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Présidentielle 2017

Présidentielle : comment les candidats veulent changer le monde du travail

SMIC, 35 heures, directive travailleurs détachés, retraites, loi El Khomri... LCP.fr vous dévoile les propositions des onze candidats à l'élection présidentielle sur l'emploi.
14 min
AFP - Montages LCPAFP - Montages LCP

Quel monde du travail proposent les candidats à l'élection présidentielle ? LCP.fr détaille leur vision.

(Si certains termes vous paraissent trop techniques, vous pouvez vous référer à leur définition à la fin de cette article)

Nicolas-Dupont-Aignan : hausse de salaire, retraite par points, plafonnement des aides sociales

Le président de Debout la France! veut augmenter les salaires nets de 10% en diminuant les charges salariales, mais aussi abroger la directive sur les travailleurs détachés* et rétablir l'exonération des heures supplémentaires*. Nicolas Dupont-Aignan propose aussi d'alléger les cotisations des entreprises respectant l'égalité salariale homme-femme et supprimer le RSI*.

S'il veut maintenir l'âge de départ à la retraite à son niveau actuel, le député prône l'instauration d'une retraite à points*. Dans ce système, les parents ayant élevé au moins trois enfants jusqu'à leur majorité pourront partir plus tôt à la retraite.

Le candidat de Debout la France! souhaite par ailleurs que les salaires soient versés tous les 15 jours. Il propose de contraindre les personnes au RSA à travailler une fois par semaine pour une mairie ou une région. Nicolas Dupont-Aignan veut également plafonner les aides sociales.

Marine Le Pen : retraite à 60 ans, assouplissement des 35 heures, taxe sur l'embauche de salariés étrangers

La candidate frontiste veut rétablir l'âge de départ à la retraite à 60 ans* avec 40 annuités de cotisations*. Marine Le Pen, dont le parti a "toujours été opposé aux 35 heures", veut en revanche permettre l'ouverture de négociations au niveau des branches professionnelles* pour allonger le temps de travail hebdomadaire. Ainsi certains secteurs pourraient fixer la durée à 39 heures payées 39.

Marine Le Pen promet de défiscaliser les heures supplémentaires et maintenir leur majoration*. Elle supprimera la loi travail et remplacera le compte pénibilité* par un nouveau dispositif reposant sur une évaluation personnalisée grâce à une médecine du travail reconstituée.

Si elle est élue, Marine Le Pen laissera les indépendants choisir entre une affiliation au régime général ou à un RSI "totalement refondu". Enfin, la députée européenne désire supprimer l'application en France de la directive sur les travailleurs détachés et mettre en place une taxe additionnelle sur l'embauche de salariés étrangers.

Emmanuel Macron : baisse de charges, impossibilité de refuser plus de deux emplois "décents"

Le candidat d'En marche! veut réduire l'écart entre le salaire brut et le salaire net en réduisant les cotisations sociales. Il souhaite aussi augmenter la prime d'activité*, rétablir l'exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires et "atteindre zéro charge générale au niveau du SMIC".

Emmanuel Macron veut aussi plafonner les indemnités prud'homales pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. S'il est élu, il permettra le versement des allocations chômage aux personnes qui démissionnent de leur travail. En contrepartie, un chômeur ne touchera plus d'allocation après deux refus d'emplois "décents". L'ancien ministre désire aussi supprimer le RSI et créer des emplois francs, c'est-à-dire des emplois subventionnés en cas d'embauche d'habitants de quartiers défavorisés.

Emmanuel Macron propose de réformer le droit du travail, en donnant la primauté des accords d'entreprise sur les accords de branche et en permettant à l'employeur de déclencher un référendum d'entreprise sur la base d'un accord minoritaire. Enfin, il propose la fin de l'évolution uniforme des rémunérations dans toutes les fonctions publiques.

Benoît Hamon : revenu universel, droit à la formation, hausse du SMIC

Benoît Hamon promet une augmentation du SMIC et des minima sociaux. Il propose surtout un revenu universel d'existence, qui augmentera le revenu "des actifs, ouvriers, employés, indépendants et étudiants dont les revenus sont inférieurs à 2.200 euros net".

