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Primaire à droite

PORTRAIT - Jean-Frédéric Poisson, à contre-courant

Qualifié d'office pour la primaire de la droite, le député des Yvelines critique la mondialisation, le travail dominical, et souhaite augmenter massivement les moyens de la Justice. Jugé courtois et travailleur, il revendique sa liberté de parole même si elle peut parfois heurter. Sur l’Islam comme sur la famille. Rencontre.
10 min
AFPAFP


Il est le candidat le moins connu de la primaire de la droite en vue de 2017. Jean-Frédéric Poisson est pourtant le premier à être officiellement qualifié pour cette compétition électorale, avant même Alain Juppé, François Fillon ou Bruno Le Maire.

Un privilège offert par son statut de président du Parti-chrétien démocrate (PCD) : contrairement à ses concurrents, ce Belfortain de 53 ans n'aura pas à recueillir les parrainages d'élus et d'adhérents nécessaires pour participer au 1er tour du scrutin, le 20 novembre.

L'un des "enfants spirituels" de Boutin

Député de la 10e circonscription des Yvelines, Jean-Frédéric Poisson devra profiter de la campagne pour faire connaître sa personnalité ? et ses idées ? hors les murs de l'Assemblée nationale, où il est vice-président de la commission des lois.

"C'est une personne très aimable, un personnage très fin, très drôle et pas sectaire", explique le député socialiste Erwann Binet, qui s'est pourtant opposé frontalement à lui lors des débats sur le mariage pour tous.

Christine Boutin, qui lui a confié en 2013 les rênes du PCD, complète le tableau : "Jean-Frédéric est parfois un peu rude dans sa relation à l'autre, mais je crois que c'est une protection pour lui-même, que c'est un grand sensible", raconte l'ancienne ministre, qui considère le député des Yvelines comme l'un de ses "enfants spirituels".

Les "racines chrétiennes de la France" dans la Constitution

Dans son bureau étriqué et surchauffé de l'Assemblée nationale, Jean-Frédéric Poisson évoque les raisons de sa candidature :

La France d'aujourd'hui est un pays fractionné dans lequel ne s'exerce plus l'autorité protectrice de l'Etat. Il faut procéder à un redressement, reconstituer le tissu national.Jean-Frédéric Poisson

Il souhaite aussi ? et surtout ? "défendre le respect de la vie et la place de la cellule familiale dans l'organisation de la société". Car ce membre du XV parlementaire est croyant. Très croyant. Il veut même inscrire les "racines chrétiennes de la France" dans la Constitution.

Sa rencontre avec Boutin

C'est justement à l'occasion d'une conférence en Vendée sur l'engagement politique des chrétiens, à la fin de l'année 1993, qu'il rencontre Christine Boutin. Elle est alors en campagne pour les élections cantonales. Jean-Frédéric Poisson a 30 ans.


Photo : Jean-Frédéric Poisson et Christine Boutin en 2007 (AFP).

L'ancienne ministre du Logement raconte :

Un jeune garçon, alors au chômage, est venu me parler. Je lui ai demandé s'il voulait voir comment on fait campagne. Il m'a dit qu'il resterait 10 ou 15 jours. On ne s'est jamais quittés.Christine Boutin

Christine Boutin est vite "épatée" par la "capacité d'analyse et de travail" de son protégé, qu'elle a "fait entrer au conseil municipal de Rambouillet" en 1995.

Election annulée par le Conseil constitutionnel

Dans cette ville des Yvelines, Jean-Frédéric Poisson est successivement conseiller municipal, adjoint au maire (qui est alors Gérard Larcher, l'actuel président du Sénat) puis maire, de 2004 jusqu'en 2007. Cette même année, Christine Boutin est nommée ministre : Jean-Frédéric Poisson, son suppléant, devient député.

Quand, en 2009, elle refuse de retourner sur les bancs de l'Assemblée nationale, il remporte l'élection partielle. Mais le Conseil constitutionnel annule le résultat du scrutin dix mois plus tard. Les Sages sanctionnent notamment la diffusion, à la veille du second tour, d'un tract "de nature à créer une confusion dans l'esprit des électeurs".

Abroger la loi Taubira

Ce n'est qu'en 2012 que Jean-Frédéric Poisson redevient député. Il s'illustre dès l'année suivante par une opposition de tous les instants à la loi "mariage pour tous", dont il demande, aujourd'hui encore, l'abrogation : "C'est un engagement constant de ma part, je suis le seul candidat qui n'a pas changé d'avis sur la question."

Lors du passage du texte à l'Assemblée, il avait signé plus de 230 amendements :


Opposé à l'adoption par les couples homosexuels, ainsi qu'à la PMA et à la GPA, le député des Yvelines se défend de toute homophobie :

Je ne juge ni de la qualité, ni de la densité des relations, je ne suis pas moralisateur. En revanche je suis législateur et je pense qu'il y a une différence entre les hommes et les femmes, et que ce texte pose le problème de la légalisation des mères porteuses.Jean-Frédéric Poisson

Réduire le nombre des avortements

Jean-Frédéric Poisson veut également faire de la baisse du nombre d'avortements un "objectif de santé publique" : "Je serai critiqué, mais à un moment donné, il faut choisir son camp."

L'élu précise sa pensée :

Lors d'un débat à l'Assemblée, les orateurs de tous les groupes ont reconnu que l'avortement est un échec personnel, social. L'avortement s'est banalisé alors que ce n'est pas quelque chose de bon : je n'ai jamais vu quelque chose de bon sur lequel tout le monde s'accorde à dire que c'est un échec?Jean-Frédéric Poisson

Le député estime qu'il faut "promouvoir d'autres solutions", en "aidant massivement les associations, l'accueil, l'accompagnement".

