanuel Macron est favorable à cette mesure tout comme Nicolas Dupont-Aignan qui a voté le texte comme député avant de le reprendre dans son programme. Absent lors du vote, Benoît Hamon y est toutefois favorable. François Fillon, qui n'était pas non plus à l'Assemblée, ne mentionne pas cette mesure dans son programme. François Asselineau étendrait cette obligation aux ministres et Jean-Luc Mélenchon plaide pour l'inéligibilité à vie pour toute personne condamnée pour corruption.

Mise à jour lundi 20 mars : l'équipe de François Asselineau nous a précisé certaines de ses propositions.