Souhaitant remplacer la loi travail par un nouveau texte, le candidat du PS veut renforcer le compte pénibilité, le compte personnel d'activité* et favoriser une poursuite de la réduction du temps de travail. Il désire aussi rétablir le principe de faveur*, reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle et instaurer un an de congé-formation pour chaque actif.

Le député propose également de réformer le RSI, de réviser la directive sur les travailleurs détachés et promet qu'il ne repoussera pas à nouveau l'âge de départ à la retraite. Enfin, afin de "lutter contre l'ubérisation* débridée" et de protéger les acteurs de la nouvelle économie, Benoît Hamon propose de créer un statut de l'actif.

Nathalie Arthaud : SMIC à 1.800 euros, interdiction des licenciements, hausse des salaires de 300 euros

La candidate de Lutte ouvrière veut interdire les licenciements et sanctionnera de réquisition les grands groupes supprimant des emplois. Elle se prononce aussi en faveur d'une baisse du temps de travail "sans diminution de salaire", d'un SMIC à 1.800 euros et d'une hausse de tous les salaires de 300 euros. Elle souhaite également indexer les salaires sur le coût de la vie.

Nathalie Arthaud prône aussi des embauches massives de l'Etat dans tous les services publics. Pour financer les dépenses créées, la candidate veut utiliser l'argent versé "à fonds perdus" aux entreprises mais aussi "prendre" l'argent nécessaire aux grandes fortunes comme Bernard Arnault et Liliane Bettencourt. La candidate prône également une transparence des comptes des entreprises.

Philippe Poutou : SMIC à 1.700 euros, interdiction des licenciements, 32 heures par semaine

Le candidat du NPA propose de fixer le SMIC à 1.700 euros nets et augmenter tous les salaires de 300 euros. Philippe Poutou prône également "un CDI (ou) un emploi statutaire pour toutes et tous". Il propose la semaine de 32 heures sur quatre jours "sans perte de salaire".

Philippe Poutou désire aussi interdire les licenciements et créer un million d'emplois dans les services publics. S'il est élu, les chômeurs percevront un revenu au moins égal au SMIC tandis que l'âge de la retraite sera fixé à 60 ans avec 37,5 annuités.

Jacques Cheminade : financement du syndicalisme, SMIC à 1.700 euros, CDI à droits progressifs

Jacques Cheminade veut augmenter le SMIC à 1.700 euros bruts en contrepartie d'une hausse de trois points de TVA, étendre automatiquement le RSA aux 18-25 ans, abroger la loi travail mais aussi supprimer le RSI. Il souhaite par ailleurs doubler le nombre d'inspecteurs du travail, conserver la durée légale du travail à 35 heures, abroger la loi El Khomri et rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires.

À ses yeux, la puissance publique doit participer au financement du syndicalisme avec un crédit d'impôt. Jacques Cheminade se prononce en faveur de plusieurs expérimentations comme un bonus/malus en matière de licenciements et d'assurance-chômage, le remplacement des CDD au profit d'un CDI à droits progressifs et un nouveau compte personnel d'activité. Il souhaite également maintenir et étoffer les aides pour les premières embauches des TPE et des PME.

Jean Lassalle : 300.000 jeunes en apprentissage, plus de négociation dans l'entreprise

La candidat du parti Résistons! propose d'initier les chômeurs aux métiers en demande par des stages "bootcamp" de quelques semaines pendant l'été. Jean Lassalle souhaite surtout financer 300.000 places d'apprentissage de plus, auprès des entreprises et proposer l'alternance dès la classe de 4e, un jour par semaine.

Il veut aussi favoriser au sein de l'entreprise les accords de participation aux bénéfices mais aussi élargir la négociation collective à l’équilibre vie-travail, au télétravail ou aux métiers. Jean Lassalle souhaite rémunérer les heures supplémentaires 25% ou 50% de plus qu'une heure "normale". Enfin, il désire interdire en Europe que l'essentiel des revenus d'un dirigeant soit lié à l'évolution de court terme d'actions de sa société.

