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Affaire Bettencourt : 2e mise en examen pour Eric Woerth au terme d’une 2e journée d’audition

Le 8 février 2012 à 22h19 , mis à jour le 10 février 2012 à 08h33

Eric Woerth le 29 novembre 2011 à l'Assemblée nationale à Paris

Eric Woerth le 29 novembre 2011 à l'Assemblée nationale à Paris


L’ancien ministre et ancien trésorier de l’UMP, Eric Woerth, a été mis en examen jeudi à Bordeaux pour recel au terme d’une deuxième journée d’audition par les juges d’instruction en charge des dossiers Bettencourt, après une première mise en examen mercredi pour trafic d’influence passif.

Jeudi, M. Woerth était entendu dans le cadre de l’information suivie pour escroquerie, abus de confiance, blanchiment, abus de faiblesse et recel au préjudice de Liliane Bettencourt.

La dénomination exacte de sa mise en examen est "recel à raison d’une présumée remise de numéraire qui lui aurait été faite par M. Patrice de Maistre".

La veille, dans un autre volet, visant le trafic d’influence passif et le financement illicite de parti politique ou de campagne électorale, il avait été mis en examen pour trafic d’influence passif, une infraction sanctionnée de dix ans de prison et 150.000 euros d’amende.

Les juges le soupçonnent d’un échange de bons procédés qui l’aurait conduit à obtenir un travail pour son épouse Florence chez Clymène, société chargée de gérer la fortune de Liliane Bettencourt et dirigée par l’ex-homme de confiance de la milliardaire, Patrice de Maistre. Le ministre se serait chargé de faire obtenir à M. de Maistre la Légion d’honneur et de la lui remettre personnellement en janvier 2008.

En juillet 2010, M. Woerth avait qualifié auprès des policiers de "monstrueuse" une telle idée.

La mise en examen de jeudi montre que les juges sont loin d’avoir pris à la légère les affirmations de l’ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, comme on aurait pu l’imaginer mercredi en voyant que M. Woerth n’était pas mis en examen pour financement illégal de parti politique.

C’est elle qui a dénoncé la "présumée remise de numéraire" visée par la mise en examen. Elle a toujours affirmé qu’en janvier 2007 M. de Maistre lui avait demandé 150.000 euros en liquide qu’il destinait à M. Woerth, pour, avait-elle compris, le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Sommes qui sont bien supérieures au seuil légal pour un tel financement.

Elle ne lui en avait remis que 50.000, mais une allusion de M. de Maistre concernant l’avantage d’avoir des comptes en Suisse avait fait penser à la comptable qu’il avait pu trouver la somme restante sur des comptes de Mme Bettencourt dans ce pays.

Le recel est le fait de "dissimuler, détenir ou transmettre une chose, ou de faire office d’intermédiaire afin de la transmettre, en sachant que cette chose provient d’un crime ou d’un délit". Il est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende.

L’intérêt pour les juges de ce chef de mise en examen est le mode de calcul de la prescription de trois ans pour le délit de recel : elle ne commence qu’à partir du moment où le receleur s’est dessaisi du bien incriminé. Si M. Woerth avait été mis en examen pour financement illicite de parti politique, pour des sommes reçues en janvier 2007, il y a de fortes chances que ce délit ait été considéré comme prescrit trois ans plus tard, soit plusieurs mois avant l’ouverture d’une information judiciaire le concernant.

L’avocat de M. Woerth, Me Jean-Yves Le Borgne — à qui on a fait dire, sur la foi d’un malentendu avec la presse, que son client n’était pas mis en examen une deuxième fois jeudi — s’est félicité de "l’occasion qui est donnée à M. Woerth de s’expliquer". Evoquant une affaire "en forme de roman" et "l’intégrité d’Eric Woerth", il a estimé qu’il "faut des faits, et que ces faits font défaut". "Il faut qu’un jour que j’espère proche on en tire la conséquence", a-t-il dit.

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