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élection présidentielle de 2017

Présidentielle : quel avenir pour les fonctionnaires ?

Le secteur public représente un emploi sur cinq. Faut-il le réformer ? Si oui, faut-il offrir des contreparties ? De la défense du statu quo à la suppression massive des effectifs, tour d'horizon des propositions des candidats à l'élection présidentielle.
5 min

Ce n'est pas le moindre des paradoxes : la France est championne du nombre de fonctionnaire en Europe, mais des pans entiers du territoire souffrent de la désertion des services publics. Avec 5,5 millions d'agents (fonctionnaires, contractuels et apprentis), la fonction publique représente 20% des actifs en France. Trop, disent certains... qui se gardent parfois de préciser où les coupes seraient faites.

Une chose est sûre : les fonctionnaires constituent un gros bataillon d'électeurs, mais leur cœur ne balance plus forcément à gauche. Un sondage IFOP pour Acteurs publics réalisé en février font de Marine Le Pen la plus populaire chez les fonctionnaires (28%), devant Emmanuel Macron (22%) et Benoît Hamon (20%). Jean-Luc Mélenchon est loin (13%), tandis que François Fillon, qui propose le programme le plus dur en matière de suppression de postes, pointe à 11%.

À l'heure des choix, que proposent les candidats à l'élection présidentielle ?

Les forces de sécurité renforcées

C'est l'un des rares points de consensus entre les candidats : pas touche à la police ! Face au risque terroriste toujours très élevé, l'unité nationale perdure autour de la nécessité de ne pas affaiblir la sécurité des Français.

Tous proposent même des effectifs supplémentaires. Benoît Hamon veut 5 000 policiers en plus sur le quinquennat et recréer une police de proximité. Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et François Fillon visent deux fois plus de recrutements, notamment pour "libérer les policiers et gendarmes de terrain des tâches administratives". Marine Le Pen propose elle pas moins de 15 000 recrutements supplémentaires.

Nicolas Dupont-Aignan est le seul à évoquer des redéploiements : 40 000 postes en plus pour la sécurité intérieure, qui seront puisés dans d'autres secteurs.

Le volet militaire n'est pas en reste. Un secteur qui représente actuellement 5% des emplois publics (300 000 personnes). Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan et François Fillon comptent progressivement accroître les dépenses militaires de 1,5 à 2% du PIB. Marine Le Pen et Benoît Hamon porteront l'effort à 3% du PIB. De quoi préserver, voire augmenter les effectifs des troupes françaises (soit 50 000 militaires en plus pour Dupont-Aignan et Le Pen).

Supprimer ou recruter ?

Envers et contre tous, François Fillon a maintenu son objectif, décrié jusque dans sa famille politique, de supprimer 500 000 postes dans la fonction publique en cinq ans. "Ce serait revenir au niveau des années 2000", plaide le candidat, sans préciser les branches les plus touchées. Avec Emmanuel Macron, qui vise 120 000 non-renouvellement de postes, ils ne sont que deux candidats à vouloir couper clairement dans les effectifs. Le candidat d'En marche annonce 50 000 postes en moins dans la fonction publique d'État et 70 000 dans la fonction publique territoriale. La fonction publique hospitalière serait préservée.

Les fonctionnaires des collectivités ont d'autant plus de risques d'être la cible de réduction d'effectifs que leur nombre a explosé entre 2004 et 2014 : + 33%. Une hausse à mettre en regard avec la baisse continue des fonctionnaires d'État, de 10% sur la même période. Le hic ? Les collectivités, qui ont certes gagné en responsabilités, gèrent comme elles l'entendent leurs effectifs. Les deux candidats devront donc négocier ferme avec les exécutifs locaux pour tenir ces objectifs, dans un contexte de baisse de leurs dotations...

Pour l'Éducation nationale, Emmanuel Macron veut dédoubler les classes de CP et CE1 en zones prioritaires grâce à 12 000 nouveaux postes. Des objectifs partagés par Benoît Hamon, qui recruterait 40 000 enseignants. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il affiche sa priorité pour la recherche publique en annonçant 5 000 postes supplémentaires.

Temps de travail, salaire, statut...

Au-delà des effectifs, la clé de la réforme du secteur public réside dans les conditions de travail de ses agents. Actuellement, les fonctionnaires travaillent, en moyenne, moins que la durée légale du temps de travail : environ 1584 h par an, au lieu de 1607 h, comme le notait un rapport de Philippe Laurent, secrétaire général de l'Association des Maires de France. D'ici à la fin mars, une circulaire de la ministre de la Fonction publique Annick Girardin rappellera d'ailleurs que cet objectif n'est pas optionnel...

Le temps de travail est justement au cœur du projet de François Fillon, qui programme le retour au 39h pour tous les agents publics, soit 1790 heures par an. Un surplus de productivité qui faciliterait, de fait, le non-remplacement des départs à la retraite. Mais depuis son investiture, le candidat de la droite a mis de l'eau dans son vin et promet qu'une partie de cette hausse du temps de travail se traduirait par une augmentation des salaires et une renégociation des plans de carrière. Sans toucher au statut des fonctionnaires, François Fillon compte cependant "simplifier et élargir" le recrutement de contractuels aux contrats limités dans le temps.

Emmanuel Macron laisse lui de côté la question du temps de travail et promet une (légère) amélioration du salaire en basculant certaines cotisations salariales vers la CSG. Si l'ancien ministre de l'Économie promet de ne pas remettre en cause la question du statut de fonctionnaire, il parle en revanche de le "moderniser" et de le "décloisonner", en assouplissant "le système rigide des corps".

Parmi les mieux-disants sur les salaires, Jean-Luc Mélenchon a prévu de "dégeler et revaloriser le point d'indice" qui sert de base à la rémunération de la fonction publique, sans préciser l'ampleur de la hausse. Le revenu universel d'existence de Benoît Hamon, conçu comme un complément de revenu pour les personnes touchant moins de 2800 euros bruts par mois, pourrait améliorer sensiblement le niveau de vie des agents en début de carrière et ceux de catégorie C, les moins bien payés. Quant à Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), elle compte instaurer un salaire minimum de 1800 euros nets pour tous les actifs.

Retraite et jour(s) de carence

Sur la question des régimes spéciaux, qui, malgré les réformes, continuent de couvrir environ 5 millions de personnes - des agents des collectivités aux militaires en passant par les membres de la Comédie Française ou de l'Opéra de Paris -, les candidats font montre d'une grande prudence. François Fillon propose ainsi d'affilier au régime général les nouveaux entrants, tout en laissant aux plus anciens le bénéfice d'un régime plus favorable.

Emmanuel Macron affiche lui l'objectif de fusionner sur le long terme tous les régimes de retraite :

Nous créerons un système universel de retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé.Emmanuel Macron

De fait, certaines caractéristique du secteur public, comme la pension calculée sur les 6 derniers mois de salaire, contre les 25 meilleures années dans le privé, devraient en pâtir.

Enfin, sur le rétablissement de jours de carence, le clivage est clair : à droite et au centre, on plaide pour le rétablissement d'un jour (Macron), voire deux jours (Fillon, Le Pen) non rémunéré(s) en cas d'arrêt maladie. À gauche, les candidats (Hamon, Mélenchon, Arthaud) sont pour le statu quo.