Jean-Luc Mélenchon : SMIC à 1326 euros, retraite à 60 ans, droit opposable à l'emploi

Le candidat de la France insoumise se prononce en faveur du maintien des 35 heures avec des heures supplémentaires majorées à 25%. Jean-Luc Mélenchon veut limiter de 1 à 20 l'écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé dans une entreprise. Il propose un SMIC à 1326 euros, une retraite à 60 ans à taux plein avec 40 annuités et une sixième semaine de congé payés pour tous les salariés.

Le député européen veut un "droit opposable à l'emploi" qui fait de l'Etat "l'employeur en dernier ressort" mais aussi l'arrêt de l'application de la directive sur les travailleurs détachés et la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Jean-Luc Mélenchon souhaite aussi interdire les licenciements boursiers, les parachutes dorés et les retraites chapeaux.

Il souhaite reconnaître un droit de préemption aux salariés en cas de fermeture ou de vente de leur entreprise, abroger la loi El Khomri, rétablir le principe de faveur mais aussi régulariser les travailleurs sans-papiers. Pour lutter contre l'ubérisation, il propose de faciliter la requalification des contrats en contrat de travail salarié.

François Asselineau : suppression du monopole syndical, SMIC à 1.300 euros, moins de travail le dimanche

Le président de l'UPR veut augmenter le SMIC à 1.300 euros nets, désire lutter contre l'ubérisation de la société, abroger la directive sur les travailleurs détachés mais aussi les lois Macron et El Khomri. Il souhaite d'ailleurs réduire au maximum le nombre de dimanche travaillés. Mais d'un autre côté, François Asselineau veut réduire le nombre de normes figurant dans le code du travail.

Comme Emmanuel Macron, le candidat de l'UPR veut ouvrir l'indemnisation chômage aux personnes qui démissionnent, mais aussi fixer à 24 mois la durée maximale d'un CDD, supprimer le RSI et reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle.

Par ailleurs, François Asselineau veut supprimer le monopole syndical et supprimer toute subvention aux syndicats qui ne seraient pas d'origine française.

François Fillon : fin des 35 heures, retraite à 65 ans, simplification du code du travail

François Fillon veut mettre fin aux 35 heures : chaque entreprise pourra négocier avec ses salariés la durée hebdomadaire du travail. S'il est élu, l'âge de la retraite passera progressivement à 65 ans (67 ans au maximum pour une retraite à taux plein). Dans la fonction publique, il prône un passage à 39 heures et l'instauration de deux jours de carence.

Le candidat de la droite veut également une allocation sociale unique plafonnée, mais aussi un plafonnement des indemnités prud'homales, l’abrogation du compte pénibilité et une dégressivité des allocations chômage. François Fillon souhaite également supprimer les emplois d'avenir et les contrats de génération et supprimer le monopole syndical. Il propose aussi de favoriser, s'agissant de l'accès aux logements sociaux, les demandeurs qui retrouveraient un travail en dehors de leur bassin de vie.

Le député de Paris désire également "simplifier" le code du travail en instaurant par exemple des contrats à causes de rupture prédéfinies ou en "clarifiant les règles du licenciement économique". Il propose aussi une "réforme radicale du RSI" et veut accompagner l'ubérisation en créant un statut de prestataire indépendant.


Maxence Kagni



Définitions:

Retraite à points : dans un régime en points, on ne promet pas de montant futur pour la retraite. On attribue des points à chaque travailleur au fur et à mesure de sa carrière, en fonction de ses cotisations ou de ses salaires. La valeur du point est unique quelle que soit la profession, mais elle peut être ajustée en cas de déséquilibre financier du système. Toutes les personnes déjà à la retraite subissent ces évolutions. (définition tirée d'un article des Echos)

Directive sur les travailleurs détachés : daté de 1996, ce texte européen concerne "tout travailleur qui, pendant une période limitée, exécute son travail sur le territoire d’un Etat membre (de l'Union européenne) autre que l’Etat sur le territoire duquel il travaille habituellement". Les conditions de travail (salaire minimal, congés payés,...) de ces salariés doivent respecter la législation du pays dans lequel ils sont détachés.