"Il s'est trompé de siècle"

"C'est un réactionnaire, c'est évident. Il a une position qui n'est pas de son temps, il s'est trompé de siècle", commente Erwann Binet, député PS de l'Isère et rapporteur de la loi Taubira.

Mais l'élu modère aussitôt son propos : "On aimerait que de telles idées soient portées par quelqu'un de méprisant, de borné. Mais ce n'est pas le cas..."

"Un fossé nous sépare mais ce fossé n'empêche pas une certaine cordialité, une certaine jovialité", ajoute le député de l'Isère, qui juge Jean-Frédéric Poisson "perturbant".

Opposé au TAFTA et au travail du dimanche

L'ancien maire de Rambouillet aime jouer de ses paradoxes : ancien chef d'entreprise, de droite, il fustige la mondialisation. Il milite pour une baisse du coût du travail mais est favorable à l'instauration d'un revenu universel.

En 2015, il est l'un des principaux orateurs de la droite sur la loi Macron... mais critique la "généralisation abusive du travail dominical" ; en février 2016, il dénonce la reconduction de l'état d'urgence.

Jean-Frédéric Poisson est aussi l'un des plus fervents opposants du traité transatlantique : "Je refuse que les relations d'ordre commerciales s'imposent à toutes les autres relations humaines."

Il milite aussi pour l'augmentation des "moyens des fonctions régaliennes" de l'Etat, avec notamment une "priorité" : la hausse du budget de la Justice à hauteur d'un milliard d'euros supplémentaires par an pendant trois ans.

Le député des Yvelines défend la "cohérence" de son projet :

Il fait de la dignité de la personne humaine un principe. Cela se traduit dans la défense de la liberté d'entreprendre, mais aussi d'un meilleur partage des richesses, dans la défense de la condition des détenus?Jean-Frédéric Poisson

"C'est un conservateur social-chrétien", résume Christine Boutin, heureuse de voir que son successeur est resté "fidèle" aux idées qu'elle a toujours défendues.

Rencontres avec Bachar al-Assad

L'ancienne ministre soutient en toutes circonstances Jean-Frédéric Poisson, même dans ses entreprises les plus controversées. Comme lorsqu'il rencontre à deux reprises, en juillet et en octobre 2015, le président syrien Bachar al-Assad.

Aujourd'hui encore, il assume ces visites, au motif "qu'il faut rétablir la paix dans la région." Jean-Frédéric Poisson accuse aussi la Turquie d'avoir "déstabilisé la région" et met en avant la "responsabilité colossale des monarchies du Golfe".

"Il sera le seul à défendre ce genre de positions lors des primaires", note Christine Boutin, qui craint que cela ne coûte à son protégé une place de ministre en cas de victoire de la droite en 2017.

Ses "désaccords" avec l'islam

Jean-Frédéric Poisson, lui, défend fièrement son franc-parler :

Je n'ai peur que de l'enfer... et des colères de ma femme.Jean-Frédéric Poisson

Il n'y a guère que sur la question de l'Islam qu'il pèse ses mots. Sans retenir ses coups :

"Notre pays n'est pas multiculturel", assure Jean-Frédéric Poisson, qui défend l'idée selon laquelle, en France, la culture judéo-chrétienne doit "prédominer sur les autres". Allumant sa pipe pour exhaler quelques bouffées de fumée, il se lance dans ce qui ressemble fort à une diatribe :

Concernant la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité, l'islam a une vision qui n'est absolument pas conforme à la Constitution française. Nous sommes attachés à la fraternité, y compris envers les personnes qui n'appartiennent pas à la même communauté religieuse. Pour l'islam, ça n'existe pas. Nous sommes attachés à la laïcité, et à une séparation stricte du religieux et du politique. Pour l'islam, ça n'existe pas. Et la polygamie est reconnue dans l'islam. Ce n'est pas un petit désaccord?Jean-Frédéric Poisson

Un positionnement que tente d'atténuer Christine Boutin : "Il est en campagne, il doit être plus binaire que ses convictions profondes", plaide l'ancienne députée, qui reconnaît qu'elle est "moins intransigeante (que lui) vis-à-vis de l'islam."

Sur ce thème, Jean-Frédéric Poisson est très éloigné d'Alain Juppé :

L'identité heureuse n'existe pas. Il est d'une grande naïvité sur ces questions...Jean-Frédéric Poisson

Pourtant, et ce sont les règles de la primaire, si Alain Juppé l'emportait, Jean-Frédéric Poisson devra le soutenir publiquement et participer à sa campagne? "Attendez, on verra lequel des deux sortira du chapeau", rectifie le président du PCD. On devine qu'il préférait plutôt que ce soit Nicolas Sarkozy...

Mais si tel n'était pas le cas, accepterait-il quand même un poste de ministre ? "Oula ! Non ! Pour l'instant? Je ne suis candidat qu'à ma succession à l'Assemblée nationale l'an prochain", jure-t-il, un sourire en coin. Ce n'est pas que la question l'effraie, mais plutôt qu'il n'est pas l'heure d'évoquer une telle éventualité. Parce que si certains pensent que ses idées sont celles du passé, Jean-Frédéric Poisson, lui, semble bien décidé à ne pas insulter l'avenir...


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