Mais l'entreprise paie les cotisations sociales du pays dans lequel le travailleur est habituellement employé. C'est-à-dire que, par exemple, une entreprise roumaine qui fait travailler ses salariés en France leur verse un salaire correspondant aux standards français mais paie des cotisations sociales sur ces salaires en Roumanie. (définition rédigée avec l'aide d'un article du Monde.fr)

Age de départ à la retraite : aujourd'hui les salariés du secteur privé peuvent partir à la retraite à 62 ans sauf pour les personnes ayant eu une carrière longue. (source : service-public.fr)

Annuités nécessaires pour partir à la retraite à taux plein : le nombre d'années qu'il faut avoir cotisé pour partir à la retraite à taux plein. Ainsi, les personnes nées en 1973 ou après doivent avoir cotisé 43 ans, les personnes nées de 1970 à 1972 doivent avoir cotisé 42 ans et 9 mois, les personnes nées de 1967 à 1969 doivent avoir cotisé 42 ans et 6 mois, etc. (toutes les situations sont à retrouver sur service-public.fr)

Branche professionnelle : une branche professionnelle regroupe les entreprises d’un même secteur d’activité et relevant d’un accord ou d’une convention collective (source : travail-emploi.gouv.fr)

Défiscalisation des heures supplémentaires : ce dispositif, mis en place sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et supprimé par la majorité socialiste, permettait aux salariés qui effectuaient des heures supplémentaires (et travaillaient donc plus de 35 heures) d'être exonérés d'impôts sur le revenu et de cotisations sociales sur ces heures. En clair, le salarié gagnait davantage d'argent puisque la différence entre son salaire brut et son salaire net était moins grande. (définition rédigée avec l'aide d'un article du Figaro.fr)

Majoration des heures supplémentaires : l'augmentation en pourcentage du salaire versé pour une heure supplémentaire (effectuée au delà de la limite de 35 heures).

Aujourd'hui, une heure supplémentaire est payée 25% de plus qu'une heure "normale" (un chiffre qui peut être ramené à 10% en cas d'accord d'entreprise). (définition rédigée avec l'aide d'un article du Figaro.fr)

RSI ou Régime social des indépendants : assure la couverture maladie des professionnels libéraux, des artisans et des commerçants. Il gère aussi la retraite des artisans et des commerçants. Depuis 2008, il est l'interlocuteur social unique des indépendants (hors professions libérales), ce qui signifie que l'organisme centralise toutes les cotisations. Certains reprochent au RSI sa complexité et sa lenteur. (définition tirée d'un article du Monde.fr)

Prime d'activité : aide financière versée aux travailleurs ayant des ressources modestes.

CPA ou compte personnel d'activité : ce dispositif, instauré par la loi travail, compile les droits accumulés par le compte personnel de formation, le compte personnel de prévention de la pénibilité et le compte d'engagement citoyen. (en savoir plus sur service-public.fr)

Compte pénibilité : ce compte, qui fait lui-même partie du CPA, permet aux salariés effectuant des tâches pénibles de cumuler des points. Ces points permettent ensuite de partir plus tôt à la retraite. (en savoir plus avec cet article de Libération.fr)

Principe de faveur : principe, supprimé par la loi travail, selon lequel un accord d'entreprise ou d'établissement peut déroger à un accord de branche mais seulement s'il est plus favorable aux salariés.

Ubérisation : correspond à une nouvelle pratique économique permise par le développement d'application numérique comme le service de chauffeurs privés Uber. Ce dernier, qui rentre en concurrence avec les taxis, propose des prix cassés en employant des travailleurs indépendants. Certains y voient la création de nouvelles opportunités pour un certain nombre de personnes sans emplois. Mais les taxis y voient une concurrence déloyale tandis que certains chauffeurs qui travaillent pour Uber se plaignent de conditions de travail "indignes".